Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées

jeudi 8 décembre 2011 à 23:20, par Cyrano

En discutant ici et là du dernier Conseil Municipal et de la participation de la ville aux dépenses des écoles privées, je constate, un peu étonné, que tout un chacun ignore jusqu’à quel point la collectivité publique finance les écoles privées (c’est-à-dire les écoles catho).

Chisme Catéchisme

Pour avoir plein de sous, les écoles catho doivent signer un contrat d’association avec l´Etat, c’est-à-dire que ces écoles s’engagent à enseigner le programme officiel – c’est bien le moins ! Et pour les bondieuseries ? Il suffit de ne proposer le catéchisme qu’en option, et hop ! on est habilité (et pratiquement toutes les écoles privées le sont). Ça permet quoi ? beautifully simple : l’Etat et les collectivités payent tout, tout, tout !

Ecoles privées ne payent que l’eau bénite

Primo : c’est l’Etat qui assure les salaires des enseignants des écoles privées. Oui, on paye leurs instit’ et leurs prof. Mais c’est pas notre sujet.
Secundo (et là, c’est nous, c’est la ville) : une loi astreint les villes à calculer le prix de revient d’un élève de l’enseignement public et à verser au écoles privées ce montant calculé multiplié par le nombre d’élèves de l’école privée.

On leur paye quoi ? C’est écrit, c’est la Loi :
Fournitures scolaires obligatoires ;
Frais de secrétariat ;
Frais de nettoyage et de gardiennage ;
Frais d’assurance ;
Frais d’entretien des bâtiments.

Ainsi la ville de Bourges paye aux écoles privées, manuels, crayons, cahiers, ordinateurs, tout, tout. On leur paye leurs frais de gestion, leurs frais d’assurance, tout, tout. On nettoie leur locaux, on les garde, on entretient les bâtiments, tout, tout. Mais alors ? Les écoles privées n’ont pas un denier à avancer ? On ne peut rien vous cacher. Et ça s’intitule "Participation de la Ville aux dépenses de fonctionnement". En fait de participation, on leur paye tout, jusqu’au nettoyage de leurs chiottes.

Et on paye ça à l’OGEC : l’Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique. Mais oui, en fait, l’enseignement privé, ce ne sont que les catho : à Bourges, on paye tout, tout à l’Ecole Sainte-Marthe (du groupe Saint Jean-Baptiste de la Salle, Sainte-Marie Saint-Dominique, Notre-Dame La-Blanche, Saint-Guillaume. On se croirait chez les chouans.

One million d’euros, baby

Le "prix de revient" d’un élève du public est calculé à 412 € par la ville. 454 élèves du privé sont concernés. Donc le dernier Conseil Municipal de novembre a voté ainsi 412 € x 454 élèves = 186.880 € qu’on va jeter dans la gamelle des écoles privées.

Mais notre Maire va plus loin que la loi : ainsi, la ville de Bourges finance aussi les écoles maternelles, alors qu’il n’y a aucune obligation. A 610 € le "prix de revient" de l’enfant d’école maternelle, on rejette dans la gamelle des écoles privées 610 € x 212 élèves = 129.320 €.

Ça nous fait un total de 316.200 € (pour faire bonne mesure , on paye aussi 6000 briquettes de lait, soit 1200 litres pas bénits. Mais laissons ces broutilles). L’année dernière, en novembre 2010, le Conseil Municipal avait voté 329.900 € de participation. Et ça dure depuis 1993 (depuis 1997 pour les écoles maternelles).

Ainsi, tous les trois ans, c’est un million d’euros qui est donné aux écoles privées. Un million, merdre ! Un million qui serait bienvenu pour améliorer les écoles publiques.

L’opposition à donf

Chaque année, c’est la même litanie. Je recopie :

« Le Conseil Municipal décide par 47 voix "pour" et 1 voix "contre" (Mme CORDAT) de donner son accord pour le paiement aux écoles privées de la participation de la Ville étant précisé que le Groupe de l’Opposition vote "contre" le paiement du forfait aux écoles maternelles. »

Et on peut remonter, remonter les années, c’est exactement le même vote (sauf que lorsque y’avait A-Gauche-Bourges, y’avait une voix "contre" en plus).

