Sarkozy, ne lui parlez pas de son bilan
En 2007, avec Sarkozy, tout devenait possible. Cinq ans après, alors que neuf autres candidats cherchent à lui ravir son poste de Président de la République, la première chose à réaliser est le bilan du président sortant. Alors évidemment, l’exercice est plus que difficile. Nous avons tous en tête un bilan plus ou moins subjectif et intuitif de cinq ans de présidence de Nicolas Sarkozy. Et il est jugé (extrêmement) mauvais par une majorité des français. Le président sortant et l’UMP font valoir qu’entre le bilan intuitif que font les français de cinq ans de présidence Sarkozy et le bilan réel, l’écart est en faveur du président-candidat. Qu’en est-il ?
Un bilan intuitif catastrophique
Ce bilan de Sarkozy, se fait sur cinq à dix ans. Nicolas Sarkozy a squatté en effet les médias depuis le 21 avril 2002 avec une stratégie de base assez simple : reprendre une partie des thèmes du Front National, les intégrer dans sa rhétorique en les rendant présentables tout en préservant les théories et la clientèle traditionnelle de droite. De 2002 à 2007, il est un ministre omniprésent dans les médias. Cinq ans de travail d’image de 2002 à 2007 ont fait de lui le roi de la lutte contre l’insécurité et l’immigration dans l’esprit des français. À cela, il lui a suffi d’ajouter une image d’homme politique volontariste et dynamique, l’image d’un homme qui voulait remettre la politique au centre de la vie publique pour qu’une majorité de français lui fasse confiance. En 2007, tout devient possible avec Nicolas Sarkozy. On reparle même de plein emploi. Travailler plus pour gagner plus, Nicolas Sarkozy se présente comme le président du pouvoir d’achat. Il est perçu par une partie de la population, comme l’homme providentiel, celui qui va remettre la France sur les rails, qui va sauver les usines, celui qui va rendre à la France sa grandeur, réindustrialiser le pays, conquérir les parts de marché dans le monde. Il doit aller chercher la croissance avec les dents. Il le dit lui-même, il veut être jugé sur ses résultats.
Alors qu’il a gagné la présidence sur son image, Nicolas Sarkozy va réussir à perdre tout son crédit en quelques semaines. Le jour même de son élection, le 6 Mai 2007, avec un dîner au Fouquet’s entouré de ses riches amis. Puis avec un séjour sur un yacht de son riche ami Bolloré. Ces deux images sont encore très présentes dans l’esprit des français cinq ans après. Il devient de facto le président des riches. Mais cette image aurait pu disparaître si les décisions prisent par la suite ne l’avaient pas renforcé : il s’augmente de 170%, il fait voter le bouclier fiscal et s’entête 4 ans alors que la vie des français devient de plus en plus difficile. Il se dote d’un avion présidentiel flambant neuf. Il devient le président bling-bling. Pendant la crise financière, il protège dans les faits [1] avant tout le monde de la finance et les banques...alors que ce même monde de la finance se retourne ensuite quelques temps plus tard contre les états comme la France. La crise de la finance devient alors la crise de la dette, cette dernière devenant dans l’esprit d’une majorité de français, l’argument des riches pour sacrifier les plus modestes et justifier une politique d’austérité.
Cinq ans après, les thèmes de l’actualité et de la campagne présidentielle sont révélateurs de l’échec de Sarkozy. La dette de la France est abyssale. Elle s’établit à 1717 milliards d’euros à la fin de l’année 2011 [2] contre 1221 milliards d’euros à la mi-2007 et 892 milliards à la mi-2002. La première préoccupation des français est redevenue le chômage. Selon les statistiques, il y a en France entre 2.9 et 4.5 millions de chômeurs. On est passé d’un taux de chômage officiel de 7.9% de chômeurs à mi-2007 à 9.5% fin 2011. À eux seuls, les indicateurs de la dette publique et le chômage sont révélateurs de l’échec de Sarkozy et de sa majorité UMP. La crise est invoquée par Sarkozy pour justifier ces mauvais résultats. Mais cet argument est à double tranchant : il perd ainsi son statut d’homme responsable qui assume les résultats de sa politique en même temps qu’il s’avoue impuissant face aux éléments extérieurs. Il n’est plus l’homme providentiel. Il redevient dans l’esprit des français, simple mortel, pas meilleur que les autres. Il devient un président faible et impuissant dans une France affaiblie et inquiète pour l’avenir. Outre les reculs sociaux que Sarkozy a infligé au pays, notamment avec la réforme des retraites qui est restée dans les mémoires, les français s’attendent à d’autres reculs sociaux...et ce d’autant plus si Sarkozy et l’UMP restent au pouvoir.
