Chisme Catéchisme
Pour avoir plein de sous, les écoles catho doivent signer un contrat d’association avec l´Etat, c’est-à-dire que ces écoles s’engagent à enseigner le programme officiel – c’est bien le moins ! Et pour les bondieuseries ? Il suffit de ne proposer le catéchisme qu’en option, et hop ! on est habilité (et pratiquement toutes les écoles privées le sont). Ça permet quoi ? beautifully simple : l’Etat et les collectivités payent tout, tout, tout !
Ecoles privées ne payent que l’eau bénite
Primo : c’est l’Etat qui assure les salaires des enseignants des écoles privées. Oui, on paye leurs instit’ et leurs prof. Mais c’est pas notre sujet.
Secundo (et là, c’est nous, c’est la ville) : une loi astreint les villes à calculer le prix de revient d’un élève de l’enseignement public et à verser au écoles privées ce montant calculé multiplié par le nombre d’élèves de l’école privée.
On leur paye quoi ? C’est écrit, c’est la Loi :
Fournitures scolaires obligatoires ;
Frais de secrétariat ;
Frais de nettoyage et de gardiennage ;
Frais d’assurance ;
Frais d’entretien des bâtiments.
Ainsi la ville de Bourges paye aux écoles privées, manuels, crayons, cahiers, ordinateurs, tout, tout. On leur paye leurs frais de gestion, leurs frais d’assurance, tout, tout. On nettoie leur locaux, on les garde, on entretient les bâtiments, tout, tout. Mais alors ? Les écoles privées n’ont pas un denier à avancer ? On ne peut rien vous cacher. Et ça s’intitule "Participation de la Ville aux dépenses de fonctionnement". En fait de participation, on leur paye tout, jusqu’au nettoyage de leurs chiottes.
Et on paye ça à l’OGEC : l’Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique. Mais oui, en fait, l’enseignement privé, ce ne sont que les catho : à Bourges, on paye tout, tout à l’Ecole Sainte-Marthe (du groupe Saint Jean-Baptiste de la Salle, Sainte-Marie Saint-Dominique, Notre-Dame La-Blanche, Saint-Guillaume. On se croirait chez les chouans.
One million d’euros, baby
Le "prix de revient" d’un élève du public est calculé à 412 € par la ville. 454 élèves du privé sont concernés. Donc le dernier Conseil Municipal de novembre a voté ainsi 412 € x 454 élèves = 186.880 € qu’on va jeter dans la gamelle des écoles privées.
Mais notre Maire va plus loin que la loi : ainsi, la ville de Bourges finance aussi les écoles maternelles, alors qu’il n’y a aucune obligation. A 610 € le "prix de revient" de l’enfant d’école maternelle, on rejette dans la gamelle des écoles privées 610 € x 212 élèves = 129.320 €.
Ça nous fait un total de 316.200 € (pour faire bonne mesure , on paye aussi 6000 briquettes de lait, soit 1200 litres pas bénits. Mais laissons ces broutilles). L’année dernière, en novembre 2010, le Conseil Municipal avait voté 329.900 € de participation. Et ça dure depuis 1993 (depuis 1997 pour les écoles maternelles).
Ainsi, tous les trois ans, c’est un million d’euros qui est donné aux écoles privées. Un million, merdre ! Un million qui serait bienvenu pour améliorer les écoles publiques.
L’opposition à donf
Chaque année, c’est la même litanie. Je recopie :
« Le Conseil Municipal décide par 47 voix "pour" et 1 voix "contre" (Mme CORDAT) de donner son accord pour le paiement aux écoles privées de la participation de la Ville étant précisé que le Groupe de l’Opposition vote "contre" le paiement du forfait aux écoles maternelles. »
Et on peut remonter, remonter les années, c’est exactement le même vote (sauf que lorsque y’avait A-Gauche-Bourges, y’avait une voix "contre" en plus).
J’ai dis le même vote ? ah non, hep, pas tout à fait.... On va vous narrer ça dans l’épisode suivant. Mais avant, si vous permettez, un petit post-scriptum à cet article.
