Bourges s’embourbe
C’est un problème de fond qui ne date pas d’aujourd’hui. Bourges, le Cher, le Berry, dignes représentants de la diagonale du vide, souffrent depuis longtemps d’une faible densité de population. Entre 2006 et 2011, la population a baissé dans le Cher alors que dans le même temps, la population augmentait en France. Bourges a particulièrement été touchée puisque qu’elle a perdu pas moins de 4 000 habitants entre 2006 et 2011. Et 10 000 habitants depuis 1982. Cette perte d’habitants est à la fois la cause et la conséquence des difficultés de la ville. Bourges est dans un cercle vicieux et rien n’est fait pour l’en sortir.
Un problème structurel
Tout d’abord, en préambule, il faut préciser que Bourges n’est pas la seule ville en France à connaître ce type de problème qui est structurel. L’État français n’a investi dans le centre de la France qu’à proportion de sa population. On a longtemps cru qu’un désenclavement autoroutier apporterait de l’activité économique. Si cela a été le cas à la marge, l’autoroute n’a pas fait de miracle. Dans le même temps, on a tenté de développer l’enseignement supérieur à Bourges afin de limiter les départs, souvent définitifs, des étudiants vers d’autres villes. Malheureusement, la réalité historique et démographique nous a rattrapé : il n’est pas possible, sauf coûts très élevés, de développer des universités dans chaque département de France et la région Centre, avec Orléans et Tours possèdent déjà depuis longtemps deux universités. Bourges a dû se contenter de deux antennes de l’université d’Orléans en plus de l’IUT, des BTS et de l’école d’ingénieur depuis 1997, l’ENSIB. En 2012, on comptait à Bourges à peine plus de 4 000 étudiants [1]. Depuis, certains espèrent qu’une ligne de train LGV pourrait elle aussi faire des miracles. Mais d’une part, il est fort probable que si la fameuse ligne Paris-Orléans-Clermont-Ferrand-Lyon voit le jour, elle passe plutôt du côté de Nevers que de Bourges. Ensuite, on parle là d’un horizon désormais à 2030. Bref, le miracle TGV n’aura pas lieu...ou alors dans longtemps.
Un personnel politique peu dynamique
Il est loin le temps où les représentants politiques de Bourges et du Cher faisait bénéficier la région de leur rayonnement au niveau national. Jacques Rimbault et Jean-François Deniau y ont quelque peu participé à partir des années 80. Mais depuis, c’est le vide sidéral. Seul, Serge Lepeltier a plus ou moins percé en étant l’un des éphémères ministres de l’écologie, le plus transparent de l’histoire. Dans ces conditions, difficile de convaincre les décideurs nationaux d’aider et d’investir dans la région. L’arrivée du très fade Pascal Blanc à Bourges n’augure rien de bon pour l’avenir. Actuellement, le député PS Yann Galut génère beaucoup de bruit médiatique mais plus dans une optique de notoriété personnelle au niveau national que de combat pour sa région. Les notables du Conseil Général du Cher restant dans une routine la plus totale et qui ne dépasse pas les frontières du département. On ne parlera même pas des deux sénateurs UMP dont personne ou presque ne peut citer le nom.
Des projets plan-plan
Le plus inquiétant au final est une absence de perspectives à court ou moyen terme. Dans les projets phares de la ville de Bourges, on retrouve quand même un centre commercial, Avaricum qui a quand même traîné peu ou prou depuis 2001 ! Treize ans pour un projet qui a un intérêt extrêmement modeste, qui n’apportera pas grand chose aux Berruyers... et pire, dont le succès n’est pas garanti. Outre ce projet, emblématique de l’embourbement de Bourges, on s’aperçoit que de nombreux projets sont en réalité des reconstructions et par définition, n’apporteront rien de nouveau : le plan de renouvellement urbain, le Palais des Sports, la Maison de la Culture. Bourges fait donc du surplace plutôt que d’avancer.
Une crise financière qui dure et va durer
À Bourges et dans le Cher, on risque de sentir passer de façon encore plus marquée les effets de la crise dans les années qui viennent, et ce, surtout si l’État continue de mener une politique de réduction des coûts et donc de désengagement généralisé. Ce département, comme beaucoup de départements ruraux, dépend en grande partie de l’action publique. L’armée, les services publics, la participation de l’État au financement des collectivités locales sont une source non négligeable de l’activité économique de la région. Et quand certains crient au trop d’impôts, trop de fonctionnaires, trop de dépenses, ils se tirent potentiellement une balle dans le pied. La preuve est faite avec notre très cher maire, Pascal Blanc, qui, une nouvelle fois, ne tient pas ses promesses en supprimant un abattement de 83 euros sur la taxe d’habitation et donc en augmentant les impôts. Pourtant, il le dit lui-même, la baisse des dotations de l’État n’est pas nouvelle, elle date de Sarkozy. Hollande et son gouvernement n’ont pas modifié la tendance. De plus Bourges, subit le contre-coup d’une baisse démographique importante qui mécaniquement, baisse les rentrées fiscales. Qui dit difficultés financières, dit plan d’économies. D’où la suppression de la Biennale d’Art Contemporain ou le Festival International du Film Écologique. Et ce n’est qu’un début vraisemblablement, nous sommes là dans un cercle vicieux. Déjà, tout le monde s’inquiète du futur financement de la reconstruction de la Maison de la Culture. Ben oui chers Berruyers, on a détruit l’ancien équipement sans avoir l’assurance du financement du nouveau. Cela s’appelle de l’amateurisme. Et encore, je suis gentil. Plus vulgairement, on peut dire que ça s’appelle une énorme connerie. Mais là, on radote. On l’a déjà dit des dizaines de fois sur ce site.
Créer de l’espoir
Face à ces tristes constats et bilans, il faut tout de même bien de l’espoir. Car si tout n’est pas rose à Bourges et que la ville aurait plutôt le blues, il y a beaucoup de points positifs, notamment dans le monde associatif ou les initiatives existent de longue date et continuent à voir le jour. On pourrait parler par exemple d’Emmetrop qui fête ses 30 ans [2] et qui a été une source incroyable de dynamisme culturelle dans les années 80. Depuis, l’institutionnalisation, si elle lui a permis d’avoir plus de moyen l’a parfois un peu ramollie. Mais tout de même, quel bilan...et quelle perspective aussi ! Autre association culturelle, plus discrète, El Qantara dont l’un de ses fondateurs, Pierre-André Effa qui a beaucoup œuvré pour l’association nous a quitté très récemment. Le boulot réalisé par El Qantara depuis plus de 30 ans est assez méconnu et pourtant, cette association d’éducation populaire joue un rôle important à la Chancellerie et aux Gibjoncs à Bourges. On pourrait certainement citer d’autres acteurs associatifs anciens, mais il ne faut pas oublier les nouveaux comme Mon Cher Vélo par exemple qui, depuis 2011 réalise un travail énorme autour du vélo et des transports à Bourges et dans le Cher. Le point commun entre ces trois exemples cités, c’est qu’au delà de leur domaine pur d’activité, ces associations s’inscrivent dans une démarche politique au sens noble du terme, une démarche citoyenne. Ils participent certainement plus qu’un malheureux centre commercial au développement et au dynamisme de Bourges. Et c’est bien là finalement que l’on retrouve espoir. L’action citoyenne à travers ses associations peut faire bouger la ville et nos élus. Pour que Bourges ne continue pas de s’embourber dans le marasme ambiant, il faut compter sur l’action des citoyens. Il faut que Bourges qui s’embourbe se bouge sans tout attendre de ses élus dont les capacités semblent particulièrement limitées.
