Décalage à droite
Écrire un édito entre deux tours d’une élection présidentielle et y tenir des propos qui se retrouveront plus ou moins contrariés dans quelques jours à peine, voila un exercice plutôt périlleux. Enfin, n’exagérons rien non plus. On risque au pire le ridicule, au mieux la banalité. Comme tout éditocrate [1], on ressent à un moment le décalage entre le monde tel qu’on le comprend et qu’on le ressent, avec le monde tel qu’il est ressenti par ses contemporains. Comprendre ce décalage est sûrement le début de quelque chose. Oui, sûrement. Reste à savoir, le début de quoi...
Allez ! On se lance : François Hollande, un membre du Parti Socialiste français, devrait être élu Président de la République le 6 Mai 2012 au soir. Au moment où j’écris ces lignes, rien n’est fait. Seuls les électeurs qui se déplaceront pourront confirmer ou infirmer ce pronostic. Si tel est le cas, cela mettra fin à 17 ans de présidence de droite. Oui, parce que, François Hollande, c’est la gauche, au moins sur le papier. La France sera surtout heureuse, pour une majorité, de se débarrasser de Sarkozy. Pour le reste, il y aura certainement un peu d’espoir mais pas trop d’illusions.
Surtout cette joie relative de la majorité des français ne devra pas éclipser la situation délicate dans laquelle se trouve notre pays. Alors bien sûr, la situation est délicate sur le plan économique et social. Mais, la situation sera délicate surtout sur le plan politique. Jamais, depuis le début de la Cinquième République, on a senti la France si proche du précipice [2]. Et le symptôme, c’est évidemment le vote pour le Front National et Marine Le Pen du 22 Avril 2012. Les 6 421 426 électeurs de Le Pen ont passé un message que tout le monde tente de décrypter. Comme si il y avait vraiment quelque chose à comprendre que l’on ne savait pas déjà. Le chômage, les problèmes de pouvoir d’achat, le recul des services publics, tout pousse les français à la colère. Une colère qui ne s’exprime que dans les urnes ou presque. Et on peut d’ores et déjà s’attendre à une réplique lors des élections législatives des 10 et 17 juin 2012 [3].
La France silencieuse vote FN. Elle est ménagée par la gauche qui la victimise et par la droite qui la courtise et qui, pire, lui donne raison. Pourtant, cette France du FN n’est pas une victime. Si elle est victime, c’est de sa propre bêtise, de son individualisme crasse, de sa passivité. Cette France du FN croit au Messie. Elle a voté Sarkozy en 2007. Mais le Messie n’existe pas. Et si cette France du FN se mettait vraiment à réfléchir, elle se rendrait compte que le FN ne propose pas de vraies solutions, seulement des boucs-émissaires. Mais demander à tous ces braves gens de réfléchir, c’est peut-être trop. Ils préfèrent le prêt à penser [4] de Marine Le Pen.
Alors, oui, quand on est éditocrate, on se sent souvent décalé. Si tout se passe comme on le pense, la gauche va faire la fête. Très bien. Mais la droite extrême l’attend au virage de 2017. On peut déjà poser le panneau « Danger ».
Alors ? Champagne ?
[1] Oui, c’est mal vu d’écrire des éditos. C’est mal vu de réfléchir aussi on dirait. Bon, et puis, éditocrate à notre très petit niveau, hein...
[2] Il y a bien eu le 21 Avril 2002 avec Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, mais ça, c’était avant...
[3] Et là aussi, ce n’est pas gagné pour la gauche, loin de là !
[4] C’est aussi du prêt à avaler, du prêt à digérer pour eux, du prêt à vomir pour les autres