Culture

« Si poésie existe... »

Le Off du Printemps des poètes
mercredi 21 mars 2012 à 14:50, par Mercure Galant

Doit-il exister des frontières en matière de poésie ?
C’est bien la question que l’on se posait samedi dernier à la galerie Pictura. « Il ne faut pas ghettoïser ! », s’insurge Laurent Quillerié, le maître des lieux, qui - à défaut d’avoir obtenu une programmation au Printemps des poètes- proposait aux curieux de découvrir les textes des artistes « différents » qu’il soutient.

Les expositions et les éditions de Pictura tentent d’établir un équilibre entre artistes « valides », « différents » ou « à la marge ». Après Pascal Dusquenne, Alyssa Pasquier ou Fabrice Ferrandon ce sont des artistes rencontrés lors du dernier « festival des déglingués » en 2011, qui étaient à l’honneur à l’occasion de ce « happening » … une émission radiophonique ayant été récemment créée avec eux pour « aller au-delà des livres »,

« Si poésie existe... »
Laurent Quillerié et Daniel Arnaison

Laurent Quillerié, portait en lui l’envie de faire de la radio depuis un certain temps déjà. L’idée s’est concrétisée avec l’aide de Gérard Bouillagué qui lui a confié deux émissions sur Radio Résonance : « Littéra » et surtout « Ici Bourges, parole de la rue, parole des exclus » dans laquelle interviennent Jean-Marie Prévost pour sa « chronique impertinente des Zandicapés », Fred Cut qui y traite des questions d’addictions et assure la sélection musicale, et Nico Pompons, artiste de rue et SDF réagissant aux thèmes débattus avec sincérité et le plus « naturellement possible ».

Nico Pompons

un acte de présence

Après la sortie récente de plusieurs films populaires abordant la thématique du handicap, Laurent Quillerié craint plutôt qu’on aboutisse à l’indifférence totale en voulant éviter les clivages ou gommer les différences. Il explique en le déplorant que : « À l’ occasion du printemps des poètes, le débat aurait pu par exemple être ouvert sur « poésie et différence psychique »… La poésie telle qu’on la connaît depuis le XIXème siècle fait appel à l’urbain mais aussi au territoire à la marge entre raison et folie. Cela pourrait nourrir la problématique, non pas pour effacer les différences !... mais on a oublié de nous programmer… Y aurait-il une volonté de ne pas montrer les artistes et poètes handicapés, ce qui revient à la négation ? Sans être un acte de résistance, cette invitation est en tous cas un acte de présence ! »

Les poètes du off

Des éditions étaient présentées pour l’occasion : les « chroniques impertinentes » de Jean Marie Prévost regroupées dans un premier recueil et les textes de Fred Cut parus dans un « Tome 2 ».

Jean-Marie Prévost
"L’escalope...Elle est seule dans son assiette, elle est rose, elle est tendre, elle est luisante, dégoulinante. Vous avez tous compris : le docteur Freud et les Psys n’ont rien à faire là dedans... Y a que les fous et les "Zobsédés" comme vous et moi pour penser à autre chose qu’à une escalope !"

Jean Marie Prévost a dû arrêter des études de journalisme en 1988 suite à son internement à Beauregard … D’autres séjours en service psychiatrique suivront ensuite jusqu’en 2009. Si les problèmes semblent s’être éloignés, un traitement reste nécessaire qui l’empêche de « trop réfléchir ». C’est l’« Histoire d’un mec, semeur de mots », ouvrage édité en 2011 aux éditions Pictura, qui a scellé la rencontre avec Laurent Quillerié. Tous les jours il écrit trois ou quatre pages, exercice pour lequel il avoue prendre « un plaisir atroce ».

Fred Cut
"Si vous saviez comment j’aimerais tellement pouvoir fermer les yeux et me sentir lentement m’endormir, me sentir partir comme bercé par les lignes d’un bon livre. Je serais hypnotisé et je ne pourrais plus jamais revenir."

Fred Cut a décroché de l’héroïne en 2007. C’est le besoin d’écrire qui a succédé à sa dépendance. Les problèmes de consommation, de surconsommation et de prévention restent bien souvent les sujets qui l’inspirent. Pour lui qui n’a jamais fait d’études, cette capacité à enchaîner les vers et à écrire des slams, prend la forme d’un autre combat mené dans la souffrance. Une souffrance nécessaire à sa reconstruction, avec l’édition de petits textes et un livre qui devrait être édité par Pictura.

Pour conclure, Daniel Arnaison auteur et dessinateur, ayant lui aussi travaillé sur plusieurs projets avec Laurent Quillerié, fit la lecture d’un texte écrit le matin même, qui commençait ainsi :« Si poésie existe, elle mène l’enquête du temps, à la fois éminemment sérieuse et directement dérisoire… » ... Si poésie existe, on l’aurait bien rencontrée au off...

L’émission « Ici Bourges, parole de la rue, parole des exclus » est accessible en podcast sur le site de Radio Résonance.


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