100 ans pile-poilu : Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse

samedi 3 octobre 2015 à 07:00, par Cyrano

En octobre 1915, voici un peu plus d’un an que la Grande Guerre a commencé, celle que Brassens préférait. Y’avait de quoi : sur le front occidental, en 6 mois, la guerre avait consommé plus d’un million d’hommes - et presque 700.000 hommes du coté allemand. Qu’en écrivaient nos écolières et écoliers ?

En septembre, le généralissime lance la deuxième offensive de Champagne. Avec une consommation surréaliste de vies humaines et de munitions l’offensive sera stoppée début octobre. Ça fait 100 ans, déjà ?! Cent ans pile-poilu. Bin oui, comme quoi, cent ans ce n’est pas toujours cent ans. Alors, ça fait sourire "La guerre de cent ans", pff, bof, que ceux même qui l’avaient commencée étaient mort de vieillesse avant que ce soit fini. En 1915, les poilus n’allaient pas mourir de vieillesse.

Argenton, dans l’Indre était encore Argenton – pour faire plus glamour, ça deviendra Argenton-sur-Creuse en 1958, comme on dirait Pomme-de-Terre, Bourges-sur-Merde, Vierzon-sur-Plus-Rien. On devait y lire les journaux, peut-être ? oui ? Et les élèves de l’école d’Argenton devaient en bouffer et de la guerre, et de la patrie, à satiété – y compris dans les devoirs rédactions à rédiger.

Voici quatre pages d’un cahier d’école d’octobre 1915. Le sujet tient en deux mots : "Les Poilus" (avec P majuscule). Après les reproductions du cahier, le texte sera transcrit (sans les remarques marginales) au cas où vous auriez un écran pourri. Une jeune élève (12 ou 13 ans), le 8 octobre 1915 s’est appliquée mais malgré tout elle n’aura qu’un 6/10. . Le beau pantalon garance du dessin venait juste d’être remplacé, en août 1915, par un uniforme bleu horizon du plus bel effet.

Ça va ? Vous arrivez à lire les remarques du maître ou de la maîtresse qui a pris soin de noter exagération lorsque la jeune fille nous dit que le Poilu « ne se montre pas lâche comme les allemands. » ? Voici la transcription de cette rédaction avec « des idées, de l’ordre mais qqs fautes ou incorrections et du verbiage ».


Vendredi 8 octobre 1915

Sujet : Les Poilus. Illustrer la rédaction.

Les poilus. Voilà le nom que l’on a donné aux soldats français de la guerre 1914-1915. On les appelle ainsi parce que étant dans l’impossibilité de se faire raser ils laissaient pousser leur barbe et leurs cheveux, mais maintenant cela leur est facile.

Le Poilu est un soldat plus ou moins grand et fort. Il en est de toutes les armes et de tous les grades. Le Fantassin est coiffé d’un képi rouge, vêtu d’une capote en drap bleu et d’un pantalon rouge ; les jambes serrées dans des molletières, chaussé de souliers résistants. Sur son dos il porte un lourd sac contenant quelques vêtements et des provisions de route. Son fusil est en bandoulière, son ceinturon renferme les cartouches et au coté gauche pend sa baïonnette enfermé dans son fourreau et qu’il ne sort que rarement pour les combats de ce genre.

Le poilu est brave, d’une bravoure qui va quelquefois jusqu’à la témérité. Il est patient, il le prouve bien dans cette guerre des tranchées où il faut rester de longues heures immobiles. Il garde son sang-froid devant le danger. S’il tombe aux mains des allemands il garde la tête haute et il tombe en criant : « Vive la France ! » D’autre part il se montre indulgent et bon envers les vaincus et au lieu d’achever les blessés il les soigne. Il ne se montre pas lâche comme les Allemands, il aime mieux mourir que de se rendre, il n’a pas peur de tenir tête à des ennemis trois fois plus nombreux. Enfin il traite bien les prisonniers, il ne les fait pas souffrir comme cela a été le sort de bien des nôtres.

