C’est la lutte finale - 1

Premiere partie : la gauche a rendu les armes
vendredi 2 décembre 2011 à 00:00, par B. Javerliat

« Il y a bien une guerre des classes, mais c’est la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner. » Cette phrase est attribuée à Warren Buffet, mais il ne l’a sûrement jamais prononcée. C’est pourtant bien la réalité. La lutte des classes n’a jamais cessé, et la lutte finale est engagée. Pour ne pas dire gagnée, mais par les amis de Buffet.

La lutte des classes a été abandonnée par tous les partis de “gauche de gouvernement” en Europe.

Il est de bon goût dans les salons ou les milieux autorisés de dire que la lutte des classes est un concept ringard, et qu’il y a longtemps qu’il n’a plus de sens. Pour moitié, c’est vrai. La lutte des classes a été abandonnée par tous les partis de “gauche de gouvernement” en Europe, et ce n’est pas dans un meeting du PS qu’il faut aller pour entendre l’Internationale. L’ “armée de gauche” a rendu les armes. Du coup, “l’armée de droite” n’a plus d’adversaire. Et elle n’a surtout pas rendu les armes.

Si des socialistes peuvent “travailler” avec l’UMP, c’est qu’il ne doit pas y avoir tant de différences.

Non seulement la gauche a rendu les armes, mais la majorité a rallié le camp d’en face. Je ne parle pas des quelques minables qui ont rejoint Sarkozy au premier coup de sifflet en 2007. La “politique d’ouverture” du début de sa mandature avait moins pour objet de récupérer des pauvres types qui n’avaient de socialistes que l’étiquette, que de semer le trouble dans l’opinion. Si des socialistes peuvent “travailler” avec l’UMP, c’est qu’il ne doit pas y avoir tant de différences ! Pour semer la confusion dans les esprits, cette opération a remarquable.

Il n’y a plus de différences de pensée entre les socialistes et la droite.

Mais elle n’a fait que matérialiser une réalité : Il n’y a plus de différences de pensée entre les socialistes et la droite. Si on peut fixer l’origine de cette situation en France à 1983, avec le gouvernement Fabius qui a mis en place la première politique d’austérité socialiste (ce qui est maintenant un pléonasme), elle ne s’est vraiment imposée comme une évidence qu’en 2002, quand Lionel Jospin a déclaré, coup sur coup durant la campagne présidentielle, que « son programme n’était pas socialiste [1] » et que l’ « État ne pouvait pas tout ». Si le résultat a été sans appel, puisqu’il a été exilé sur l’île de Ré, le traumatisme chez les électeurs de gauche a été profond.

Non seulement le PS pense comme la droite, mais comme elle, il méprise le suffrage universel.

Mais loin de se ressaisir, le PS a persévéré dans sa politique du “plus à droite que moi tu meurs”. En 2005, il appelle à voter “oui” au referendum sur le traité constitutionnel européen. Bien vu, le “non” l’emporte avec près de 55% des suffrages. En 2008, quand Sarkozy fait rentrer par la fenêtre ce traité que les Français avaient viré par la porte, le PS recommence. Au lieu de s’insurger contre ce piétinement par la droite du suffrage populaire, il participe à la forfaiture [2] en s’abstenant lors du vote au Congrès, donnant arithmétiquement la majorité à la droite. Non seulement le PS pense comme la droite, mais comme elle, il méprise le suffrage universel, donc la démocratie.

Au Parlement Européen les socialistes votent quasiment à chaque fois comme la droite.

Et ce renoncement socialiste n’est pas une tare exclusive au PS en France. Partout en Europe, quand les socialistes (socio-democrates, en fait) sont au pouvoir, ils pratiquent des politiques de droite : privatisations, dérégulations, ouverture sans limite aux marchés. Au Parlement Européen (simulacre de parlement puisqu’il n’est qu’une simple chambre d’enregistrement des décisions de la Commission Européenne [3]), les socialistes votent quasiment à chaque fois comme la droite. Ils accèdent même aux plus hautes responsabilités : c’est le socialiste Pascal Lamy qui est directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) depuis 2005. C’est le malade sexuel mais néanmoins socialiste Strauss-Kahn qui a été nommé par Sarkozy directeur général du Fonds monétaire international (FMI) en 2007.

Les larbins se font toujours virer quand on n’en a plus besoin.

On ne reviendra pas sur l’actualité récente où se sont encore des socialistes qui, en Grèce, au Portugal ou en Espagne, ont livré leur pays au pillage par les “marchés”. Et se sont faits virer ensuite. Car il ne faut pas se faire d’illusions : si les “marchés” aiment bien les socialistes quand il faut faire le sale boulot, ils reprennent vite les rênes quand les choses sérieuses commencent. Que ce soit par un simulacre d’élections comme en Espagne [4], ou par un coup d’État comme en Grèce [5], les socialistes ne tirent jamais les bénéfices de leur veulerie et se font toujours virer du pouvoir. Non seulement ils sont veules, mais en plus ils sont cons : les larbins se font toujours virer quand on n’en a plus besoin. Et s’ils “gagnent” en 2012 en France, ils subiront le même sort : virés à coups de pieds dans le cul quelques mois plus tard.

 

Lire la deuxième partie

[1Curieusement, F. Hollande vient de recommencer en déclarant « qu’il n’est pas le candidat d’un parti »

[3Ré-écouter l’intervention de Bernard Cassen à propos de l’Europe


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