L’emprise numérique

dimanche 24 mars 2013 à 07:54, par bombix

Comme le persiflait le regretté Philippe Muray : "le futur ne manque pas d’avenir" ! Un futur chaque jour davantage numérisé, cela va de soi. Ou pas. Empêcheur de numériser en rond, Cédric Biagini, fondateur des éditions L’échappée, et déjà co-auteur de La tyrannie technologique, Critique de la société numérique (2007) réitère en l’actualisant sa critique du monde numérique dans : L’emprise numérique, comment internet et les nouvelles technologies ont colonisé nos vies. Cédric Biagini sera l’invité du prochain Café décroissant, le 29 mars à Bourges. Une bonne occasion de nous pencher sur ce nouvel opus.

L'emprise numérique

Laissez tomber vos écrans, vos smartphones, vos e-books et autres tablettes. Voilà un livre : une chose qui fonctionne sans électricité, ni semi-conducteurs, qui n’a pas besoin de terres rares pour être fabriqué et grâce à laquelle vous apprendrez des choses étonnantes et inquiétantes. Voilà un gros bouquin de plus de 400 pages, avec des dizaines d’auteurs cités. Lecteur pressé, passe ton chemin. Impossible de surfer. Ce que Biagini a à dire ne tient pas dans un twit de 140 caractères.
L’emprise numérique se développe en trois grandes parties. La première, constatative, revient sur l’envahissement numérique. C’est plus qu’une invasion, c’est un déferlement. Ce n’est pas un raz de marée, c’est un tsunami. Quelques chiffres : en 2011, sur les 1400 milliards de dollars qui ont été investis dans la recherche et développement (vive la crise !), 238 milliards l’ont été pour les seules TIC. Le marché mondial du high-tech dépasse les 1000 milliards de dollars. Tandis que 92 % des 15-17 ans ont un compte Facebook en France, plus de 60 % des collégiens, et 50 % des lycéens y passent plus d’une heure par jour. Si on ajoute le temps perdu devant la télé, les jeux vidéo, et celui passé à envoyer des SMS, soit les adolescents ne dorment plus — ce qui est bien possible — soit ils n’ont plus le temps de rien faire d’autre, par exemple apprendre leurs leçons, lire, dessiner ou rêver. À propos de lecture justement : le livre, le bon vieux livre, ce symbole du monde ancien, subit les assauts réitérés de l’e-book. Emportez mille livres sur la plage cet été ! claironne la pub à un public qui lit (au mieux !) 10 livres par an ! Pourtant l’e-book n’est ni écologique, ni culturel : à terme, il détruira l’éco-système fragile du monde de l’édition, au profit d’entreprises capitalistiques comme Amazon ou Apple qui vampirisent le monde de la culture. Qui pourrait dire que le MP3 a démultiplié la création musicale ?

Mais le plus grave n’est sans doute pas là. Reprenant des analyses qui se confirment de jour en jour, Biagini dresse la liste des conséquences catastrophiques de cette vie hyper-connectée sur les capacités cognitives des utilisateurs et sur leur attention. Il n’y a pas que Google qui nous rende idiots [1] : le monde numérique dans son ensemble participe de la crétinisation généralisée. Cela n’empêche pas le ministère de l’éducation, les responsables des bibliothèques, les décideurs culturels en tous genres et de tous poils de nous vendre, nous revendre, encore et encore, du numérique. À propos de l’école, personne n’a jamais prouvé qu’un ordinateur ou un périphérique quelconque qui clignote dans une salle de classe facilitaient en quoi que ce soit la tâche des maîtres [2]. Sinon, comment expliquer la baisse du niveau scolaire désormais officiellement reconnue en France [3], dans le temps même de cette débauche technologique, qui sera encore renforcée par les projets du ministre Peillon ? Concernant le numérique, droite et gauche ont la même religion et adorent les mêmes idoles.

Une belle gueule de bois est promise à tous ceux qui ont cru à l’émergence d’une intelligence collective. La seconde partie de L’emprise numérique démonte cruellement les illusions d’une cyber-démocratie. Bavarder sur Facebook n’engage à rien. Ceux qui ont vu dans le printemps arabe le modèle de nouvelles formes de participations démocratiques ou d’engagement politique en seront pour leurs frais. On ne fait pas la révolution planqué derrière son écran, mais en prenant des risques devant des chars et des fusils. Et la politique consistera toujours à s’occuper du gouvernement des hommes, non de l’administration des choses. Les Anonymous et autres initiateurs de Wikileaks en prennent pour leur grade : au mieux, voilà de bien grands naïfs ; au pire, voilà des gens faussement critiques qui renforcent le système qu’ils disent combattre.

Car enfin, et c’est le propos de la troisième partie du livre, monde numérique et mode de production capitaliste sont liés. Sans parler de la mondialisation et de la financiarisation de l’économie qui n’auraient jamais pu avoir lieu sans le big bang informatique, on ne doit jamais perdre de vue que le capitalisme détruit les formes de vies anciennes, brise les communautés, organise le repli des individus sur eux-mêmes, lesquels éprouvent alors, par une sorte d’effet mécanique, un désir frénétique de communication en définitive stérile. Comme le rappelle Biagini, en aucun cas, la technique ne saurait être considérée comme un fait neutre. Dans une perspective assez illichienne, il rappelle que la critique des systèmes technologiques comme systèmes de domination n’a rien d’une technophobie. La technique comme savoir faire et invention d’outils nous libère. Les systèmes technologiques hyper complexes nous enserrent dans un réseau inextricable de médiations et nous aliènent, alors que nous pensions êtres devenus plus libres.