Post-scriptum : ad nauseam
Le zèle de la ville pour le financement des écoles privées lui vaudra peut-être quelques indulgences et absolutions avec le Très-Haut. Mais pas avec ses rapaces représentants ici-bas, de vrais sales petits vautours.
Depuis 1998, la municipalité versait un forfait annuel aux écoles maternelles alors qu’il n’y avait même pas encore de contrat d’association avec ces écoles. La ville allait donc largement au delà de la loi et arrosait avec les sous des berruyers les écoles privées.
Mais trop fort ! ça ne va pas empêcher cinq établissements catholiques de Bourges de déposer des plaintes auprès de la Chambre Régionale des Comptes : ces écoles trouvaient que la ville n’en faisait pas assez !
La C.R.C (Chambre Régionale des Comptes) donnera sa réponse (presque 80 pages !). Ça en discutera au Conseil Municipal de juin 2003. Finalement, la C.R.C. réclamera peu de changement par rapport à ce qui se faisait. De la discussion qui s’ensuivit, on extrait juste ceci :
– Mme Félix : Simplement, sur ce dossier, un commentaire qui sera très court. Notre position sur le sujet est très simple : c’est la loi, toute la loi et rien que la loi !
– M. le Maire : Mme Cordat. Moins que la loi ?!
– Mme Cordat : Oui, parce que la loi n’est pas bonne. [...] Je pense que ceux qui bénéficient de ces subventions ne sont pas contents que les enfants [des écoles privées] aient autant que les enfants des écoles publiques. [...] On peut dire en quelque sorte, que ces gens-là mordent la main de ceux qui les nourrissent.
Ah ! C’était le bon temps quand y’avait que les curés pour enseigner, la trique à la main (non ! aucune allusion pédophile). Cette engeance là ne rêve que de cet âge d’or.
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées
- bombix
- 10 décembre 2011 à 11:33
puisque je vous le rappelle, c’est l’Église qui a développé l’enseignement au XVIIe et XVIIIe siècle, serait anti-républicaines,
Au XVIIème siècle, l’Eglise développe l’école, parce qu’elle veut reprendre en main les esprits, après la Réforme. C’est un projet politique, et même théologico-politique, confié aux jésuites (par ailleurs excellents professeurs). L’école de la République est aussi un projet politique, mais d’une autre politique. Elle est le fait de la III ème République, qui vise à donner à chacun la formation nécessaire pour exercer sa citoyenneté. Car il n’y a de citoyen éclairé en République qu’instruit. Cette instruction passe aussi par la libération vis à vis des dogmes religieux. La République est l’héritière des Lumières et travaille à l’émancipation. C’est une fausse conception de la laïcité que de l’assimiler à une tolérance vis à vis de toutes les théories obscurantistes. La République est laïque, en ce que le pacte politique est fondé non sur un dogme, mais sur un vide dogmatique, condition de l’autonomie. Voir à ce sujet les livres très éclairants de Catherine Kintzler (en particulier, Qu’est-ce que la laïcité ?, Vrin). La République est anticléricale, comme l’Eglise est anti-républicaine, fondamentalement. Elle a certes changé son discours depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Mais en son fond, théorique et politique, elle est et demeure anti-républicaine. Pour elle, la République, c’est l’apostasie. Et si, catholique, vous pensez le contraire, c’est que vous êtes ignorant de votre propre histoire.
La seule école qui garantit la liberté de conscience des élèves, c’est l’école laïque. Si ce n’était pas le cas d’ailleurs, les chrétiens n’enverraient pas leurs enfants dans l’école de la République. En réalité, l’école privée catholique est une école de classe. Que les cathos essaient aussi de placer leurs croyances et leurs valeurs, possible et en même temps logique. Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel pour la droite est de garantir à une partie de sa clientèle
l’accès à des zones réservées où les classes dominantes se reproduisent en toute tranquillité, entre soi. Le fait qu’elle profite en plus de l’argent public est parfaitement scandaleux.