J’ai dis le même vote ? ah non, hep, pas tout à fait.... On va vous narrer ça dans l’épisode suivant. Mais avant, si vous permettez, un petit post-scriptum à cet article.

Post-scriptum : ad nauseam

Le zèle de la ville pour le financement des écoles privées lui vaudra peut-être quelques indulgences et absolutions avec le Très-Haut. Mais pas avec ses rapaces représentants ici-bas, de vrais sales petits vautours.

Depuis 1998, la municipalité versait un forfait annuel aux écoles maternelles alors qu’il n’y avait même pas encore de contrat d’association avec ces écoles. La ville allait donc largement au delà de la loi et arrosait avec les sous des berruyers les écoles privées.

Mais trop fort ! ça ne va pas empêcher cinq établissements catholiques de Bourges de déposer des plaintes auprès de la Chambre Régionale des Comptes : ces écoles trouvaient que la ville n’en faisait pas assez !

La C.R.C (Chambre Régionale des Comptes) donnera sa réponse (presque 80 pages !). Ça en discutera au Conseil Municipal de juin 2003. Finalement, la C.R.C. réclamera peu de changement par rapport à ce qui se faisait. De la discussion qui s’ensuivit, on extrait juste ceci :

– Mme Félix : Simplement, sur ce dossier, un commentaire qui sera très court. Notre position sur le sujet est très simple : c’est la loi, toute la loi et rien que la loi !

– M. le Maire : Mme Cordat. Moins que la loi ?!

– Mme Cordat : Oui, parce que la loi n’est pas bonne. [...] Je pense que ceux qui bénéficient de ces subventions ne sont pas contents que les enfants [des écoles privées] aient autant que les enfants des écoles publiques. [...] On peut dire en quelque sorte, que ces gens-là mordent la main de ceux qui les nourrissent.

Ah ! C’était le bon temps quand y’avait que les curés pour enseigner, la trique à la main (non ! aucune allusion pédophile). Cette engeance là ne rêve que de cet âge d’or.


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commentaires
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - Fraternellement - 10 décembre 2011 à 09:28

Face à ces propos d’un autre âge, il serait bon de s’imprégner de la devise de la République Française : LIBERTE EGALITE FRATERNITE.
 Liberté de conscience, de choix d’enseignement,
 Égalité de traitement,
 Fraternité entre les hommes.
En quoi, ces écoles, qui accueillent en France 2 millions d’élèves, de toutes confessions, de tout tendances politiques et participent activement à l’éducation du pays, depuis des siècles, puisque je vous le rappelle, c’est l’Église qui a développé l’enseignement au XVIIe et XVIIIe siècle, serait anti-républicaines, ce sont des images d’Épinal que vous véhiculez là ! Avec de telles idées, vous développez les rancœurs, vous vous opposez au financement des écoles primaires aujourd’hui, demain, ce sont les non-sportifs qui ne voudront plus financer les stades et les clubs de football, les piétons les routes, les biens-portants les hôpitaux, etc...
Restons libres, égaux et fraternels !


Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - B. Javerliat - 10 décembre 2011 à  11:24

Sans entrer dans le faux angélisme de "Fraternellement", je ne comprends pas bien la raison de la publication de cet article. C’est un débat sans fin normalement clos par la loi de 1905, même si elle subit régulièrement les coups de boutoir des églises, quand la droite est au pouvoir. S’en tenir à la loi, comme I. Félix, me parait etre la meilleure attitude. Mitterrand a fait la cuisante experience du contraire en 1984.

