Du musée à l’usine

(de la casse à quelques espérances)
dimanche 1er juillet 2012 à 22:00, par Daniel Arnaison

Commencer par écrire que la place des crises morales, économiques, peuvent être soit une rougeole – alors elles peuvent s’en montrer pédagogiques ; soit plus grave, d’autant plus grave : asservir nos consciences.

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L’exposition des dessins de Jean Moulin au Musée de la Résistance et de la Déportation mérite votre visite si ce n’est déjà fait. J’écris "des dessins" stricto-sensu. Tant la mise en exposition est totalement ratée et même, hélas, un contresens philosophique à l’humour, l’amour de la vie, la vigueur du trait qui ne cesse d’éblouir, la jeunesse de cet homme. Alors le problème de la mise en lumière des dessins, le parti pris de laisser plus d’obscurité à tel point que certains croquis n’y sont pas éclairés, m’a laissé presque fâché, oui les dessins méritent plus d’éclairage... Sans doute y aurait-il eu à faire si le travail n’avait pas été bâclé : un jeu de lumières entre les années d’insouciance et les années terrifiantes de la guerre... Mais à voir, à revoir...

Bien sûr, je ne puis signaler qu’étant accompagné d’un enfant de huit ans le dessin projection ou l’inverse réalisé et installé dès l’entrée, du portrait de Jean Moulin, me valent la réflexion « C’est une exposition de Jean-Michel Athomas » Je me suis donc échiné... à restituer que le visage de l’homme courageux n’était pas celui de la grande signature locale.

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Il est dommage qu’à l’Hôtel Lallemant l’installation de l’exposition du Père Kim En-Joong qui décline la tension spirituelle de cet homme d’église ainsi qu’une dialectique entre la couleur et la symbolique chrétienne, et cette vocation au créateur, ce qui en soi lui est personnel, ne se fasse que dans la casse de la salle des jouets de ce musée, ainsi que des vitrines payées par nos deniers républicains. Dommage, tant cette exposition aurait du avoir lieu, il me semble, par exemple au musée Estève – ce qui aurait pu être la rencontre juxtaposée de deux coloristes. Pourquoi ça ? Il m’est impossible d’y répondre... Bizarre, étrange.

Aussi bizarre, étrange qu’une indulgence cherchée à toute force par les édiles de cette ville. J’espère que monseigneur Maillard leur a accordé sa mansuétude – à voir, bien sûr, ainsi que le musée Lallemant, principalement la salle "Alchimique" : quelques perles dont je vous laisse la découverte.

Enfin, une deuxième question : pourquoi avoir supprimé la salle dite de repos, où effectivement les personnes âgées, entre autre, pouvaient retrouver souffle.

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Bien sûr, la gratuité de nos musées est une belle illusion voulue comme telle, les artistes laïques ou d’église, vivant d’amour et d’eau et d’un peu de pain. Le vol Corée-du Sud France se faisant... je ne sais comment ?... Les lithographies du Musée Estève étant distribuées au tout venant, comme chacun le sait bien.

"Histoire et Vérité", livre de Paul Ricoeur, à installer dans quelques bibliothèques. De même, suggestion : une caisse où les visiteurs laisseraient un peu de sous – sans souci – comme cela se pratique en Angleterre, isn’it. Il est bien vrai que ces messieurs-dames vivent comme les artistes d’amour, d’eau et de peu de pain.

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Autre chambre de la réalité, la casse et les fermetures d’usines et de lieux de productions diverses dans notre département, effectivement peut appeler à une réflexion sur les coopératives ouvrières, entre autre. Demande, certes, des luttes immédiates, mais bien inégales et surtout pour celles et ceux délaissés tel des objets, justement déjà qu’ils restent debout, forts et fiers, fiers et inventifs. Je sais, ce n’est là sans doute qu’une posture. Mais passé le désarroi prouvé et avec l’appui de chacun à chacun, sans attraper la honte de ne plus avoir de travail, honte sur laquelle certains qui voudraient vous dominer, à pas grand chose, s’appuient sans vergogne. Laissez-vous aussi un temps pour l’espérance et l’action. Vous êtes Beaux et ceux qui vous ont trompés et abandonnés, eux, mériteraient un temps d’apprentissage au RSA. Vous êtes fiers, je ne rêve pas – y compris dans vos larmes et dans vos désarrois.


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