Vous parlez de la liberté de conscience ? Elle doit en effet être respectée. Mais se cantonner à l’espace privé. L’école n’est pas un espace privé, ou un espace qui pourrait servir de refuge à des puissances privées. A céder là-dessus, on laisse la porte ouverte à tous les communautarismes. Si vous justifiez l’école privée catholique, comment empêcherez vous l’école coranique, ou l’école juive intégriste, ou que sais-je encore ? Comment justifierez-vous qu’on accorde à l’une des subventions, et pas à l’autre ? L’école n’est pas un service public, qui s’adapterait à des clientèles différentes aux goûts divers. L’école est un élément organique de la République. L’école, qui forme tous les enfants, et est financée par la puissance publique, doit être à l’abri des pressions, et donc des confessions, et donc des religions. Pour des raisons strictes de respect de l’idéal laïque et républicain comme de l’égalité de traitement de tous les enfants devant l’éducation, l’école privée confessionnelle doit disparaître. C’est un vestige de temps disparus. Le recul de Mitterrand dans les années 80 sur cette question est une défaite et une honte historique pour la gauche française.
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées
- bombix
- 10 décembre 2011 à 20:45
Elle a certes changé son discours depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Mais en son fond, théorique et politique, elle est et demeure anti-républicaine.
Par exemple, je trouve dans le "Pour comprendre la philosophie" de l’Abbé Moreux — une de nos gloires locales —, qui était pourtant un ecclésiastique éclairé, puisque vrai scientifique, astronome spécialiste du soleil, et aussi vulgarisateur scientifique : « Familles humaines, sociétés, nations, doivent à Dieu un culte extérieur où tous les individus s’associeront dans une adoration commune. En fait, l’apostasie sociale, je veux dire la suppression par les gouvernements du culte public rendu à Dieu, marque toujours le commencement de l’anarchie, du désordre et de la décadence pour les nations. » (p. 249) A l’époque — ce petit livre est écrit en 1931— ce n’est pas une opinion extrémiste ou spécialement réactionnaire. C’est ce que pense tout curé, y compris donc ce savant curé qu’est Théophile Moreux. Les choses s’apaiseront après la seconde guerre mondiale, et surtout après le concile Vatican II (*). Il faut avoir la mémoire bien courte pour penser que l’Eglise catholique a toujours fait preuve de déférence à l’égard de la République. Elle a accepté la République, parce qu’elle ne pouvait faire autrement. C’était un repli, non un consentement.
Petite note pour les curieux : Au passage, JC Milner, dans un livre remarquable, De l’école, suggère dès le début des années 80 que la guerre contre l’école n’a pas cessé, mais qu’elle est simplement devenue invisible, les chrétiens ayant investi l’ennemi, en entrant dans l’institution pour l’extenuer. Qu’un Meirieu (aujourd’hui à EELV !), maître à penser du pédagogisme à la grande époque de Jospin, soit catholique, cela ne doit rien au hasard. Les chrétiens constituent un élément de "la machine à trois pièces", avec la Corporation (les instits pleins de ressentiment contre les intellectuels, contre lesquels ils mobilisent la Pédagogie) et les Gestionnaires (les représentants du pouvoir et de l’argent qui ne supportent aucun contre-pouvoir ; or, tout savoir est par lui-même un contre-pouvoir), qui ourdissent le complot contre l’Ecole qui dure depuis cette époque et qui s’appelle la Réforme, laquelle n’a jamais cessé son travail systématique et raisonné de destruction. Dernier épisode en date : la réforme Chatel du lycée, approuvée et soutenue, ce n’est pas un hasard, par un syndicat d’origine chrétienne, le SGEN-CFDT. Milner note : « le SGEN est cette rareté : un syndicat d’enseignants qui réclame systématiquement l’abaissement matériel et moral de tous les enseignants. » (De l’école, p. 30) En clair, les chrétiens, remplis de bonne volonté et de bons sentiments (**), oeuvrent à l’intérieur de l’école à sa destruction, et justifient ainsi le maintien et le renforcement de leurs écoles confessionnelles, à l’extérieur. C’est pas mal joué. Pourtant, ils n’auraient pas eu la partie si facile si ils n’avaient pas été grandement aidés par d’autres forces, censées être « de gauche » (***). Mais c’est une autre histoire ...