Pour revenir, sur le commentaire de "Fraternellement", faut pas nous prendre pour des imbéciles non plus en faisant des amalgames douteux. D’abord, tout le monde n’a pas le choix entre une école privée et une école publique. A partir du moment où c’est payant pour les parents, il y a une discrimination économique. D’autre part, ces écoles étant privées, elles sont gérées comme le privé. Et elles ne se genent pas pour refuser ou virer les élèves qui posent des difficultés, ce que ne peut pas faire le public qui a l’obligation d’accueillir tous les enfants jusqu’à 16 ans. Evidemment, c’est alors plus facile d’enseigner avec des élèves bien sages.

Quant à votre histoire d’hopitaux, faut pas déconner : tout le monde sera un jour malade, tout le monde n’est pas catho. L’enseignement privé ne relève pas de la solidarité nationale ! La République est déjà bien bonne avec vous, je trouve. Inversement solliciter les fonds publics pour subventionner le sport professionnel comme le CJMB et son projet imbécile de Palais des sports, est inacceptable. Ca n’est pas à la collectivité de payer les plaisirs et le business ruineux de quelques uns.

Répondre à ce message #34339 | Répond au message #34338
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - bombix - 10 décembre 2011 à  11:33

puisque je vous le rappelle, c’est l’Église qui a développé l’enseignement au XVIIe et XVIIIe siècle, serait anti-républicaines,

Au XVIIème siècle, l’Eglise développe l’école, parce qu’elle veut reprendre en main les esprits, après la Réforme. C’est un projet politique, et même théologico-politique, confié aux jésuites (par ailleurs excellents professeurs). L’école de la République est aussi un projet politique, mais d’une autre politique. Elle est le fait de la III ème République, qui vise à donner à chacun la formation nécessaire pour exercer sa citoyenneté. Car il n’y a de citoyen éclairé en République qu’instruit. Cette instruction passe aussi par la libération vis à vis des dogmes religieux. La République est l’héritière des Lumières et travaille à l’émancipation. C’est une fausse conception de la laïcité que de l’assimiler à une tolérance vis à vis de toutes les théories obscurantistes. La République est laïque, en ce que le pacte politique est fondé non sur un dogme, mais sur un vide dogmatique, condition de l’autonomie. Voir à ce sujet les livres très éclairants de Catherine Kintzler (en particulier, Qu’est-ce que la laïcité ?, Vrin). La République est anticléricale, comme l’Eglise est anti-républicaine, fondamentalement. Elle a certes changé son discours depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Mais en son fond, théorique et politique, elle est et demeure anti-républicaine. Pour elle, la République, c’est l’apostasie. Et si, catholique, vous pensez le contraire, c’est que vous êtes ignorant de votre propre histoire.

La seule école qui garantit la liberté de conscience des élèves, c’est l’école laïque. Si ce n’était pas le cas d’ailleurs, les chrétiens n’enverraient pas leurs enfants dans l’école de la République. En réalité, l’école privée catholique est une école de classe. Que les cathos essaient aussi de placer leurs croyances et leurs valeurs, possible et en même temps logique. Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel pour la droite est de garantir à une partie de sa clientèle
l’accès à des zones réservées où les classes dominantes se reproduisent en toute tranquillité, entre soi. Le fait qu’elle profite en plus de l’argent public est parfaitement scandaleux.

Vous parlez de la liberté de conscience ? Elle doit en effet être respectée. Mais se cantonner à l’espace privé. L’école n’est pas un espace privé, ou un espace qui pourrait servir de refuge à des puissances privées. A céder là-dessus, on laisse la porte ouverte à tous les communautarismes. Si vous justifiez l’école privée catholique, comment empêcherez vous l’école coranique, ou l’école juive intégriste, ou que sais-je encore ? Comment justifierez-vous qu’on accorde à l’une des subventions, et pas à l’autre ? L’école n’est pas un service public, qui s’adapterait à des clientèles différentes aux goûts divers. L’école est un élément organique de la République. L’école, qui forme tous les enfants, et est financée par la puissance publique, doit être à l’abri des pressions, et donc des confessions, et donc des religions. Pour des raisons strictes de respect de l’idéal laïque et républicain comme de l’égalité de traitement de tous les enfants devant l’éducation, l’école privée confessionnelle doit disparaître. C’est un vestige de temps disparus. Le recul de Mitterrand dans les années 80 sur cette question est une défaite et une honte historique pour la gauche française.