Sur ce bilan intuitif, la majorité des français ne peut que vouloir se débarrasser de Sarkozy, qui, après cinq années de gesticulations médiatiques, ne semble pas avoir apporté grand chose de positif. Ils peuvent ainsi lui retourner légitimement le « casse-toi pauv’ con ! » qu’il avait adressé à une personne en février 2008 au salon de l’agriculture à Paris.
Le bilan de Sarkozy par lui-même
Alors évidemment, le bilan intuitif de Sarkozy présenté ci-dessus n’est pas le bilan que Sarkozy fait lui-même de ses cinq années de mandat présidentiel. Dans un tract diffusé en Janvier 2012, l’UMP a tenté de rétablir, selon eux, la vérité. Dix mesures sont ainsi présentées comme bilan de cinq années de Sarkozysme. Le bouclier fiscal ne figure pas dans le bilan de Sarkozy, mais l’interdiction de la burqua y figure. Oui, s’il vous avait échappé qu’il s’agissait d’une grande mesure de Sarkozy, c’est certainement que vous n’êtes qu’un sale gauchiste à la solde des socialo-communistes...voir des terroristes. Il est tout de même hallucinant de voir qu’une telle mesure est retenue dans les 10 mesures phares de cinq ans de présidence Sarkozy. Deux autres mesures sont mises en avant : la réforme des retraites et le service minimum dans les transports et l’éducation nationale...deux mesures qui, pour beaucoup, sont des reculs sociaux. Outre la burqua, une autre mesure fait de l’oeil aux électeurs du Front National, la reconduite à la frontière de 150000 immigrés clandestins. On ne voit pas bien ce que cela change dans la vie quotidienne des français, mais passons...Bref, si l’on s’en tient à ce tract, à part la réforme des universités qui, globalement, n’a pas trop été remise en question, le bilan est faible. Bon, il ne s’agit que d’un tract.
Heureusement, le site internet de la campagne 2012 de Nicolas Sarkozy propose un bilan plus complet. Pas moins de trente thématiques sont proposées. Et parmi celles-ci, on fonce sur la thématique de l’emploi. En lisant ce bilan, on comprend que l’obligation de résultat c’est terminé. Par contre, le gouvernement UMP a mis les moyens, « des moyens sans précédent ». Sans précédent peut-être mais sans résultat sûrement, si ce n’est un million de chômeurs supplémentaire. L’emploi des jeunes et l’emploi des seniors, deux échecs retentissants de Nicolas Sarkozy, font l’objet de sous-thématiques. Là encore, notamment sur le chômage des jeunes, aucun résultat positif affiché, seuls les moyens sont mis en avant. Pour le chômage des seniors, Nicolas Sarkozy se vante d’avoir fait progresser leur taux d’activité...maintenant, il oublie de dire que ceci est lié à des reculs sociaux : la retraite à 62 ans, et la "possibilité" de cumuler emploi et retraite.
Si on prend une autre thématique moins importante comme le numérique, on s’aperçoit que Nicolas Sarkozy se vante de résultats qui sont de l’ordre de l’initiative privée : le développement de la 4G (qui d’ailleurs n’existe pas encore...) et de la fibre optique sont des initiatives privées. D’ailleurs, pour le déploiement de la fibre, le résultat affiché (« 1.3 millions de logements équipés contre 100000 en 2007 ») est plutôt un échec. Cela fait 400000 foyers équipés par an, ce n’est pas terrible mais c’est un échec privé. La généralisation, ce n’est donc pas pour demain...Autre argument mis en avant l’Open Data, « la mise en place d’un environnement favorable à l’innovation » (ouais...ouais...), Hadopi (qui devient la protection du droit d’auteur) qui est plutôt généralement considéré comme une horreur...et plus fort encore « Le dialogue permanent avec les acteurs de l’écosystème ». Ce dernier élément n’est pas faux, mais il faudrait préciser ce sur quoi a débouché ce dialogue : les internautes ont compris que Sarkozy et l’UMP n’ont strictement rien compris à internet. Fin du dialogue ?