C’est peut être cependant la partie la plus faible du livre, car on reste un peu sur sa faim et on aimerait que des perspectives pour sortir de ce monde étouffant, le nôtre, soit plus fortement dessinées. Mais qu’importe. Pour le sérieux de sa documentation, pour le vaste tour d’horizon qu’il dresse de la question, pour la qualité de son écriture — l’analyse du phénomène e-book est remarquable —, ce livre à la fois synthétique et ample est hautement recommandable. Vous pouvez dès à présent fermer vos ordinateurs et vous occuper de ce qui se passe dans la vraie vie. La seule vie, à vrai dire.

L’emprise numérique, comment internet et les nouvelles technologies ont colonisé nos vies, 445 pages, Editions L’échappée, 2012.

Cédric Biagini sera à Bourges le vendredi 29 mars, à l’invitation du Café décroissant. 21 heures, à la Soupe aux choux, restaurant le Guillotin, comme d’habitude.

[1En référence au fameux article de Nicholas Carr : Is Google Making Us Stupid ? paru en 2008, et devenu un essai en 2011.

[2Pour preuve que l’informatique ne sert à rien ou à pas grand chose en pédagogie, et serait même plutôt nuisible, on apprend en lisant Cédric Biagini que de nombreux cadres de sociétés high-tech envoient leurs enfants dans des écoles déconnectées, qui appliquent la pédagogie Waldorf, laquelle repose avant tout sur l’éducation physique et le travail manuel. Comme le note un commentateur : les concepteurs des machines que sont Google, Ipad ou encore Ebay, outre qu’ils savent que la technologie n’améliore pas le niveau des élèves mais les divertit et les détourne du savoir, sont parfaitement conscients du phénomène d’addiction qu’ils créent et veulent en préserver leurs enfants. Bel exemple de cynisme ! Cf. L’emprise numérique, page 169.

[3Dernier cri d’alarme en date : celui de l’historien de l’éducation Antoine Prost, pourtant non classé d’habitude dans le camp des "grognons" et autres "déclinologues". Dans un article récent du Monde (20/02/2013), il écrit : "Il faut sonner le tocsin ... Tous les indicateurs sont au rouge ... La proportion d’élèves français qui ne maîtrisent pas la compréhension de l’écrit a augmenté d’un tiers, passant de 15,2 %, à 19,7 %. En mathématiques, nous reculons également ... Et pour ne pas risquer d’être mal jugés, nous nous sommes retirés de l’enquête internationale sur les mathématiques et les sciences. Mieux vaut ne pas prendre sa température que de mesurer sa fièvre..." En effet.


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commentaires
Biagini chez Finkielkraut samedi prochain. - bombix - 22 avril 2013 à 12:43

Cédric Biagini sera l’invité de la prochaine émission d’Alain Finkielkraut, Répliques, samedi 27 avril sur France Culture, à 9h00, comme d’habitude.


Biagini chez Finkielkraut samedi prochain. - Candy Todd - 26 avril 2013 à  13:54

Un immense merci pour ces précieux conseils, à bientôt c’est certain.

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L’emprise numérique - Mister K - 19 avril 2013 à 22:50

Après l’article « Pour », l’article « Contre »...

Faut bien rigoler un peu ;-)


Il faudra que je me décide... - José - 7 avril 2013 à 20:12

... à lire un jour Jacques Ellul.


Livre numérique : peut-on encore sauver les librairies ? - bombix - 2 avril 2013 à 06:56

A signaler cet article du Figaro : http://goo.gl/IyEGw ; « D’ici à dix ans, entre 70 et 90% de l’espace librairie aura disparu aux États-Unis » ...


L’emprise numérique - bombix - 28 mars 2013 à 09:45

Lu dans le Berry Républicain, cette remarque d’élèves en partance pour un voyage subventionné à Verdun, devoir de mémoire et centenaire en préparation obligent : "Nous avons hâte de découvrir ce lieu qui fut celui de la Première Guerre mondiale totale, ont-ils ajouté. Nos professeurs nous ont fait aimer cette période de l’histoire." "Moi mon colon, celle que j’préfère, c’est la guerre de 14-18" chantait le regretté Georges Brassens. La guerre de 14, I like this, disent les collégiens de 2013, connectés pour 60 % d’entre eux sur Facebook au moins une heure par jour ...


L’emprise numérique - Mercure Galant - 27 mars 2013 à 08:46

Un récent article du Monde pouvant être mis en lien avec le sujet développé ci-dessus...


L’emprise numérique - Mister K - 25 mars 2013 à 16:09

Alors, je précise tout de suite, je n’ai pas lu l’ouvrage de Cédric Biagini. Je réagis uniquement sur la recension qu’en fait bombix.