Répondre à ce message #34340 | Répond au message #34338
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - B. Javerliat - 10 décembre 2011 à  15:03

Pour des raisons strictes de respect de l’idéal laïque et républicain comme de l’égalité de traitement de tous les enfants devant l’éducation, l’école privée confessionnelle doit disparaître. C’est un vestige de temps disparus. Le recul de Mitterrand dans les années 80 sur cette question est une défaite et une honte historique pour la gauche française.

Dans l’déal, oui. Mais le compromis de 1905 me va bien pour l’instant. Retirer en quelques années des mains des cathos un pouvoir plus que millénaire me parait une avancée presque inespérée. A ne pas vouloir s’en contenter, Mitterrand s’est non seulement pris un bâche, mais a en plus redonné des arguments et de la vigueur aux cathos. Le mieux est l’ennemi du bien, et c’est valable aussi dans une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.

Répondre à ce message #34341 | Répond au message #34340
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - bombix - 10 décembre 2011 à  17:39

L’école, qui forme tous les enfants, et est financée par la puissance publique, doit être à l’abri des pressions, et donc des confessions, et donc des religions.

J’ajoute, pour faire bonne mesure, qu’elle devrait être à l’abri des pressions commerciales, des lobbies des firmes, et de la publicité aussi. Si le crucifix a disparu des salles de classes — mais le grand philosophe protestant Hegel n’y trouvait rien à redire, car selon lui il rappelait aux enfants la présence de la négativité dans le monde — aujourd’hui, où l’on doit tous "positiver", ils sont accueillis tous les jours et toutes les heures par le logo Windows ("système d’exploitation" bien nommé de la société Microsoft) du vidéo-projecteur qui danse devant leurs yeux ; on peut voir d’immenses affiches avec le logo FNAC (Goncourt des lycéens), parce que, parait-il, c’est un immense progrès de transformer en faux critiques littéraires des adolescents qui lisent en réalité de moins en moins (mais au moins, ce qu’ils liront, ils iront l’acheter à la FNAC) ; on a pu voir des banques proposer des clubs d’investissements, pour apprendre aux gamins à devenir de futurs petits traders ... Nous n’en sommes qu’au début. L’école est un gigantesque marché potentiel qui excite les convoitises. La furie informatique, comme l’avait bien pointé Nico Hirrt dans ses analyses il y a plus de dix ans, est au coeur d’un dispositif destiné à créer artificiellement des besoins et à investir de nouveaux marchés indispensables au capitalisme dans sa marche en avant. N’a-t-on pas vu récemment une boite de soutien scolaire proposer par abonnement à des municipalités des heures de "remise à niveau", en lieu et place du travail des instituteurs dont le nombre a diminué drastiquement. Dieu est mort, sans doute, mais son ombre lui survit : elle se nomme "marché", et ses prêtres sont les "managers". A-t-on gagné au change ? A côté de ces enjeux, le combat "anticlérical" classique apparaît souvent un peu d’arrière garde.

Répondre à ce message #34342 | Répond au message #34340
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - B. Javerliat - 10 décembre 2011 à  17:59

Dieu est mort, sans doute, mais son ombre lui survit : elle se nomme "marché", et ses prêtres sont les "managers". A-t-on gagné au change ? A côté de ces enjeux, le combat "anticlérical" classique apparaît souvent un peu d’arrière garde.

On est bien d’accord. Si on avait que les curés comme problème, ce serait merveilleux. Le probleme est qu’ils semblent profiter du bordel ambiant pour avancer leurs pions. Le démantellement de l’école publique par la droite libérale a pour objet principal de transférer le pactole au privé. Et dans l’enseignement privé, les cathos sont en premiere ligne pour récupérer les décus de l’école publique. Décus de plus en plus nombreux, tant la haine du fonctionnaire - et particulierement le fonctionnaire de l’Education Nationale - a été enfoncée dans les esprits par cette meme droite libérale.