Le Poilu accomplit une œuvre grandiose. D’abord il défend sa Patrie, son foyer, sa femme, ses enfants ; ensuite il combat pour la liberté et la justice en débarassant l’Europe d’une puissance qui était devenu une perpétuelle menace. Donc le Poilu doit en être fier. Aussi il se montre digne de l’œuvre qu’il accomplit. Chaque jour on voit sur les journaux de nouveaux exploit accomplis par nos soldats. Le nombre des héros augmente à tel point qu’on ne les compte plus. Cependant dans les tranchées ils ne sont pas bien à l’aise. Ils ne peuvent pas sortir sous peine d’être vus et de recevoir des balles, il en de même pour y rentrer. Par conséquent ils ne sont pas toujours bien ravitaillés et souffrent quelquefois de la faim. Ils ne se plaignent pas et continuent à se battre vaillamment. De même ils ne sont pas à l’abri des obus aussi la vie des tranchées n’est pas toujours gaie.

Conclusion. La vie du soldat est sans cesse menacée, donc en se montrant toujours brave il n’a pas peur de la mort.


Et pas question de laisser retomber le soufflé. Z’avez remarqué ? Le semaine suivante, on s’y remet, le sujet cette fois étant Le généralissime ! Faut dire que, avant 1914, l’école de la République entretenait bien l’idée d’une prochaine guerre à venir (Eh ! Les prussiens avaient pris l’Alsace et la Lorraine). Dans un Mémento Pratique du Certificat D’Etudes Primaires, Livre du Maître (édité en 1889), on trouve, par exemple, une dictée : "Le devoir militaire", bien sûr « pour la guerre possible, nécessaire même un jour ou l’autre. »

Dans ce Mémento, on trouve aussi des sujets de rédactions proposés aux épreuves du certif’. Mon sujet préféré :
« Quelques jours avant la révision, un jeune conscrit s’est mutilé volontairement pour échapper au service militaire. Une punition sévère lui a été infligée. Dans une lettre à un ami, vous racontez le fait et vous exprimez toute l’indignation qu’une pareille faute vous inspire. »
Ça devrait être bien amusant de lire les rédactions rendues à cette épreuve du certif’. Hélas, je ne les connais pas. Mais comme c’est le livre du maître, il y a une proposition de rédaction, un corrigé-modèle. Par son étrange sous-entendu, le début laisse dubitatif ? rêveur ? pantois ? Lisez plutôt :

« Mon cher ami, tu as autrefois connu Guillaume, ce grand benêt que tous ses camarades appelaient "Mademoiselle" ; Il ne jouait jamais avec les grands ; il se tenait toujours à l’écart "craignant de se casser", disait ce mauvais plaisant de Jérôme. Eh bien, il a tiré au sort cette année et il a eu le mauvais numéro. [...] » Le mauvais numéro, ça veut dire qu’il devra effectuer son service. La suite du corrigé-modèle de la rédaction nous apprend qu’elle - pardon : qu’il (le Guillaume) s’est coupé le pouce de la main droite en fendant du bois. Mais le conscrit fut appelé devant le conseil de révision. Comme il était droitier il eut dû tenir la hache de la main droite, donc se couper le pouce de la main gauche. Et on le condamne à 15 mois de prison, et ensuite à 5 ans de service militaire en Afrique. Pauvre demoiselle.

Stooop ! Assez de patrie. Allez, un peu de poésie pour terminer. Au hasard (?...), un poème de Benjamin Péret, tiré de "Je ne mange pas de ce pain-là". Juste le début, pour ne pas vous fatiguer :

Le général nous a dit
le doigt dans le trou du cul
L’ennemi
est par là Allez
C’était pour la patrie
Nous sommes partis
le doigt dans le trou du cul
La patrie nous l’avons rencontrée
le doigt dans le trou du cul
La maquerelle nous a dit
Mourez ou
sauvez-moi
le doigt dans le trou du cul
[...]


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commentaires
100 ans pile-poilu : Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse - Lefèvre - 18 février 2018 à 07:35

Bonjour,
Le mystère est résolu. Quelle belle écriture avait ces écoliers comparée à celles de maintenant et ceci à la plume.
Cordialement.


100 ans pile-poilu : Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse - Lefèvre - 14 février 2018 à 08:19

Bonjour, je viens de lire cet article publié il y a déjà quelques années. Une chose m’interpelle, la date mentionnée sur la redaction est 1915 mais il me semble bien qu’à la 2 eme ligne de la 1ere page il est mentionné "soldats français de la guerre 1915 1918". J’ai grossi l’image et il me semble bien que c’est un 8 qui est écrit et non un 5 (si je compare avec les 5 écrits à l’entete de la redaction).
S’il s’agit effectivement d’un 8 cet écolier etait aussi devin pour connaître la date de fin de cette guerre.
Cordialement.