Commençons par le titre de cet ouvrage, très accrocheur : « l’emprise numérique ». Le mot emprise est très fort. Il sous entend que l’on est sous domination morale du numérique. On verra plus loin que c’est quand même légèrement exagéré. Le sous-titre est pas mal non plus : « Comment internet et les nouvelles technologies ont colonisé nos vies ». Le verbe coloniser n’est pas choisi au hasard. Il a une forte connotation négative. Il a été préféré à envahir qui, a priori, aurait été potentiellement plus juste. Parce que internet ou les nouvelles technologies n’ont pas une vie propre, ils ne sont pas entrées par effraction dans la société ou dans nos vies. Bref, le titre donne le ton d’un ouvrage sans trop de nuances.

Ensuite, prenons les différents éléments avancés.
1- Le "tsunami" du numérique. Déjà, rien que le terme est contestable. Les technologies numériques sont entrées très progressivement dans nos vies. L’arrivée du numérique n’est pas si soudaine que certains le pensent. Les premiers ordinateurs ont été vendu un peu avant 1960 aux entreprises. Peu à peu, l’informatique a pénétré le monde professionnel jusque dans les années 80 où sont apparus les premiers ordinateurs personnels. Ce sont ces ordinateurs personnels qui ont fait la jonction entre usages professionnels et usages personnels. Mais là aussi, cela s’est fait très progressivement. Il a fallu attendre la fin des années 90 et le début de l’internet grand public et le développement des télécoms pour que l’informatique pénètre réellement dans nos vies. Nous sommes en 2013 et si tsunami il y a, nous avons eu plus de 50 ans pour le voir arriver. Et bien sûr, ce n’est pas terminé. Si du coté de l’informatique professionnelle, le développement a été encouragé par la course à la productivité, il n’en va pas de même pour l’informatique personnelle qui a été largement développée par les usages. Et dans les années 2000, ce sont les particuliers qui ont poussé à toujours plus de services en ligne et donc au développement des nouvelles technologies dans nos vies. Si pour une partie de la population, ces évolutions sont subies, pour une autre partie, qui si elle n’est pas déjà largement majoritaire le deviendra, il s’agit d’évolutions choisies. Repensez simplement à la façon dont vous retiriez de l’argent à la banque dans les années 80 et comment vous réalisiez des virements bancaires. Cela vous amusait-il beaucoup de faire la queue à votre banque le premier samedi du mois pour déposer votre chèque ? Donc, l’arrivée du numérique n’a pas été si soudain et il a plus été invité dans nos vies que envahissant.
2- Le numérique rend con. On passerait trop de temps devant les écrans, surtout les jeunes sur Facebook, Twitter et compagnie. Les jeunes ne liraient plus. Parce que avant le large développement du numérique, les jeunes lisaient vraiment plus ? Ils étaient tous super éduqués, super cultivés ? Comme dit l’autre, "Nan mais allo quoi ! Allo.". Le c’était mieux avant, c’est drôle, mais pas très réaliste. Le numérique, ce sont divers outils. Et selon la façon dont on s’en sert, cela peut-être positif ou non. Twitter ou Facebook bien utilisés, cela peut être de fabuleux outils de partage. Avec un marteau, on peut enfoncer un clou, se taper sur les doigts ou tuer quelqu’un. Là encore, tout dépend de l’usage. C’est un peu comme la télévision. En soit, la télé n’est pas le mal. Mais tout dépend de la programmation ou désormais le choix des programmes télévisés. L’avantage des outils numériques sur la télévision, c’est que ce ne sont pas des usages dont le programme est subi, ce sont des usages dont chaque individu est maître. L’abrutissement des masses ne peut réellement exister comme il a pu exister pour la télévision. Au pire, chaque individu choisit volontairement de s’abrutir sur l’outil numérique de son choix. Mais, peut-être que comme pour la télé, par moment il s’abruti, et par moment il s’élève. Parler de Facebook ou Twitter sans parler de Wikipédia, c’est quand même oublier (volontairement ?) une face plutôt positive d’internet par exemple...
3- Le livre numérique, le mal absolue. Bon, ok, le livre numérique, ce n’est pas très Rock’n’Roll, ça polue, ce n’est pas si beau et si pratique qu’un livre, cela va tuer les libraires, l’édition, les auteurs et tout et tout. Un peu le même problème que pour la musique avec le mp3 en résumé. Enfin, le monde de l’édition a eu encore plus le temps de voir le numérique arriver que l’industrie musicale et cinématographique. En admettant que le livre numérique finisse par dominer le marché, on peut être sûr que le monde du livre se sera réorganisé. Au passage, on remarquera que si le phénomène numérique est peu développé dans le domaine du livre, c’est certainement aussi que la demande est moins forte dans ce domaine. Bref, le numérique va être un nouveau support pour le livre. Et si il a beaucoup d’inconvénient, il a quand même quelques avantages. Le premier est de permettre potentiellement un plus large accès aux ouvrages, notamment aux ouvrages qui sont dans le domaine public, et ce à moindre coût (pour ne pas dire quasi gratuitement). Cela va aussi permettre un plus grande diffusion et une plus grande facilité à trouver les ouvrages rares ou publiés à peu d’exemplaires. Bref, faire l’impasse sur les avantages du livre numérique, c’est quand même chercher à noircir le tableau.
4- L’impact des nouvelles technologies sur les capacités cognitives des utilisateurs. Là encore, c’est certainement vrai, du moins en partie. Mais tout dépend les usages. Vous souvenez-vous de l’énorme campagne que l’on avait subit il y a une dizaine d’années contre les jeux vidéos qui pouvaient créer des épilepsies ? Bon, c’était pour des usages prolongés, avec des types de jeux bien précis sur des sujets à risques...D’autres études ont également prouvé que certains jeux, au contraire, permettaient de développer des capacités chez les jeunes. Bref, là aussi, les généralités ne sont pas bonnes. Essayer, le soir, avant de vous coucher, d’écrire un texte avec un papier et un stylo. Vous vous appercevrez que toute activité qui fait travailler le cerveau avant d’aller se coucher, perturbe potentiellement le sommeil. Et qui dit perturbation du sommeil, dit troubles divers et variés. Les nouvelles technologies n’ont finalement rien à voir là-dedans. C’est la surabondance d’activités fortement stimulantes qui peut perturber. Et les outils numériques sont sources de multiples activités. L’usage est là encore en cause. Pas l’outil.

