Ian Monk en Septaine
Annoncé en Off du Printemps de Bourges, un concert se tenait le 28 avril après-midi au centre socio culturel de Villequiers. Le poète oulipien, Ian Monk s’y produisait, accompagné par le percussionniste Georges Andrès et la Lyre de Baugy. Une découverte atypique en Septaine visant à bien nous aérer l’esprit et les oreilles.
Un concert à Villequiers ça se mérite ! Après avoir franchi les contrôles des policiers déployés aux portes de la ville de Bourges, pour cause de fin de Printemps, puis au terme d’un voyage bucolique en rase campagne berrichonne, l’apparition du camion orange des mille univers sur le parking de la salle des fêtes, m’indique que je suis enfin arrivé à bon port.
La salle n’est pas pleine, loin s’en faut…
En préambule, Pascal Méreau, maire de Villequiers fait le même constat avec humour et philosophie : « Amener la culture au plus proche des habitants ce n’est pas facile ! Mais il faut avoir une “septaine” idée de la culture, c’est un peu notre slogan ! »
Un projet pour les gens de la Septaine
C’est dans le cadre du contrat culturel de territoire, initiative du conseil général du Cher, accompagné par le conseil régional du Centre que plusieurs spectacles et événements sont proposés par la communauté de commune de Septaine.
Dans la salle, l’association Rataf présente « La Septaine de proche en proche », un projet de fresque photographique débutée l’année dernière et prévue sur trois ans. Des habitants et acteurs du territoire sont pris en photo deux à deux, au niveau de la tête, des pieds et des mains. Selon Rataf, ce projet - complété par un film- permettra de faire émerger l’image d’une collectivité, à travers l’implication des 300 personnes concernées.
Peut-on tout dire en poésie ?
L’ association les mille univers, chargée de la création d’ espaces de littérature en Septaine, a organisé des moments de rencontre et de partage avec les auteurs oulipiens, Ian Monk et Frédéric Forte. De ces ateliers d’écriture, touchant toutes les générations, est né un recueil de poésies Septines en Septaine, offert gratuitement aux spectateurs.
Le concert, constitué de textes de Ian Monk et de compositions contemporaines de Georges Andrès, bénéficiait également de la participation des musiciens amateurs de la Lyre de Baugy. Ce concept pouvant déconcerter, Frédéric Terrier [1] prévient l’auditoire : « La poésie ne parle pas que des fleurs. Les fleurs peuvent pourrir. La poésie peut parler des fleurs qui pourrissent. La poésie peut parler de la mort. La mort fait partie de la vie. La poésie peut parler du sexe, de la douleur, de la joie, du plaisir. Ian Monk est un poète anglais écrivant en Français. Il s’est approprié toute la langue française, avec tous les mots de la langue française. C’est une poésie très rigoureuse dans sa forme d’écriture et très libre dans son approche. Elle est très humaine, très attentive et très délicate, bien que d’apparence brusque. Il est possible d’être choqué. Ce n’est pas obligatoire. La poésie n’est pas là pour choquer. Elle est là pour dire les choses que le poète souhaite dire. »
Ian Monk et son orchestre
[...] (d’ailleurs c’est quoi une Septaine vous savez vous ? non je m’en doutais ses résidents par exemple non plus) donc entre autres choses les bases militaires où on entre pas on passe devant simplement on roule sur les routes plus droites qu’un majeur levé vers l’avenir ou le monde si légèrement courbé comme les fesses d’un top model s’allonge devant toi [...]
Effectivement, pendant la représentation, un silence pesant fait réagir Ian Monk : « Ca vous emmerde ? », lance-t-il au public. Quelques personnes n’iront pas au bout de la lecture, mais la plupart s’accroche. Imperturbable, Georges Andrès [2] propose des improvisations qui étonnent elles aussi. Des lames de métallophone sont jetées à terre, des balles de ping-pong rebondissent sur les toms de sa batterie ... Apparemment, les amateurs de la Lyre de Baugy, jusqu’alors peu habitués à ce répertoire de musique concrète, ont réussi à dépasser leurs doutes après seulement quatre répétitions.
À l’issue du spectacle, le public se retrouve autour d’un pot. Ian Monk le reconnaît volontiers : il aime taquiner le public qui le découvre. Il estime que les réactions de rejet proviennent essentiellement « des dames un peu plus âgées ». Plusieurs musiciens de la Lyre avouent quant à eux avoir été surpris par les textes de Ian Monk mais jugent au final l’expérience musicale et humaine intéressante.