100 ans pile-poilu : Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse - Mercure Galant - 15 février 2018 à  17:53

Effectivement... très bonne remarque !
Merci pour cette lecture attentive.
Nous allons enquêter auprès du possesseur du cahier d’où est issue la rédaction.
Affaire à suivre ! ;-)

Répondre à ce message #43139 | Répond au message #43138
Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse - Cyrano - 17 février 2018 à  09:24

Il s’agit bien de "1915".
C’était une écolière. Malgré son talent, la jeune Eugénie ne savait pas que ça allait encore durer, durer, durer, et pourtant on avait un généralissime merveilleux...

Répondre à ce message #43140 | Répond au message #43138
Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse - Mercure Galant - 17 février 2018 à  14:29

Trop fort ce Cyrano !
Et une énigme élucidée... Une !

Répondre à ce message #43142 | Répond au message #43140
100 ans pile-poilu : Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse - epujsv - 6 octobre 2015 à 08:45

Ces pages d’histoire émouvantes m’ont fait retourner vers cet historien Henri Guillemin, catholique de gauche, peut-être même socialiste, de ce qu’il me semble comprendre. Il avait fait une présentation en 1972 (toujours en documentaires_récits télévisuels sur la chaine suisse RTS) de qui précédait "la der des ders" en France et internationalement. En fait, ses documentaires ressemblent un peu aux Dessous des cartes d’Arte. Il raconte dans " L’autre avant-guerre 1872-1914" ce qui selon lui et ses travaux d’historien a mené à cette guerre moderne. Pour ma part, je suis plutôt carrément inculte sur cette période de l’histoire (sauf à connaître ce qu’il est d’usage de savoir sur cette boucherie) - me l’ a t-on apprise à l’école ? je n’en ai aucun souvenir. J’ignore vraiment si ma lecture de ce qu’il raconte est fiable : je ne peux pas m’empêcher en l’écoutant de transposer dans le présent ce qu’il raconte précisément sur la République (qui était certes la 3e), les radicaux, les centres-gauche,les socialistes (points qui m’intéressent plus particulièrement que la droite et l’extrême droite). C’est peut-être une grosse erreur "intellectuelle" de ma part que de transposer ainsi un moment qui a plus de 100 ans, dans le présent. Mais, j’ai l’impression que malgré tout, ça me permet de comprendre la gauche que nous avons actuellement au pouvoir. On dirait que c’est pareil (?). Sauf pour l’aspect cocardien et le patriotisme, bref, "la ligne bleue des Vosges", non bien sûr, ce n’est plus ça, mais sur ce qu’est un gouvernement de gauche quand il est au pouvoir. Toutes les trahisons qu’il fait au peuple, au petit peuple je veux dire. Aux laborieux, aux pauvres. Toujours au bénéfice des possédants. Il y a eu certes des progrès sociaux depuis ce temps là, mais la méthode reste toujours la même me semble t-il : toujours détourner "les masses" (je n’aime pas trop ce mot, mais peut-être est-il en fait complètement réaliste) de ce qui devrait les préoccuper socialement vers un autre objectif : là, selon cet historien, cette guerre permettait au pouvoir, au gouvernement, aux banques, aux possedants, etc.... d’éviter des conflits sociaux et des revendications socialistes de la part du peuple. Il fallait donc lui faire penser à autre chose : on a donc réanimé l’esprit revenchard envers l’Allemagne qui à la base ne souhaitait pas rerentrer en guerre avec la France. Aujourd’hui, je reconnais que ne vois pas vers quoi on détourne "les masses" puisque moi même j’en fais partie. Je n’ai pas assez de recul et de connaissances politiques et perspicacités. Mais cette gauche au pouvoir que décrit André Guillemin sous la 3e République me fait penser à celle d’aujourd’hui.

Sinon, je me demande aussi ce qu’on fait écrire sur les cahiers d’école de nos jours. L’instituteur, l’institutrice, non, le professeur des écoles, n’est certes plus celui qui devait obéir aux consignes de Jules Ferry, mais qu’est-ce qui remplace le Poilu et l’embusqué ?