5- Le numérique à l’école c’est le mal ? Usage, usage et encore usage. Le numérique, ce sont des outils. Si pour certains apprentissages, les outils numériques apportent un plus, alors pourquoi pas. Mais décréter que parce que tous les usages ne sont pas bon, il faut bannir les ordinateurs, tablettes et autres de l’école, c’est idiot. Comme il serait idiot de mettre le numérique partout et à toutes les sauces.

6- Intelligence collective et cyber-démocratie, bullshit ? Bon, pour l’intelligence collective, on peut prendre Wikipédia. Rien que pour cela, le web se justifie. Après, tout dépend ce que l’on nomme intelligence collective. Mais si vous voulez trouver une recette de cuisine, changer votre chasse d’eau ou savoir comment on monte un processeur sur une carte mère, vous allez trouver les informations sur internet. Oui, internet sert à plein de petites choses de la vie. Pas uniquement à faire la révolution. Quand à la cyber-démocratie (terme totalement bidon, mais passons...), il suffit de penser au mouvement des pigeons, mouvement qui était bien français et très récent. Et bien, ces entrepreneurs, peut-être en partie manipulés par le Medef, ont réussi à se faire entendre et à faire plier le gouvernement. Ils ne sont pas descendus dans la rue. Alors, la cyber-démocratie, ce serait uniquement pour les entrepreneurs ? Ou cela pourrait être pour tous ceux qui s’en servent un peu comme la liberté de la presse qui s’use que si l’on ne s’en sert pas ?

7- Le monde du numérique et mode de production capitaliste sont liés. Bon, on pourrait poser la question à l’envers : qu’est-ce qui n’est pas lié au capitalisme aujourd’hui ? Ce serait peut-être plus rapide et on pourrait évacuer de suite cet argument stupide que l’on peut mettre à toute les sauces.

Conclusion de tout cela, je ne sais pas si ce livre est si peu nuancé qu’il en a l’air, mais cela n’augure rien d’une réflexion constructive sur le monde du numérique. La vraie question que l’on doit se poser, c’est l’usage que l’on peut faire de ces outils. Et éduquer au bon usage du numérique, c’est un peu comme éduquer au bon usage de l’information. Ce travail d’éducation, il doit être fait à l’école, certainement. Avoir une logique réactionnaire ne fera en rien avancer les choses. Plutôt que tout rejeter en bloc, sensibiliser, informer parents et enfants aux usages du numérique et à leurs limites serait certainement plus constructif et utile.


L’emprise numérique - bombix - 25 mars 2013 à  21:05

Cher Mister K, je m’attendais à ce genre de réaction. ;-)
Le livre est certes radical, mais il est très argumenté, et fait référence à de nombreuses études. Il est radical au sens étymologique du terme. Il va creuser à la racine des problèmes. Tu écris, et c’est là je crois qu’est le noeud de la question : « La vraie question que l’on doit se poser, c’est l’usage que l’on peut faire de ces outils. » Eh bien non, la question de la technique dépasse largement la question de l’usage, voulu ou non, intelligent ou non. La technique se développe selon sa propre logique, et nous sommes pris dans la technique, plutôt que nous sommes utilisateurs libres de la technique. Je renvoie aux travaux d’Ellul qui a parfaitement expliqué ça.
Je voulais aussi réagir sur l’argument selon lequel en référer au capitalisme est stupide car tout serait lié au capitalisme aujourd’hui. Pas encore. Faire l’amour à la femme que tu aimes n’est pas lié au capitalisme. Donner un coup de main à un copain n’est pas lié au capitalisme. Se faire chier à écrire un article pour l’Agitateur n’est pas lié au capitalisme … etc … (et même internet, avant qu’il ne devienne un phénomène de masse, n’était pas lié au capitalisme. Il fut un temps ou tenter d’y passer une pub suffisait à vous en faire bannir. Tu as sans doute connu ça) Pt être un jour le nombre de choses qui demeurera hors de la sphère marchande sera-t-il extrêmement réduit. La vie sera alors un enfer. Bref, pour en revenir au numérique, si le monde numérique s’est autant développé, ce n’est pas qu’il rende un service particulier aux gens — on pouvait très bien vivre avant le téléphone portable par exemple — mais parce qu’il constitue un marché et une source de profits. Donc, la question de la technique, avec sa logique propre, et la question du capitalisme, avec sa logique propre également, sont liées. Ce n’est pas du tout stupide de le souligner. L’idéologie dominante répète qu’il n’y a pas d’alternative au mode de production capitaliste. D’ailleurs, il suffit de prononcer le mot, pour être soupçonné de gauchisme. Et elle dit aussi que la technique nous libère : demain sera mieux qu’aujourd’hui, qui a bcp progressé par rapport à hier. Simplement remettre en question ça classe parmi les "réactionnaires" (tu emploies le mot) et les technophobes (l’usage du suffixe phobie est très révélateur)
Au contraire, pour moi, le livre de Biagini va tout à fait dans le bon sens et pose les bonnes questions, même si on peut discuter le détail de telle ou telle thèse.