Répondre à ce message #34344 | Répond au message #34342
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - bombix - 10 décembre 2011 à  18:07

L’essentiel pour la droite est de garantir à une partie de sa clientèle l’accès à des zones réservées où les classes dominantes se reproduisent en toute tranquillité

En réalité, la classe dominante ne se réduit pas à la droite ; ce serait tellement plus facile, et tellement plus clair. Petite liste non exhaustive des personnalités "de gauche" qui font tellement confiance à l’école publique qu’ils mettent ou ont mis leur propres enfants dans le privé : Ségolène Royal, Martine Aubry, Robert Badinter, Jean-Pierre Chevènement, Pierre Joxe, Elisabeth Guigou, Christophe Girard, Tony Dreyfus, Pénélope Komitès, Lyne Cohen-Solal, Claude Bartolone ... On notera dans la liste la présence d’un ancien ministre et d’une ex-secrétaire d’état en charge de l’Education Nationale à un moment de leur carrière. A croire que la politique qu’ils menaient était bonne pour les enfants des classes moyennes et populaires, mais pas pour les leurs.

Répondre à ce message #34345 | Répond au message #34340
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - B. Javerliat - 10 décembre 2011 à  18:42

Petite liste non exhaustive des personnalités "de gauche" qui font tellement confiance à l’école publique qu’ils mettent ou ont mis leur propres enfants dans le privé

Ben oui ! Quand on vous dit qu’il n’y a plus de clivage gauche/droite ;-) Et si ce clivage a disparu, c’est que le PS est devenu... un parti de droite !

Militant ou sympatisant socialiste, quand tu iras voter le 22 avril prochain : si tu laisses tes convictions à l’entrée de l’isoloir, ne t’étonnes pas de ne pas les retrouver en sortant !

Répondre à ce message #34346 | Répond au message #34345
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - bombix - 10 décembre 2011 à  20:45

Elle a certes changé son discours depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Mais en son fond, théorique et politique, elle est et demeure anti-républicaine.

Par exemple, je trouve dans le "Pour comprendre la philosophie" de l’Abbé Moreux — une de nos gloires locales —, qui était pourtant un ecclésiastique éclairé, puisque vrai scientifique, astronome spécialiste du soleil, et aussi vulgarisateur scientifique : « Familles humaines, sociétés, nations, doivent à Dieu un culte extérieur où tous les individus s’associeront dans une adoration commune. En fait, l’apostasie sociale, je veux dire la suppression par les gouvernements du culte public rendu à Dieu, marque toujours le commencement de l’anarchie, du désordre et de la décadence pour les nations. » (p. 249) A l’époque — ce petit livre est écrit en 1931— ce n’est pas une opinion extrémiste ou spécialement réactionnaire. C’est ce que pense tout curé, y compris donc ce savant curé qu’est Théophile Moreux. Les choses s’apaiseront après la seconde guerre mondiale, et surtout après le concile Vatican II (*). Il faut avoir la mémoire bien courte pour penser que l’Eglise catholique a toujours fait preuve de déférence à l’égard de la République. Elle a accepté la République, parce qu’elle ne pouvait faire autrement. C’était un repli, non un consentement.