En tous cas merci pour ce centenaire d’Argenton-sur Creuse. Un poil en décalage avec le centenaire national de l’an dernier qui a permis la "grosse collecte". Avez-vous lu les journaux réalisés par les poilus qui circulaient dans les tranchées ? sous l’oeil bienveillant du coachissime Joffre puis Pétain. Je n’ai pas réussi à les ouvrir sur le site de Gallica ni sur celui de la BDIC. Ca ne marche pas avec mon ordinateur (?). Quel était donc le réel moral des troupes ? difficile à savoir en fait.... Et quel était le réel degré de patriotisme des soldats, des familles ? Je n’arrive pas à comprendre ce qu’il en était réellement. Chacun peut-être se projette dans cette période ? si on est convaincu que cette guerre (comme toutes les autres) n’était que manoeuvres cyniques des gouvernements, on imagine peut-être que le petit peuple y était allé à reculon et pas dupe. Mais si on est plutôt porté sur le patriotisme on imagine qu’il est parti avec l’esprit de sacrifice ?

dur dur de savoir ce que les petites gens sacrifiés pensaient de cette guerre.


100 ans pile-poilu : Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse - Cyrano - 9 octobre 2015 à  15:32

L’Agitateur n’est peut-être pas le site ad-hoc pour répondre à toutes les questions que vous vous posez.

Une bonne révision de ce que fut la Première Guerre Mondiale, c’est la série documentaire en 5 épisodes Apocalypse, la 1ère Guerre mondiale d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle. Le premier épisode, Furie, donne une bonne idée du jeu sanguinaire qui entraîna cette guerre - désirée par tous les principaux belligérants.

Dire que c’est pour éviter des conflits sociaux ou des revendications socialistes que les gouvernements décidèrent de la guerre, c’est jeter le bouchon au delà de la tranchée. Les syndicats et les partis socialistes étaient tellement revendicatifs... qu’ils se rangèrent tous derrière leurs gouvernements dans chaque pays. Prolétaires de tous les pays, entretuez-vous.

Le conflit s’approchait, inéluctable, et chaque pays s’était lancé dans des dépenses d’armement gigantesques. Et si il y avait une crainte du mouvement ouvrier d’alors, c’était la crainte de la rébellion à la guerre - et des conséquences d’une guerre qui serait un saut dans l’inconnu. La Commune de Paris, conséquence de la guerre de 1870 ne datait que de 40 ans, imaginez !

On n’a pas eu besoin de ré-animer l’esprit revanchard avec l’Allemagne : n’oubliez pas l’histoire de l’Alsace-Lorraine que la France avait cédé à l’Allemagne 40 ans plus tôt. Le sort des petits alsaciens, séparés de la France depuis 1871 et obligés de s’empiffrer de choucroute était un thème permanent de la littérature.

Mais consolation, il parait que c’était la der des ders.

Répondre à ce message #42154 | Répond au message #42138
100 ans pile-poilu : Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse - epujsv - 10 octobre 2015 à  14:44

" Les syndicats et les partis socialistes étaient tellement revendicatifs... qu’ils se rangèrent tous derrière leurs gouvernements dans chaque pays. Prolétaires de tous les pays, entretuez-vous."

oui, Henri Guillemin ne racontait pas autre chose ; son documentaire se termine sur une phrase d’un secrétaire de la CGT (des métaux) qui disait que si les syndicalistes s’étaient opposés à la guerre, ce ne sont pas les agents de la force publique qui les auraient abattus, mais les ouvriers. H. G parle d’enthousiasme général pour la guerre, l’Union nationale. Même Jaurès. Non, bien sûr qu’il n’oublie pas l’Alsace-Lorraine dans ses propos.
Ni la Commune. Mais concernant l’Alsace-Lorraine il est beaucoup plus "prudent" sur l’existence d’un esprit revanchard perdurant depuis 1870. Il n’y avait certes pas beaucoup à faire pour le ré-animer mais ce n’était pas forcément si "facile".

Oui, il parle également d’une crainte par le gouvernement (en France) de la rebellion à la guerre lors de la mobilisation générale. Mais selon des chiffres que je n’ai plus en tête, sur les taux d’insoumission issus de documents d’alors, le gouvernement était même surpris de si peu....

