Dépôt de bilan

Sombre

lundi 13 octobre 2014 à 11:30, par Mister K

Nous sommes presque à la moitié du mandat présidentiel de François Hollande. Si certains avaient des espoirs, nul doute qu’ils n’en ont plus. Les promesses électorales sont loin, les résultats absents. Et depuis quelques mois, tout le monde à droite se met à préparer 2017 en se disant que c’est déjà dans la poche, la question n’étant pas tant de préparer le projet mais de connaître le casting. Le jeu de rôle recommence.

Comme on dit, il y a un contexte. Le contexte, économique, politique, international, est lourd, très lourd. En y réfléchissant, il n’est pas évident que nous ayons vécu une période aussi sombre que la période actuelle, sauf bien sûr pour ceux qui ont vécu la seconde guerre mondiale. C’est dire. D’accord, tout cela est très psychologique et relatif.

Mais ce qui plombe, c’est peut-être moins la situation actuelle, certes pas réjouissante, que les perspectives ou plutôt le manque de perspectives. Avec de près ou de loin 5 millions de chômeurs, on peut s’estimer heureux quand on a un boulot et que l’on vit décemment. Le MEDEF de Pierre Gattaz l’a d’ailleurs bien compris ; c’est le moment ou jamais pour lui d’enfoncer le clou, de pousser la société vers un logique toujours plus libérale. Enfin non, pas vers une société libérale, vers une société déréglementée, sans code du travail, sans smic. Mais surtout pas sans aides aux entreprises y compris pour celles qui n’en ont vraiment pas besoin. Le gouvernement Valls, qui de toute évidence est perdu, se laisse en partie mener en bateau par ces professionnels du lobbying qui ne jouent pas pour la France, mais pour eux ou leurs actionnaires. Le MEDEF fait son boulot. C’est le gouvernement Valls, un gouvernement théoriquement de gauche, qui ne fait pas le sien.

Et c’est là que les perspectives économiques et que le positionnement du gouvernement actuel entraînent un naufrage politique à gauche. En octobre 2014, il faut être sacrément optimiste pour penser que la situation économique va s’améliorer nettement et durablement d’ici 2017. Tout le monde sait pertinemment que si l’UMP ou la droite au sens large était au pouvoir, la situation ne serait pas meilleure. Et c’est là le pire. C’est que politiquement, la voie est ouverte pour le Front National. Sarkozy ne sera pas le messie. Il radote. Il a tout raté ou presque entre 2007 et 2012. Et il veut nous faire croire qu’il ferait mieux en 2017. Embourbé dans les affaires, Il nous prend pour des imbéciles quand il fait mine de ne pas connaître la société Bygmalion qui lui a permis de très largement dépasser ses comptes de campagne en 2012 via un système de fausses factures (dont bien sûr, il ne sait rien !). Fillon nous promet des larmes et du sang, lui qui a été premier ministre de Sarkozy pendant 5 ans et qui a contribué très largement à la dégradation de la situation économique de la France. Dans ce contexte, Juppé le chiraquien, pourrait presque paraître sympathique. Juppé, un Hollande de droite ?

À gauche, la cacophonie risque de s’amplifier d’ici les prochaines échéances électorales. Le PS va être isolé, certes. Mais il est probable que les autres forces de gauche partent divisées. Mélenchon sur lequel certains fondaient beaucoup d’espoir se révèle être un clown triste. Même le PCF semble prendre du recul sur ce sauveur de gauche autoproclamé qui s’est révélé être plus un illusionniste au service de sa propre personne qu’un véritable leader rassembleur "du peuple de gauche". On nous amuse avec une hypothétique sixième république. Mais si les changements institutionnels s’imposent sur le moyen ou long terme, l’urgence est économique et sociale. Et là, on n’entend assez peu de propositions à gauche si ce n’est des slogans ("non à l’austérité") et des propositions très macro-économiques dont les effets ne seraient pas plus garantis que les cadeaux faits aux MEDEF par le gouvernement actuel.

Il reste très peu de temps à tout ce petit monde pour se reprendre et travailler collectivement. Sinon, outre une situation économique très difficile, c’est une crise politique qui nous attend d’ici 2017 avec un second tour où Marine Le Pen sera opposée à un candidat de droite. Et où l’avenir sera encore plus sombre.


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