Petite note pour les curieux : Au passage, JC Milner, dans un livre remarquable, De l’école, suggère dès le début des années 80 que la guerre contre l’école n’a pas cessé, mais qu’elle est simplement devenue invisible, les chrétiens ayant investi l’ennemi, en entrant dans l’institution pour l’extenuer. Qu’un Meirieu (aujourd’hui à EELV !), maître à penser du pédagogisme à la grande époque de Jospin, soit catholique, cela ne doit rien au hasard. Les chrétiens constituent un élément de "la machine à trois pièces", avec la Corporation (les instits pleins de ressentiment contre les intellectuels, contre lesquels ils mobilisent la Pédagogie) et les Gestionnaires (les représentants du pouvoir et de l’argent qui ne supportent aucun contre-pouvoir ; or, tout savoir est par lui-même un contre-pouvoir), qui ourdissent le complot contre l’Ecole qui dure depuis cette époque et qui s’appelle la Réforme, laquelle n’a jamais cessé son travail systématique et raisonné de destruction. Dernier épisode en date : la réforme Chatel du lycée, approuvée et soutenue, ce n’est pas un hasard, par un syndicat d’origine chrétienne, le SGEN-CFDT. Milner note : « le SGEN est cette rareté : un syndicat d’enseignants qui réclame systématiquement l’abaissement matériel et moral de tous les enseignants. » (De l’école, p. 30) En clair, les chrétiens, remplis de bonne volonté et de bons sentiments (**), oeuvrent à l’intérieur de l’école à sa destruction, et justifient ainsi le maintien et le renforcement de leurs écoles confessionnelles, à l’extérieur. C’est pas mal joué. Pourtant, ils n’auraient pas eu la partie si facile si ils n’avaient pas été grandement aidés par d’autres forces, censées être « de gauche » (***). Mais c’est une autre histoire ...

(*) Quand on sait que J. Ratzinger, futur Benoit XVI, est dans le camp des réformateurs, donc des progressistes, lors de Vatican II, on imagine à quoi pouvait ressembler les réacs !

(**) Milner note malicieusement : « Certains catholiques, qui croient encore à l’Eglise comme institution, mettent leurs enfants à l’école catholique, afin qu’ils échappent à la Corporation et aux Réformateurs pieux. » Certains catholiques, et certains républicains peut-être, du genre Chevènement ?

(***) Pour une analyse sans concessions de la trahison de la gauche par l’école, lire ce point de vue d’un républicain impeccable : Jacques Muglioni : La gauche et l’école.

Répondre à ce message #34347 | Répond au message #34340
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - DD - 9 décembre 2011 à 12:25

L’Etat et les collectivités payent tout ?

Si j’ai bien suivi cet article ce n’est pas tout à fait vrai : le fonctionnement est effectivement assuré par le contribuable, mais l’investissement en dur reste à la charge des établissements, n’est-ce pas ?

Et quid des collèges et lycées ?

Reste que c’est à gerber. L’Etat se fait un devoir de mettre son nez dans les mosquées pour y faire la chasse aux barbes trop longues, les collectivités font ce qu’elles peuvent pour empêcher les minarets, mais ni l’un ni l’autre ne se demande ce que les curetons ou leurs thuriféraires vont enseigner dans les écoles.

Il y a chrétien et chrétien. Parce qu’un "fan" de Mère Thérésa ou de l’Abbé Pierre qui vit sa foi dans son coin, en famille et sans emmerder personne n’est pas un bulledog de Saint-Nicolas du Chardonnet qui va protester contre "l’art dégénéré" (désolé pour le point godwin) ou manifester pour une France blanche et l’abollition de la république au profit d’un roi ou d’un tyran éclairé.

Combien d’enfants se font bourrer le crâne de ces idées anti-républicaine, des valeurs réactionnaires ou plus simplement du dolorisme, du culpabilisme et du divertissement pascalien comme sédatif de la libido au frais de la république ?

Si l’Etat finance il doit demander des comptes : quelles garanties pour que l’Education nationale, républicaine et laïque ne nourrisse pas le flux de bile haineux qui la bouffe de l’intérieur ?

J’imagine que ce n’est pas un président de la république conseillé par Patrick Buisson qui aura le courage de poser la question, alors que fait l’opposition en générale et le PS en particulier (pour les autres j’ai ma petite idée ...) ?


Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - Cyrano - 9 décembre 2011 à  22:55

Bien sûr, on n’a jamais écrit que les fonds publics payaient les investissements immobiliers (quoique faudrait savoir comment ça se passe – je ne sais pas). Dans le cadre du fonctionnement, l’article est donc vrai : on leur paye tout, tout (et peut-être plus). Et puis... pour les écoles primaires, la plupart du temps les écoles catho ont de beaux et bons et solides biens immobiliers déjà existants – on peut leur faire confiance.