Alors, on l’aura remarqué, les 30 thématiques sont remplis d’éléments qui sont de l’ordre de la gestion classique des différentes administrations et différents secteurs de la vie socio-économique française. Les décisions réellement politiques y sont noyées. Rien de concret n’apparaît réellement de tout cela.
Heureusement, il y a un bilan par département, comprenez, près de chez vous. Regardons donc le bilan pour le Cher...Cela commence par une mise en exergue de la baisse globale de la délinquance de 29% depuis 2002 dans le Cher. Vous ne voyez rien d’anormal ? C’est le chiffre depuis 2002 qui est annoncé et non le chiffre depuis 2007, date de l’élection de Nicolas Sarkozy...pourquoi ? On pourrait avoir le chiffre depuis 2007 ? Autre question, la délinquance est-elle, dans le Cher, un sujet de préoccupation majeur ?
La suite du bilan est une avalanche de subventions de l’État d’où l’on n’arrive pas à distinguer le vraies décisions politiques de la gestion courante. Par exemple, mettre dans le bilan Sarkozy l’électrification de la ligne Bourges-Saincaize alors qu’il s’agissait d’un serpent de mer qui date d’au moins Mitterrand, cela fait sourire. Disons que cela a fini par se faire...ce n’est certainement pas spécialement grâce à Sarkozy. Le bilan dans le département fait clairement dans le remplissage dont on ressort quand même la rénovation urbaine et les pôles d’excellence...même si on ne sait pas bien quels en sont les résultats...mais on nous met en avant les moyens. Une bizarrerie à signaler, dans le bilan, il est fait mention des trois visites de Nicolas Sarkozy dans le Cher : « 3 déplacements de Nicolas Sarkozy près de chez vous depuis 2007 ». Sur les trois déplacement, l’un était malheureusement à l’occasion d’un drame. Mais sur les deux autres déplacements, il n’est pas précisé le coût et l’utilité de ceux-ci...ni même que ces déplacements faisaient partie des opérations de communication de Sarkozy en province, le tout accessible aux habitants montrant patte blanche...
Bref, il serait intéressant que les habitants du Cher fassent leur bilan intuitif de 5 ans de Sarkozysme. Combien de chômeurs en plus, combien de services publics en moins ?
Le bilan objectif de Sarkozy selon lui-même et ses amis de l’UMP, c’est donc du gloubiboulga. Soit le poisson-bilan est noyé dans un flot de données. Soit la synthèse qui en est faite, en 10 mesures majeures, est ridicule. Dans les deux cas, en 2012, si tout est devenu possible avec Sarkozy, ce n’est certainement pas le cas pour son bilan.
Sarkozy, du plus, du moins ou du pareil ?
Difficile, donc, de tirer le bilan de Sarkozy. Au mieux, on peut dire que c’est pas pire. Au pire, que le bilan est nul et même très négatif. Je pencherai plutôt pour la deuxième solution vus les reculs sociaux et les difficultés économiques sans précédents. Tout cela après des années de gesticulation médiatique qui auraient pu laisser penser que les choses bougeraient et que les résultats finiraient par venir. Il n’en a rien été. C’était pourtant l’espoir de François Fillon qui restera dans l’histoire comme le premier ministre le plus inexistant de la cinquième république. Mais était-il possible que la logique libérale de Sarkozy ait une influence sur notre environnement économique et sociale ? A priori, Sarkozy n’a pas fait ses preuves...sauf peut-être auprès d’une minorité de favorisés. Il n’est peut-être pas obligatoire de persévérer dans l’erreur.