Une dernière chose : je n’en ai pas parlé dans l’article, car Biagini n’insiste pas tellement là-dessus, mais le monde numérique et les TIC ont énormément rapport aussi au contrôle des gens. On aura sûrement l’occasion d’en rediscuter ...

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L’emprise numérique - Mister K - 25 mars 2013 à  22:04

La technique se développe selon sa propre logique

Hum, hum...

Je renvoie aux travaux d’Ellul qui a parfaitement expliqué ça

Ouai...Je ne sais pas ce que dis le brave Ellul, mais un truc est certain, c’est que le technique ne se développe pas toute seule, elle est développée par des humains. Je veux bien que l’on me prouve le contraire, mais moi, je suis un peu terre à terre, il faut m’excuser.

et nous sommes pris dans la technique, plutôt que nous sommes utilisateurs libres de la technique

Chez nous, jusqu’à preuve du contraire on fait ce que l’on veut. Au travail, c’est certes différent.

Je voulais aussi réagir sur l’argument selon lequel en référer au capitalisme est stupide car tout serait lié au capitalisme aujourd’hui. Pas encore. Faire l’amour à la femme que tu aimes n’est pas lié au capitalisme.

Oui, dire bonjour n’est pas lié au capitalisme. Mais toute activité économique est liée au capitalisme d’une façon ou d’une autre. Manger est lié au capitalisme. Pas encore respirer. M’enfin, bon, j’voulais dire que cet argument, il est un peu bateau quoi.

Bref, pour en revenir au numérique, si le monde numérique s’est autant développé, ce n’est pas qu’il rende un service particulier aux gens — on pouvait très bien vivre avant le téléphone portable par exemple — mais parce qu’il constitue un marché et une source de profits.

Oui, mais il y a parfois (toujours ?) les deux. Les nouvelles technologies se développent parce qu’elles sont souvent sources de profit (ou d’économies), mais aussi parce qu’elle correspondent à une attente, à un besoin. C’est le cas des services bancaires à distance, c’est aussi le cas des achats à distance par exemple. C’est quand même bien pratique de pouvoir, quand on habite Bourges, pouvoir commander des articles que l’on ne peut trouver qu’à Paris. Cela évite quand même un aller-retour à la capitale. On pourrait s’en passer comme on pourrait se passer de 90% des choses qui nous entourent.

Donc, la question de la technique, avec sa logique propre, et la question du capitalisme, avec sa logique propre également, sont liées.

Le problème c’est que je ne sais pas qu’elle est la logique de la technique :-)
Que la technique soit un outil pour le capitalisme, il n’y a pas de doutes. Mais le capitalisme, que je sache se sert de tout ce dont il est possible de se servir. Un peu comme le marteau peu servir à plusieurs choses, la technique également. Donc, on peut lier le capitalisme à plein de choses. Et à la technique entre autre. Mais c’est bien la façon dont on se sert de l’outil qu’il faut remettre en cause, pas l’outil. Car, je ne crois pas que l’outil ait sa propre idéologie. Mais les gens qui se servent de l’outil, eux oui, ont potentiellement une idéologie. Que je sache, les TIC ne sont pas utilisées uniquement à des fins capitalistes mais aussi à des fins de résistance. Au début d’internet, l’outil était plutôt utilisé par des libertaires. Mais des libertaires aux libéraux, il n’y a pas tant d’écart que cela...

L’idéologie dominante répète qu’il n’y a pas d’alternative au mode de production capitaliste.

Oui.

Et elle dit aussi que la technique nous libère : demain sera mieux qu’aujourd’hui, qui a bcp progressé par rapport à hier.

L’idéologie dominante dit beaucoup de choses et on lui fait aussi dire beaucoup de choses. La technique peut nous libérer mais elle peut aussi nous enfermer. Les deux sont possibles. L’un n’exclu pas l’autre. Tout dépend des usages là encore. Dire que la technique nous libère ou bien qu’elle nous enferme sont deux affirmations fausses. La technique n’est que ce que l’on en fait. Oui, je reste terre à terre mais j’aime bien.

Simplement remettre en question ça classe parmi les "réactionnaires" (tu emploies le mot) et les technophobes (l’usage du suffixe phobie est très révélateur)

Remettre les choses en question, quelque soit ces choses est toujours une bonne chose ; il faut douter. Mais le peu de nuances que je perçois dans ce bouquin m’apparait quand même un brin suspect. Et oui, peut-être que je me trompe, il faudrait que je lise le livre, mais oui, j’ai comme le sentiment d’un livre réactionnaire qui rejette tout en bloc.

