6 mai 2012
Ca y est, le nain a été viré. En ce soir de victoire, les électeurs de François Hollande exultent dans les rues. « On a ga-gné, on a ga-gné ! » entend-on jusqu’à tard le soir. Un parfum de 10 mai 1981 flotte dans l’air…
Mais on est en 2012 et dès le lendemain, c’est la gueule de bois. Dans la nuit, les agences de notation, inquiètes des conséquences de l’élection présidentielle française, ont dégradé la note de la France : de BBB+ (la France avait déjà perdu son triple A sous Sarkozy pendant la campagne), la note passe à BBB-.
François Hollande fait sa première intervention télévisée comme Président. L’air grave, il dénonce cette attaque injustifiée de l’économie française. Néanmoins, en tant que chef d’Etat responsable, il annonce qu’il reporte le projet de création de 300 000 emplois jeunes annoncés durant la campagne [1]. Reporté, pas abandonné.
Mais les taux augmentent et le CAC 40 plonge. François Hollande annonce le report de la création de 60 000 postes d’enseignants promis durant la campagne [2]. Reporté, pas abandonné.
À cause de l’augmentation des taux d’intérêts, la France qui est contrainte d’emprunter auprès des marchés, voit sa dette augmenter en proportion. François Hollande, pour rassurer les marchés, annonce qu’il renonce à remettre la retraite à 60 ans comme annoncé durant la campagne [3]. Pas reporté, abandonné.
Mais rien n’y fait. Sous la pression des agences de notation et du FMI de Christine Lagarde, François Hollande enchaîne les plans d’austérité :
1e plan, janvier 2013 : objectif : ramener le déficit sous les 3% de PIB d’ici 2014
– hausse des impôts
– gel des embauches dans la fonction publique
2e plan, février 2013 : durcissement du premier plan d’austérité
– gel total du salaire des fonctionnaires
– relèvement de l’âge de départ légal à la retraite
– augmentation des taxes sur les carburants
3e plan, mars 2013
– gel des retraites
– augmentation des taxes (alcool, tabac, essence)
4e plan, mai 2013 : objectif d’une réduction des dépenses publiques de 7% d’ici 2014
– gel des salaires et retraites
– non remplacement de 4 fonctionnaires sur 5
– augmentation de la TVA (de 19,6 à 23,6%)
– augmentation des taxes sur les carburants, le tabac et l’alcool
– âge de la retraite unifié à 65 ans ; augmentation progressive de la durée de cotisation (de 42 à 45 ans)
5e plan, avril 2014 : 23 milliards d’économie supplémentaires d’ici 2015
6e plan, juin 2014 : objectif de 28,4 milliards d’économie et 50 milliards de privatisation d’ici 2015
– durcissement des critères pour les allocations sociales et chômage
– réduction des retraites complémentaires
– non remplacement de 9 fonctionnaires sur 5 à partir de 2015
– licenciement des salariés d’organismes publics ou fusionnés devient possible
– privatisations : ports, aéroport, poste, banque, etc.
7e plan, septembre 2014
– taxe spéciale sur la propriété immobilière
– l’Union européenne et le FMI font pressions pour imposer de nouvelles mesures d’austérité avant le déblocage de la 6e tranche de leur aide de 110 milliards d’euros accordée en 2013
Mais François Hollande hésite. Conspué par ceux-là même qui l’avaient fêté deux ans plus tôt, il décide de soumettre le 8è plan d’austérité à referendum. Tollé à l’Union européenne et au FMI qui ne voient pas en quoi le peuple aurait son avis à donner sur la question, puisque c’est une affaire économique, pas politique, et qu’il n’y a pas d’autre alternative de toutes manières. Le lendemain, François Hollande rectifie, annonce qu’il n’y aura pas de referendum [4], et soumet au parlement son 8e plan, en octobre 2014 :
– baisse des pensions de retraites
– gel des conventions collectives
– chômage partiel puis licenciement de 30000 agents publics. [5]
Mais rien n’y fait. Les marchés ne sont toujours pas rassurés. Sous leur pression et face aux manifestations et grèves qui paralysent la France, François Hollande est contraint de démissionner fin 2014. Un gouvernement d’union nationale est formé. L’UMP refuse d’y participer et demande des élections anticipées. Aucun représentant du Front de Gauche n’est sollicité [6]. Le PS nomme par contre des ministres du Front National pour former son gouvernement [7]. Faut dire qu’ils avaient fait plus de 20% à l’élection présidentielle. Dominique Strauss Kahn, revenu en grâce (après tout, y’a pas eu mort d’homme), est nommé premier ministre et ministre des finances en raison de ses compétences économiques [8].
Durant ces deux années, les 8 plans d’austérité successifs n’ont eu aucun effet sur la dette : elle est passée de 1700 milliards à 2000 milliards, pour atteindre plus de 100% du PIB. Par contre, le nombre de chômeurs a explosé et est passé de 10 à 18% de la population active et le nombre de personne vivant sous le seuil de pauvreté est passé de 8 à 12 millions. L’économie est à l’arrêt, l’avenir est sombre…
Tout ceci n’est que de la science-fiction, bien sûr. Le candidat préféré des marchés est évidemment Sarko, comme en 2007, et ils feront tout pour le maintenir en place. Mais si par extraordinaire, Hollande était élu, tout ce qui est décrit là n’est pas improbable. Ce scénario s’est déjà produit en Europe, sous un gouvernement socialiste : celui de Papandréou en Grèce [9]. Ami socialiste, « donner un sens à la rigueur » c’est ça. Le 6 mai au soir, si ton champion gagne, savoure bien ton plaisir. Il pourrait être de courte durée [10].
[5] En fait, le 8è plan d’austérité grec est encore plus drastique. En plus de la baisse des pensions de retraites et du licenciement de 30000 agents publics, il faut ajouter, entre autre (source : Démocratie & Socialisme n°188 Oct 2011) :
– Extension du chômage technique dans les administrations
– Réduction des indemnités de départ et des heures supplémentaires
– 80000 pré-retraites forcées à 60% du revenu
– Baisse du salaire minimum (pourtant à seulement 750 euros actuellement)
– Egalisation des taxes du fioul domestique sur celles du gas-oil
– 45 fusions ou fermetures d’agences d’Etat ou d’organismes para publics
– 30 privatisations de services publics
– Suppression des subventions pour la distribution de la presse
– Dérèglementation des taxis
Bref, la "task force" de Bruxelles dirigée par Horst Reichenbach et envoyée en Grèce pour redresser le pays s’apparente plus à une nuée de sauterelles ravageant la moisson qu’à un plan d’aide.
[6] Faut pas déconner, non plus, il a la rancoeur tenace, Flamby !
[8] On a aussi le droit de rire un peu, non ?
[9] On pourrait ajouter les plans d’austérité des socialistes José Sócrates au Portugal et José Luis Zapatero en Espagne. Le cas de l’Espagne a de quoi calmer les ardeurs des électeurs socialistes : acclamé en 2004 apres 8 ans de droite (José María Aznar), Zapatero a terminé en 2011 avec une impopularité record (il ne s’est même pas représenté), jamais vue dans un pays industrialisé. Il faut dire qu’à partir de 2010, en fidèle serviteur des marchés, il appliqué des plans d’austérité aux côtés desquels ceux de la Grèce semblent d’aimables plaisanteries. Actuellement, 1 espagnol sur 5 et 1 jeune sur 2 est au chômage !