Bah, mais c’est difficile d’expliquer ce qu’un historien racontait sans lui faire dire ce qu’il n’a pas dit. Le mieux, c’est de regarder, pour voir l’analyse qu’il fait de l’évolution vers la guerre. D’autres disent que ce qui est encore mieux c’est de le lire. Attention, il n’y a rien non plus de "je vais vous faire une révélation, et vous allez tomber sur le cul". Non, non, ce monsieur ne donnait pas dans le sensationnel. Et puis bon, c’est un documentaire de 1972. Comment les travaux des historiens ont évolué depuis ? Quelle histoire sur la guerre 14-18 est-il plus arrangeante de faire parvenir au grand public à un moment donné ? Il y a beaucoup de "modes" aussi dans ce domaine selon qu’on est en 1970 par exemple ou en l’an 2000 et selon qu’on est dans tel ou tel pays...

Répondre à ce message #42155 | Répond au message #42154
100 ans pile-poilu : Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse - epujsv - 11 octobre 2015 à  17:32

"H. G parle d’enthousiasme général pour la guerre, l’Union nationale. Même Jaurès"
Non, pas Jaurès, quand même. Et puis de toutes façons il n’a pas eu le temps de changer d’avis... Mais ce que disait H.G c’est que Jaurès était lui aussi convaincu que l’Allemagne ou disons plutôt Guillaume II était l’attaquant, le belligérant tout en ne niant pas les responsabilités françaises. Bon ensuite, c’est aussi sur son dos (assassiné) que l’union nationale ou sacrée se fera....

Enfin, ceci dit, il est encore impossible de savoir la vérité sur 14-18 dans la mesure où les historiens n’en ont toujours pas fini avec elle... Donc, rien ne peut-être décrété comme totalement su et non discutable. 100 ans, mais l’histoire n’est toujours pas bouclée... Les commémorations, devoirs de mémoires ont cette tendance à faire croire qu’il n’y a plus de recherches en cours et que l’histoire est close et présentable au grand public d’une façon unique et univoque. Je sais de quoi je parle ; j’ai longtemps cru à des sornettes réputées historiques alors qu’il s’agit de point de vue partisan, quels que soit la période ou le sujet d’histoire abordé.
La télévision a joué un grand rôle là-dedans également. Mais pas que.

Répondre à ce message #42164 | Répond au message #42155
100 ans pile-poilu : Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse - Cyrano - 12 octobre 2015 à  09:44

Vous dites que les conférences que vous avez entendues ou vues datent de 1972. Ce qui a évolué publiquement, hors du domaine restreint des historiens : c’est la dégueulasserie de cette guerre encore plus dégueulasse que ce qui s’en disait, l’abject et macabre mépris de généraux pour la vie humaine, le respect dû aux mutins (Lionel Jospin voulait les réhabiliter), que la Triple-Entente et la Triple-Alliance voulaient en découdre, chaque groupe ayant ses raisons.

Je réitère : à moins de vouloir faire une thèse sur cette guerre, regardez la série documentaire en 5 épisodes Apocalypse, la 1ère Guerre mondiale et particulièrement le premier épisode, Furie, ça me semble très, très suffisant pour avoir une idée (mais je ne sais pas comment ça se trouve maintenant). Vous trouverez forcément un point de vue partisan (la série a été très critiquée par ceux qui veulent à tout prix maintenir l’idée d’une France toute sage, toute virginale, subissant malgré elle les assauts de la rustre Prusse). Il n’y a pas de vérité, sinon des informations qui ne nous font pas comprendre : des dates, des chiffres, des listes de morts, des blessés, tout ça n’est qu’une parole sèche et froide. Une parole partisane en fait, puisque c’est utilisé pour ne pas parler du sujet.

Répondre à ce message #42166 | Répond au message #42164
100 ans pile-poilu : Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse - epujsv - 12 octobre 2015 à  11:23

En dehors de Voyage au bout de la nuit, J’ai commencé à "connaître" la guerre 14-18 en 1998. Pile Poil. ;-) J’ai lu "toute" une littérature sur les mutineries, sur les massacres. Et à l’époque j’ignorais totalement que Jospin voulait les réhabiliter. Puis j’ai oublié cette guerre. L’an dernier, je n’ai même pas fait attention au fait qu’on fêtait son centenaire. Sinon, entre temps j’ai vu aussi le film avec Philippe Noiret et Sabine Azema, de Tavernier je crois, dont je ne me rappelle plus le titre, et qui est excellent. Et d’autres petits films moins connus sur les gueules-cassée. Mais tout ça, ce ne sont "que des fictions". Qui sont de qualité et qui n’inventent rien. Elles sont issues de travaux, données, informations historiques.