Une dernière chose : je n’en ai pas parlé dans l’article, car Biagini n’insiste pas tellement là-dessus, mais le monde numérique et les TIC ont énormément rapport aussi au contrôle des gens.

Oui, c’est vrai. Les TIC sont un des outils de contrôle. Mais ce sont des outils. Il faut que les citoyens soient vigilants sur les usages qui en sont fait. Mais j’en reviens encore au marteau. La technique n’est pas le diable, les nouvelles technologies non plus. Des technologies militaires faites au départ pour tuer servent aussi à sauver des vies.

On aura sûrement l’occasion d’en rediscuter ...

Certainement. D’ici là, j’aurai peut-être lu le bouquin...si je parviens à le trouver dans une bonne librairie ;-)

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L’emprise numérique - lionel - 27 mars 2013 à  22:06

"Mais j’en reviens encore au marteau"

Quand on a le marteau de la neutralité de la technique dans la tête on voit tout sous forme d’usage pour paraphraser Twain, le marteau et les clous.

Eh bien non, l’argument "La technique elle est neutre, tout dépend de l’usage que l’on en fait" est le premier lieu commun à démonter lorsque l’on s’intéresse un tant soit peu à la critique de la technique et que l’on veut rompre avec le scientisme.

Il n’y a pas pire réductionnisme scientiste que de dire qu’avec un couteau on peut peler une pomme ou tuer quelqu’un. En effet ça arrange bien, pour accepeter toute technique, que de dire que celle-ci dépend des usages.
On réduit un "et" en "ou", donc moins de cas : en fait ceux qui arrangent et dédouanent les scientifiques de leur responsabilité.

Avec le couteau on aura des pommes pelées et des gens tués à distance proche.

A vous suivre, le fusil serait neutre. Libre à moi de m’en servir pour tuer ou pour casser des noix...

Répondre à ce message #37628 | Répond au message #37622
L’emprise numérique - Mister K - 28 mars 2013 à  00:15

Eh bien non, l’argument "La technique elle est neutre, tout dépend de l’usage que l’on en fait" est le premier lieu commun à démonter lorsque l’on s’intéresse un tant soit peu à la critique de la technique et que l’on veut rompre avec le scientisme.

Oui, et bien je vous propose de commencer par là alors...Parce que à part affirmer que la technique n’est pas neutre, vous ne prouvez rien.

A vous suivre, le fusil serait neutre. Libre à moi de m’en servir pour tuer ou pour casser des noix...

Bon, c’est sûr que si pour vous la technique et un fusil, c’est pareil, nous sommes mal partis. De plus, si utiliser la technique c’est faire du « scientisme », nous sommes également mal barrés. A vous suivre, toute discussion devient impossible.

Être vigilant, être critique vis à vis de la technique comme vis à vis de toute activité humaine me parait sage. Mais pour que cette critique soit écoutée, prise en compte, il faut tout de même qu’elle soit nuancée. Si l’idée, c’est répondre aux technophiles aveugles qui refusent toute critique par une attitude diamétralement opposée, il n’y a aucune chance que le message passe.

Répondre à ce message #37629 | Répond au message #37628
L’emprise numérique - bombix - 28 mars 2013 à  06:38

Bon, c’est sûr que si pour vous la technique et un fusil, c’est pareil, nous sommes mal partis.

Bah … il suffirait simplement d’étudier ce que les progrès des sciences et techniques doivent aux projets militaires. Pour un catalogue, voir par exemple l’étonnant livre de Jacques Blamont, Le chiffre et le songe (Odile Jacob). Le philosophe Oswald Spengler dans un vieux livre définissait la technique : "le bras armé". C’est aussi la thèse d’un cinéaste comme Stanley Kubrick cf. "Dr Strangelove" ; "2001 A Space Odyssey". Voir la 1ère séquence, et le fameux plan où l’on voit la transformation du bâton en navette spatiale … On pourrait multiplier les références.
Si on ne fait pas confiance aux philosophes et aux essayistes (des petits rigolos qui ne manient pas des chiffres : "brave Ellul" ...) et qu’on pense que les cinéastes, c’est comme les poètes, ça fait rêver mais c’est pas sérieux, on peut toujours se reporter aux historiens. Par exemple lire l’étonnant livre de G. Parker, La révolution militaire (traduit chez Gallimard) : il y montre comment l’Occident que nous connaissons, scientifique, technicien, matérialiste naît au XVème siècle d’un projet militaire. Pour gagner la guerre, il faut des armes. Pour fabriquer des armes, il faut de l’argent et des sciences exactes avec leurs applications techniques. Et voilà l’acte de naissance de la rationalité occidentale, à la fois économique et technique (les deux ensembles forment système) …

Au passage, et je vais arrêter là, c’est bien à partir de la notion de système, qui implique une totalité, que l’on peut parler d’une logique de la technique. Songer par exemple à l’automobile et à la civilisation de la bagnole (modes de vie et d’habitat, production (fordisme), lutte pour le contrôle des ressources pétrolières, imaginaire (la DS de Roland Barthes dans Mythologies) etc. etc. ). Je renvoie à nouveau aux travaux d’Ellul, et si on ne veut pas se taper tous ses gros bouquins, au livre de Jean Luc Porquet, Jacques Ellul, l’homme qui avait presque tout prévu (Le Cherche Midi)

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L’emprise numérique - Mister K - 28 mars 2013 à  10:44

Bah … il suffirait simplement d’étudier ce que les progrès des sciences et techniques doivent aux projets militaires.

