Manque de fond(s) à Bourges ?
Avec 18 ans de retard par rapport aux pionniers [1] et pas mal d’années après le gros de la troupe, la ville de Bourges retransmet désormais en direct les conseils municipaux sur son site internet. Ce bel effort serait plus appréciable s’il ne se limitait pas à une com’ qui manque de fond.
Depuis de nombreuses années, Cyrano nous fait régulièrement des comptes-rendus des conseils municipaux de Bourges. Jusque-là, il devait se rendre physiquement dans la salle du conseil et prendre place discrètement [2]. Avec tout son talent, il réussissait à nous faire rire d’un rite municipal plutôt (très) chiant mais pour autant fondamental au niveau de la démocratie locale.
On n’avait pas pu assister aux premiers conseils municipaux diffusés en ligne, mais, le 23 janvier 2015 était la bonne. On allait pouvoir vivre ça, avec des gros plans sur le bec de M. Blanc, notre (pas très) bon maire. On était même en avance, on a pu profiter du magnifique compte à rebours avant "l’événement". Cela commence par le brouhaha de la salle, les conseillers et élus qui s’installent. Un mouvement de caméra à 180° sur une musique d’ascenseur nous montre l’étendue des lieux avant que la séance nous montre l’étendue des dégâts. Et soudain, Pascal Blanc, majestueux dans son fauteuil de maire, plus grand que celui des autres, ouvre son micro et commence la séance.
Comme à l’école, ça commence par les absents. Et au final, les absents sont assez nombreux. Il faut dire qu’à leur décharge, être libre à 18h00 en semaine, ce n’est pas forcément évident quand on a un travail. Parmi les absents, une tête d’affiche locale, Yannick Bedin. Le maire commence à lire un discours où il revient sur les événements du 7 et du 9 janvier 2015. Il lit son discours avec un peu de mal. Il accroche un peu sur "l’acceptation de l’autre". Oui, c’est pas si facile à dire. Bon, il avait qu’une bouteille d’eau devant lui donc on ne lui a pas trouvé l’excuse de l’alcool. On ne ressent pas beaucoup d’émotion dans ce court discours. Blanc nous laisse de marbre. On passe aux affaires courantes [3].
On commence par la désignation des délégués. Jean-Michel Guérineau intervient, il râle. Cela fait 10 mois que Pascal Blanc est maire et on en est encore à désigner des délégués. Pas mieux pour Irène Félix qui à l’instar de JMG, s’étonne de la situation. Mme Biguier, qui fait partie d’une commission, s’étonne elle de ne pas avoir eu de ses nouvelles ; l’aurait-on oublié ? Notre (pas très) bon maire ne sait pas répondre. Mais il va se renseigner. Le vote a lieu à bulletin secret. 44 votes dont 6 blancs, 38 pour. Les communistes n’ont pas pris part au vote. L’affaire est close. On passe aux indemnités dont Jean-Michel Guérineau parle comme le prix de la démocratie, il ne veut pas que l’on mette les élus en pâture et parle de la baisse de 5% des indemnités des élus à Bourges comme de la démagogie. Il fait remarquer que c’est au moins la quatrième fois depuis le début du mandat de Pascal Blanc que le conseil municipal vote pour la fixation des indemnités des élus. Pas mieux pour Irène Félix qui se déclare las. Et c’est là qu’intervient le meilleur moment de la séance. Pascal Blanc met son nez de clown et lui répond "C’est bien si vous êtes là". Hélas, Irène Félix goûte peu l’humour et précise "las, l-a-s". Et Blanc de préciser que c’était de l’humour. On applaudit bien fort. Mais c’était la première et la dernière occasion de rire.
À l’occasion de l’examen du tableau des effectifs, Annabelle Langer intervient pour interroger et s’inquiéter sur la suppression potentielle d’un poste au Muséum d’histoire naturelle. Pour Blanc, il ne faut pas s’inquiéter, aucune décision n’a été prise. Il rappelle cependant les problème de fonds de la ville de Bourges avec une baisse des dotations de l’État depuis 2009, baisse qui s’est accélérée depuis 2014. Pour lui, tout se fera dans la sérénité et la concertation.
Trois autres sujets sont présentés, deux sur le renouvellement urbain aux Gibjoncs et au quartier Richet. Et un sur la convention de la ville de Bourges avec l’association Le nez dans les étoiles. Tout se fait dans un relatif consensus.
La séance se termine tranquillement à 19h15. Qu’en conclure ? Assez peu de débat lors de cette séance. Jean-Michel Guérineau souffle le chaud et le froid vis-à-vis du maire. On sent notre (pas très) bon maire, plutôt mieux disposé vis à vis de Guérineau que d’Irène Félix. Bref, rien de nouveau de ce côté là. Globalement, pas de débats, le consensus règne. Cependant, cette séance à distance nous laisse sur notre faim. À quoi bon assister à un conseil municipal si nous ne disposons pas des éléments pour juger de la pertinence des propos ? En effet, en dehors de l’ordre du jour qui se trouve sur le site internet de la ville de Bourges, impossible d’accéder en tant que citoyen, aux éléments mis à disposition des élus. Du coup, le citoyen se trouve dépourvu et ne fait qu’assister "au spectacle" sans pouvoir comprendre totalement les débats. Cela est d’autant plus étonnant que des élus parlent par exemple de rumeurs autour du parc paysager des Gibjoncs qui pourrait pâtir en partie du plan de renouvellement urbain. Pour mettre fin aux rumeurs, ne serait-il pas plus simple de publier les éléments des travaux afin qu’ils soient disponibles pour tous ? Autre élément étonnant, il est pour l’instant impossible de revoir les anciens conseils municipaux, c’est le direct ou rien. C’est un peu dommage d’autant qu’il ne serait pas très compliqué de mettre l’enregistrement en ligne. Les fameux "Tchat du maire" sont eux, enregistrés et mis en ligne, pourquoi pas le conseil municipal qui est lui, un peu plus institutionnel que l’opération de com’ de notre (pas très) bon maire ?
Bref, cette retransmission du conseil municipal, bien réalisée techniquement par ailleurs, manque d’éléments de fond pour être totalement profitable aux citoyens.
Alors, M. Blanc, encore un petit effort pour enfin atteindre le fond (du débat démocratique) ?