(*) Quand on sait que J. Ratzinger, futur Benoit XVI, est dans le camp des réformateurs, donc des progressistes, lors de Vatican II, on imagine à quoi pouvait ressembler les réacs !
(**) Milner note malicieusement : « Certains catholiques, qui croient encore à l’Eglise comme institution, mettent leurs enfants à l’école catholique, afin qu’ils échappent à la Corporation et aux Réformateurs pieux. » Certains catholiques, et certains républicains peut-être, du genre Chevènement ?
(***) Pour une analyse sans concessions de la trahison de la gauche par l’école, lire ce point de vue d’un républicain impeccable : Jacques Muglioni : La gauche et l’école.
Les sous de la ville : du pain bénit pour les écoles privées
- Cyrano
- 10 décembre 2011 à 00:06
Allez, ok, admettons que c’est biscornu cette histoire de Participation de la Ville aux dépenses de fonctionnement des écoles privée, puisque la loi oblige la ville.
La loi oblige donc les villes à payer pour les élèves dans les écoles primaires privées. Mais la loi n’oblige aucunement à payer pour les élèves en école maternelle (puisque la scolarité n’est obligatoire qu’à partir de 6 ans, via l’école primaire). La ville de Vierzon qui trainait les pieds pour donner des sous aux écoles privées a été trainée au Tribunal Administratif par l’OGEC (Organisme de Gestion de l’Enseignement Catholique) et a du payer et signer une convention pour calmer la rapacité des écoles privées.
Puisque la loi oblige, à quoi bon voter "contre" , alors on vote "pour" ? D’un autre côté, qu’est-ce qui empêche l’opposition de voter "contre", et résolument "contre" ? Mais "contre" koi puisque c’est la loi ?... Pfff, n’est-ce pas ?!... Mais les ceusses de l’opposition qui votent "pour" pourraient au moins s’abstenir de prendre part à un vote qui ne sert qu’à exprimer un vœu pieu – un comble !
Et puis... et puis... y’a des questions que les élus pourraient poser : comment sont calculés les "prix de revient" des mômes dans les écoles publiques ? Puisque les écoles privées font payer les parents, pourrait-on connaître les comptes des écoles privées ?
Et puis, y’a d’autres questions... Prenons exemple avec les écoles du groupe qui réunit les écoles privées Sainte-Marie Saint-Dominique, Notre-Dame La-Blanche et Saint-Guillaume.
Y’a bien écrit que chacune des écoles est sous contrat : « L’Ecole étant sous contrat d’association avec l’Etat, l’équipe enseignante rémunérée par l’Etat se doit d’appliquer les programmes officiels et le socle commun proposés par l’ Education Nationale. »
Ce contrat d’association avec l’Etat oblige aussi que l’enseignement soit fait « dans le respect total de la liberté de conscience » et que « tous les enfants sans distinction d’origine, d’opinion ou de croyances » aient accès à l’école.
Tout va bien, mais...
Mais... quand on lit que dans les programmes et activités de ces écoles, y’a une "pastorale", car « La formation spirituelle fait partie intégrante de la construction de tout l’être humain » et la pastorale « n’est pas facultative ». Obligatoire, donc ?... Hola, dressons l’oreille...
Ce qui est obligatoire, c’est cette « Pastorale et proposition de la foi. » De la foi ? Ça renifle bougrement l’enseignement laïque, ça ! Y’a même encore plus laïque : l’école est « animée d’un esprit évangélique de liberté et de charité » et « l’annonce de la Parole de Dieu y est ponctuelle. ». Dieu ?! C’est de l’enseignement laïque 100 %, ok, rien à redire...
Allez voir les écoles privées Bourges-Centre. Vous verrez, je dis pas de conneries, c’est vrai. Alors, oui, on peut voter "contre" ça – contre ces écoles qui reçoivent de l’argent public et qui ne s’en trouvent jamais assez – contre ces écoles qui enseignent obligatoirement leur religion.