Personne n’a jamais dit le contraire en tout cas pas moi, j’en parle d’ailleurs plus haut. Mais ce n’est pas pour cela qu’il faut tout rejeter en bloc. Et il faudrait peut-être revenir au sujet de l’article. Car entre nous, si l’on doit convoquer l’industrie militaire et l’exploitation des gaz de schistes pour convaincre que le « déferlement du numérique » c’est la fin de tout, il y a comme un problème.

Si on ne fait pas confiance aux philosophes et aux essayistes (des petits rigolos qui ne manient pas des chiffres : "brave Ellul" ...)

Non, ce n’était pas l’idée. Je n’ai simplement pas lu Ellul et je ne sais pas comment il démontre que « la technique se développe selon sa propre logique ». C’est mon coté inculte, désolé. L’idée me parait à première vue farfelue car pour moi la technique est développée par des humains qui, eux, ont une logique. En même temps, je ne vois pas pourquoi une personne, Ellul ou pas, aussi savante soit-elle, détiendrait forcément la vérité. On a quand même le droit de douter, non ?
Donc, non, il n’y a pas de ma part de mépris des philosophes, essayistes ou cinéastes bien au contraire. Mais pour reprendre Kubrick dont je connais mieux l’oeuvre, il propose quand même une vision d’artiste basé sur un existant mais qui s’appuie sur nos peurs ou notre imaginaire. Il fait de la prospective dans ces films et il a été assez bon là-dedans (voir l’histoire des tablettes). Kubrick était loin d’être un rétif à la technique...il a été l’un des premier utilisateurs de la steadicam par exemple.

Mais pour en revenir au sujet, j’ai fait croître la vente du bouquin de Biagini d’une unité. J’ai, pour l’instant, lu l’introduction et une partie du premier chapitre sur les "readers". Je dois dire que je n’ai pas été déçu par l’introduction. Cela m’a fait penser à certains films d’horreurs : ils sont censés faire peur mais ils grossisent tellement le trait qu’ils en perdent toute crédibilité et qu’au final ils en deviennent drôle. Je ne crois pas qu ce soit le but recherché. Le chapitre sur les "readers" est bien meilleur...mais je parlerai de tout cela quand j’aurai terminé le bouquin.

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L’emprise numérique - bombix - 28 mars 2013 à  11:01

le « déferlement du numérique » c’est la fin de tout

Là pour le coup, c’est toi qui pousse un peu le bouchon. Ce n’est pas la thèse du livre. Il y a une critique de l’emprise numérique qui liste la somme des inconvénients de la numérisation du monde au regard des supposés avantages dont on nous rebat les oreilles. Il n’y a pas à être pour ou contre la technique, il y a à constater ses développements — par exemple l’industrie numérique — et à se demander ce que cela nous apporte, tout bien compté. A partir de là, on devrait avoir le choix. Mais le problème, c’est qu’on ne l’a plus, car comme nous ne sommes pas des atomes isolés, nous dépendons d’un univers technicien qui nous impose des contraintes, et qui nous aliène plutôt davantage qu’il nous libère.
Voilà les questions qui sont posées, et il ne s’agit pas d’opposer de façon manichéenne un monde à un autre.

Sur l’industrie militaire, sur le gaz de schiste — c’était des exemples pour répondre à l’argument : la question de la technique est une affaire d’usage (moyens pour une fin), dont nous pouvons décider librement. On n’est pas si éloigné que cela du problème des techniques numériques et de leurs usages.

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L’emprise numérique - bombix - 28 mars 2013 à  13:24

C’est mon coté inculte, désolé. L’idée me parait à première vue farfelue car pour moi la technique est développée par des humains qui, eux, ont une logique. En même temps, je ne vois pas pourquoi une personne, Ellul ou pas, aussi savante soit-elle, détiendrait forcément la vérité. On a quand même le droit de douter, non ?

Je ne te faisais pas de procès en inculture. Je réagissais à l’adjectif dépréciatif "brave" que l’on s’autorise plus facilement avec les gens de lettres qu’avec les scientifiques. Si je rapporte une opinion d’Einstein sur la physique, personne ne parlera des avis de ce "brave Einstein"...

Personne ne possède la vérité. Soit. Mais cela ne signifie pas à mon sens que tous les discours se valent. Certains auteurs font autorité par la qualité de leurs travaux, par l’originalité de leurs recherches et de leurs thèses. Ils permettent d’élaborer une opinion sensée et informée. M’est avis qu’on aurait bien tort de ne pas les consulter. Ce qui signifie pas être béni oui oui.

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L’emprise numérique - lionel - 28 mars 2013 à  10:58

"Bon, c’est sûr que si pour vous la technique et un fusil, c’est pareil, nous sommes mal partis"

C’est vous qui prenez l’exemple du couteau. Bien évidemment que le fusil est une technique, mais ça vous fait mois rire que le couteau-la pomme et le crime puisque vous voyez bien que l’objet technique porte en lui des usages et dans ce cas il est prépondérant du côté du meurtre, tandisque le couteau va peler plus de pommes, ce qui est un fruit sympathique.