Pour les collèges et les lycées privés, c’est pareil, on est racketté comme pour les écoles primaires privées. Respectivement c’est le Conseil Général qui paye pour les collèges et le Conseil Régional pour les lycées (si j’ai bien pigé, c’est pas sûr).

Avec les enseignants payés par l’Etat, avec tous les frais payés par la ville, eh bien ces écoles trouvent le moyen de demander aux familles de payer - l’école privée, n’est-ce pas...

Pour les écoles Maternelles et Primaires Sainte Marthe (qui font partie du groupe Saint-Jean Baptiste de la Salle), voici les contribution annuelle des familles (en externat, sans repas du midi) :
– 1/2 journée matin (petite section mat) : 262 €
– Journée complète :423 €
Juste par curiosité, l’inscription annuelle (en externat) au collège privé de Saint-Jean Baptiste de la Salle coûte 820 €, et au lycée coûte 837 €.

L’ensemble scolaire Bourges-Centre se sous-titre lui-même "Etablissements Catholiques d’Enseignement". Ce groupe comprends les écoles Sainte-Marie Saint-Dominique, Notre-Dame La-Blanche et Saint-Guillaume. L’inscription annuelle pour la Maternelle, ça coute 277 €, et pour la Primaire faut payer 314 €. Sans état d’âme, ce groupe va percevoir, pour 2011-2012, 285.000 € de la ville de Bourges...

Eh ! On paye, on devrait pouvoir contrôler ? Et on pourrait voir les comptes ?... Et on pourrait voir les bénéfices ?... Une idée à creuser ?

Répondre à ce message #34333 | Répond au message #34323
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - Mister K - 10 décembre 2011 à  00:51

Eh ! On paye, on devrait pouvoir contrôler ? Et on pourrait voir les comptes ?... Et on pourrait voir les bénéfices ?... Une idée à creuser ?

Réaction plus que logique. Je parie que si toutes les entreprises privées (les écoles privées sont des entreprises presque comme les autres) devaient accepter de publier leurs comptes publiquement à partir du moment où ils touchent des aides ou subventions, je parie que beaucoup renonceraient à ces aides ou subventions...

Répondre à ce message #34337 | Répond au message #34333
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - Hassen Chébili - 9 décembre 2011 à 09:11

Sujet intéressant en cette journée nationale sur la "Laïcité"... j’avoue apprendre de plus en plus depuis que je suis conseiller municipal de Bourges. Je suis tenté toujours de voter contre ou de m’abstenir... On verra à l’avenir sur d’autres sujets. On pourra même observer le futur vote des mêmes élus pour les futures écoles privées musulmanes ou coraniques qui signeront une convention avec l’Education Nationale. Vos articles ont le mérite de lancer le débat sur cette loi de financement des collectivités locales pour les écoles privées.


Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - B. Javerliat - 9 décembre 2011 à  09:16

Je suis tenté toujours de voter contre ou de m’abstenir...

Et pourquoi ne le faites-vous pas ?

Répondre à ce message #34318 | Répond au message #34317
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - Hassen Chébili - 9 décembre 2011 à  09:26

Oui, sur ce sujet, je pense m’absentir la prochaine fois. Vous savez, il y a tant de sujets auxquels je m’abstiens et personne ne m’accompagne... Monsieur Javerliat, de mon côté, j’ai l’honnêté de dire que le sujet est intéressant et développer sur votre site internet m’intéresse. Désormais, je suis libre dans cette enceinte municipale... Ma voie (voix) compte-t-elle ?

Répondre à ce message #34319 | Répond au message #34318
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - B. Javerliat - 9 décembre 2011 à  09:42

Ca ne nous dit pas pourquoi vous avez voté ces subventions jusqu’alors ;-) Pour "développer le sujet", il vous suffit de cliquer ici si vous souhaitez faire des articles.