Les conférences de H.G parlent de l’avant guerre, comment elle est arrivée. Et pas de la guerre en elle-même. J’ai commencé à regarder le documentaire "Apocalypse" (on le trouve encore sur le net). Juste le première épisode "Furie". Le truc que je lui reproche (dans ce premier épisode, ensuite je ne sais pas comment ça évolue) c’est que j’avais l’impression de regarder un documentaire anti-boch et pro-alliés. Voire même une histoire de la première guerre mondiale calquée sur la 2e. Par moments. Une mise en scène par exemple de Guillaume II qui parle dans une radio : on croit entendre Hitler. Et d’ailleurs, le 2e épisode "Peur", commence par des images d’archives d’Hitler avec les drapeaux nazis.... J’ai cru que je m’étais trompée de 2e épisode.
Je n’ai pas continué à regarder pour le moment.

Il ne s’agit pas de vouloir faire une thèse (j’en serais bien incapable) mais comme il est possible pour tout à chacun si le sujet interesse de dire juste qu’il est mieux de "confronter" les "thèses", travaux des historiens, documentaires, fictions, témoignages, etc.... pour ne "tomber" dans aucun panneau définitif. Si, il y a sûrement une vérité sur cette guerre. Mais il semble que personne ne l’ai encore trouvée. Par contre, il y a manifestement quantité infinie de documents des institutions, des civils, des soldats, des journaux, de livres d’historiens, recherches, etc... de par le monde. C’est un énorme sujet. Immense.

Et je n’arrive pas à saisir "qui" ne veut pas parler du sujet au 21e siècle.

Répondre à ce message #42167 | Répond au message #42166
100 ans pile-poilu : Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse - epujsv - 12 octobre 2015 à  12:59

Le film de Tavernier, c’est "Lavie et rien d’autre" de 1989. Avec Voyage au bout de la nuit, c’est ce qui personnellement m’a le plus marquée en tant que "grand public" sur cette guerre. Daennincks, Tardi etc..aussi.
Non que je remette en totale question ces oeuvres et leurs auteurs, voire pas du tout, je crois que tout "idéalisme" dans un sens ou un autre ne raconte pas toutes les nuances de cette guerre (comme des autres). C’est pourquoi je trouve que la télévision est "nulle" ou vraiment pas terrible en général pour nous raconter l’histoire. Et tous les supports médias grand public. Emissions, documentaires "populaires" qu’on nous dit, mais toujours on nous y prend pour des cons. Or, il serait possible de faire bénéficier au grand public de toutes les subtilités des travaux d’historiens à condition que eux le veuillent bien aussi et refusent de participer à ces espèces de gloubliboulgas médiatiques censés instruire ou présenter des débats. On préfère la paix à la guerre en général. Quoi que ?...Est-ce bien sûr ? Mais les trémolos, compassions, n’aident pas toujours à savoir pourquoi et comment y parvenir. C’est pourquoi les analyses froides et distanciées sont également à prendre en compte je crois pour essayer de comprendre l’histoire de l’humanité.... Vaste programme..Et au risque d’être très déçus....

Répondre à ce message #42168 | Répond au message #42167
100 ans pile-poilu : Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse - Cyrano - 12 octobre 2015 à  17:18

"Le truc que je lui reproche (dans ce premier épisode, ensuite je ne sais pas comment ça évolue) c’est que j’avais l’impression de regarder un documentaire anti-boch et pro-alliés. " (epujsv)
_ ?!?!
Franchement, je me demande où vous voyez de l’anti-boche ?! Comme quoi, voyez-vous, d’une longue-vue l’autre, ça change !

Justement, c’est ce qu’on reprochait un peu à Costelle, pas assez anti-allemand - je ne sais plus qui avait même dit qu’on pouvait croire que le documentaire était fait par un marxiste ! Je me souviens avoir vu Costelle dodeliner de la tête à la télé lorsque je ne sais plus quel acteur nommait l’Allemagne comme étant vraiment l’agresseur.

Guillaume II parle en allemand, bin oui, comme le führer, comme Goethe, comme madame Merkel. Que vous ayez l’impression d’entendre Hitler, on n’y peut rien, n’Est-ce pas ?
Je vais re-regarder ce premier épisode ce soir ou demain.

Avez-vous vu le film Joyeux Noël ?un film sur les fraternisations de décembre 1914.