Toute technique introduite dans la société crée des monde possible, des façons de se rapporter les uns aux autres, des sociétés - on parle ici de société numérique : le lien social dan sa forme aliénée électronique) et tous les usages (bons ET mauvais) auront lieu de manière indépendante et concommitente. Il nous revient alors de prendre en compte le pire des usages, et il aura lieu, et accepter ou non son utilisation.

Nous aussi, sommes mal partis car vous revenez inféfectiblement, tel un culbuto, à l’argument usagiste de la technique et de la science. Mais je vous rassure c’est le cas de plus de 9 personne sur 10 qui se pensent critique et pondéré et original.

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L’emprise numérique - lionel - 28 mars 2013 à  11:11

Euh, je voulais dire marteau, pas couteau.
En général, les gens font le coup avec le couteau et les pommes.
Des fois avec le marteau, les clous ou le crime.

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Des citoyens libres et vigilants révisent leur opinion sur le gaz de schiste - bombix - 28 mars 2013 à  07:37

AFP :

PARIS - Une majorité (58%) des Français affirmant savoir ce qu’est le gaz de schiste se disent favorables à des forages visant —uniquement— à évaluer les ressources présentes dans le sous-sol en France, selon un sondage de l’Ifop réalisé pour une société pétrolière.

Le sondage a choisi de ne retenir que les 53% des personnes interrogées disant avoir entendu parler des gaz de schiste et savoir de quoi il s’agit.

Interrogés sur leur position sur une éventuelle autorisation de forages mais uniquement dans un but de recherche scientifique pour évaluer les ressources en gaz de schiste présentes en France, 25% de ces personnes se disent tout à fait favorable et 33% plutôt favorable, selon l’étude.

Ils sont 21% à se dire plutôt opposés et également 21% tout à fait opposés. La question ne mentionne pas explicitement la technique controversée de la fracturation hydraulique.

Le sondage suggère une opinion plus favorable aux gaz de schiste : lors de la précédente enquête, en août 2012, 48% des personnes étaient favorables à des forages pour évaluer les ressources, contre 52% opposés.

Dans l’hypothèse d’une technologie alternative qui ne nécessite ni eau ni produits chimiques pour extraire le gaz de schiste (à la différence de la fracturation hydraulique utilisée dans la quasi-totalité des cas actuellement), les Français se montrent largement favorables, selon le sondage.

Alors, évidemment, on fait des forages uniquement pour *évaluer les ressources*. Et quand on aura évalué, on se gardera bien de lancer une exploitation. On fait ça pour le fun, par amour de la science. Quand on interroge les gens, on évite de parler de *la fragmentation hydraulique* de mauvaise réputation. Et pourtant, on leur parle quand même de *technologie alternative* !!! Cette omission et cette mention en disent long sur la déontologie des sondeurs. Il faut dire que le tout est commandité par une société pétrolière qui n’a aucun intérêt dans la question, naturellement, et est relayé par une agence de presse qui conclut en mentionnant que l’opinion des français évolue favorablement sur la question des gaz de schiste.
Quand l’opinion sera mûre, on passera à l’étape suivante. C’est beau la démocratie, la transparence et le débat informé.

A tous ces braves gens qui parlent de ce qu’ils ne connaissent pas, on leur conseillera de visionner le très intéressant film passé récemment sur Arte, La malédiction du gaz de schiste, où l’on voit, entre autres, les conséquences réelles de l’exploitation du gaz de schiste dans le nord-est des USA, et la lutte d’une poignée de villageois polonais contre une multinationale américaine qui essaie d’implanter ses merdes, en toute illégalité.

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L’emprise numérique - bombix - 24 mars 2013 à 18:05

Dans la loi d’orientation pour l’école, présentée par Vincent Peillon, en numéro 1 est indiqué : "L’école privilégie le numérique". Un ministre socialiste français en 2013 sait fixer les priorités !

On lira, en s’amusant beaucoup, cet article du Monde qui explique comment et pourquoi les « branchés » se « débranchent ». Le numérique, c’est bon pour les pauvres, raison pour laquelle la gauche française le privilégie . Les riches, eux, plus malins, auraient plutôt tendance à se passer de ce privilège-là. En somme, une nouvelle version de la fracture numérique, mais à l’envers ...

PAS UN ORDINATEUR, pas une télé, pas le moindre petit ou grand écran à la Waldorf School of the Peninsula. En revanche, on a trouvé un four à pain dans le jardin, que les petites classes utilisent chaque semaine, des chaussettes faites main – les cours de tricot, pour filles comme pour garçons, commencent en CP –, des tableaux noirs et des craies de couleur. Mais on n’a pas vu les machines à coudre, sur un autre site, celui du collège, avec lesquelles les sixièmes se sont fait des pyjamas.

Cette école privée – environ 20 000 dollars de frais de scolarité annuels – de la Silicon Valley recommande aux parents de limiter l’exposition aux écrans jusqu’à l’équivalent de la sixième et n’introduit l’outil informatique qu’en quatrième. Un comble pour un établissement qui compte dans son voisinage Google, Apple et une pléiade de start-up hyperconnectées. Surtout quand on sait que les trois quarts des parents d’élèves de cette école travaillent dans les nouvelles technologies …

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