Répondre à ce message #34321 | Répond au message #34319
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - Hassen Chébili - 9 décembre 2011 à  09:54

ok merci :-)

Répondre à ce message #34322 | Répond au message #34321
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - 9 décembre 2011 à  19:37

peut être HS, mais ou trouve-t-on les dates des conseils municipaux, je n’ai pas trouvé (ou pas su chercher) sur le site ? merci

Répondre à ce message #34330 | Répond au message #34322
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - Cyrano - 10 décembre 2011 à  00:15

cliquez - Lorsque vous êtes sur la page "Conseil municipal", pour les Conseils précédents, cliquez sur "Comptes-rendus et délibérations".

Et voilà ! c’était ma B.A. du jour.

Répondre à ce message #34335 | Répond au message #34330
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées - Cyrano - 10 décembre 2011 à  00:06

Allez, ok, admettons que c’est biscornu cette histoire de Participation de la Ville aux dépenses de fonctionnement des écoles privée, puisque la loi oblige la ville.

La loi oblige donc les villes à payer pour les élèves dans les écoles primaires privées. Mais la loi n’oblige aucunement à payer pour les élèves en école maternelle (puisque la scolarité n’est obligatoire qu’à partir de 6 ans, via l’école primaire). La ville de Vierzon qui trainait les pieds pour donner des sous aux écoles privées a été trainée au Tribunal Administratif par l’OGEC (Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique) et a du payer et signer une convention pour calmer la rapacité des écoles privées.

Puisque la loi oblige, à quoi bon voter "contre" , alors on vote "pour" ? D’un autre côté, qu’est-ce qui empêche l’opposition de voter "contre", et résolument "contre" ? Mais "contre" koi puisque c’est la loi ?... Pfff, n’est-ce pas ?!... Mais les ceusses de l’opposition qui votent "pour" pourraient au moins s’abstenir de prendre part à un vote qui ne sert qu’à exprimer un vœu pieu – un comble !

Et puis... et puis... y’a des questions que les élus pourraient poser : comment sont calculés les "prix de revient" des mômes dans les écoles publiques ? Puisque les écoles privées font payer les parents, pourrait-on connaître les comptes des écoles privées ?

Et puis, y’a d’autres questions... Prenons exemple avec les écoles du groupe qui réunit les écoles privées Sainte-Marie Saint-Dominique, Notre-Dame La-Blanche et Saint-Guillaume.

Y’a bien écrit que chacune des écoles est sous contrat : « L’Ecole étant sous contrat d’association avec l’Etat, l’équipe enseignante rémunérée par l’Etat se doit d’appliquer les programmes officiels et le socle commun proposés par l’ Education Nationale. »

Ce contrat d’association avec l’Etat oblige aussi que l’enseignement soit fait « dans le respect total de la liberté de conscience » et que « tous les enfants sans distinction d’origine, d’opinion ou de croyances » aient accès à l’école.

Tout va bien, mais...

Mais... quand on lit que dans les programmes et activités de ces écoles, y’a une "pastorale", car « La formation spirituelle fait partie intégrante de la construction de tout l’être humain » et la pastorale « n’est pas facultative ». Obligatoire, donc ?... Hola, dressons l’oreille...

Ce qui est obligatoire, c’est cette « Pastorale et proposition de la foi. » De la foi ? Ça renifle bougrement l’enseignement laïque, ça ! Y’a même encore plus laïque : l’école est « animée d’un esprit évangélique de liberté et de charité » et « l’annonce de la Parole de Dieu y est ponctuelle. ». Dieu ?! C’est de l’enseignement laïque 100 %, ok, rien à redire...

Allez voir les écoles privées Bourges-Centre. Vous verrez, je dis pas de conneries, c’est vrai. Alors, oui, on peut voter "contre" ça – contre ces écoles qui reçoivent de l’argent public et qui ne s’en trouvent jamais assez – contre ces écoles qui enseignent obligatoirement leur religion.

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