Répondre à ce message #42172 | Répond au message #42167
100 ans pile-poilu : Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse - epujsv - 12 octobre 2015 à  19:01

Non, je n’ai pas vu ce film. Mais j’ai lu des marxistes (sur le net) qui disent que ces fraternisations n’ont pas eu lieu qu’à ce Noel. Vrai, pas vrai, j’en sais rien.

PS : oui, j’y ai bien songé au fait que Guillaume II parlait allemand et que ça lui donnait un coté fũrher phonétiquement parlant et avec le même vieux son. Mais quand même à un moment dans ce premier épisode, dans un passage, sans blaguer on décrit les allemands comme des alcooliques, froussards, Guillaume II comme un taré congénital. Ce n’est pas tout le long. Mais je vous assure que je ne l’ai pas "rêvé". C’est un peu étrange. Et ce 2e épisode qui commence avec Hitler et les drapeaux nazis, j’ai trouvé ça spécial. J’ai pas compris.

Répondre à ce message #42173 | Répond au message #42172
100 ans pile-poilu : Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse - epujsv - 13 octobre 2015 à  09:18

J’ai regardé les 2 épisodes suivants et je n’ai pas retrouvé ce côté anti-allemands qui a traversé le 1er.
Mais tout de même, par moments, il y a des positions par rapport à l’armée allemenande. Un journaliste américain (ou anglais ?? je ne sais plus) est accusé de complaisance dans les commentaires parce qu’il filme l’armée allemande.

Ce n’est sûrement pas le documentaire le plus inintéressant que j’ai regardé mais même si ça décrit certainement assez bien l’horreur des tranchées, des différents fronts, les images montrent toujours des soldats dont l’uniforme bleu horizon est toujours bien propret. Sauf quand ils sont morts dans la gadoue.
Donc c’était certainement pire : ces images sont je suppose issues d’archives militaires ; j’imagine qu’elles ont été tournées sur commande des états-majors. Passaient-elles au cinéma pour l’arrière ? Ca n’ a pas du être facile pour les réalisateurs de ce documentaire de faire un document voulant se rapprocher au mieux de l’histoire vraie avec des images voulues à l’époque.

La fin du 3e épisode se termine sur le Chemin des Dames et Craonne mais on ne s’y éternise pas. 5 mn à tout casser. La suite dans le prochain épisode ?

Je commence à flipper car me voilà bardée d’une une certaine culture de guerre franzôsich.

Répondre à ce message #42175 | Répond au message #42172
100 ans pile-poilu : Octobre 1915, la guerre arrive à Argenton-sur-Creuse - epujsv - 14 octobre 2015 à  20:19

Une chanson mutine du printemps 1917 sur l’air de "Faites des gosses".

Au 154e on y très mal
nos braves officiers n’peuvent plus
nous donner à manger
Quand on est en réserve
J’vous assure qu’on la crève
Mais en 1er ligne il faut manger des lentilles,
du riz, du macaroni du biscuit

Allons Mesdames un bon mouvement
Déclarez la révolution
A bas la guerre (bis)
Votez plus pour les députés
Votez pour les pauvres mutilés
A bas la guerre (bis)
Ne croyez plus nos Généraux
car c’est une bande de salops,
A bas la guerre (bis)
Mais ils nous font monter la haut
C’est pour nous faire crever la peau
A bas la guerre (bis)

A Berry au Bac on y est très mal
Aussitôt la haut
il faut creuser des boyaux
pendant que le Génie joue de la manille
Nous en 1ere ligne
Il faut travailler jour et nuit
il faut faire des gourbis
Installer des cheveaux de frise
Toute la nuit

Allons les gars un bon mouvement
Et ne marchez plus en avant
Faites comme ces dames
un bon mouvement
et prêcher la révolution (bis)
Puisqu’on nous refuse des permissions
Prenez les donc sans commandement
A bas la guerre (bis)
Et en rentrant on vous fous dedans
Voilà pour 60 jours de prison
A bas la guerre (bis)

Pendant l’offensive on croyait réussir
Et aussitôt la haut
On était trahis par nos généraux
car ils étaient juste bons
pour le téléphone
D’crier en avant
Allons les "gas" un bon mouvement
Mais derrière les tanks
Sous le bombardemant allemand ?

Allons Mesdames un bon mouvement
Faites donc sauter les munitions
A bas la guerre (bis)
Faites donc sauter les usines
Allez piller les Invalides
A bas la guerre (bis)
Et sur la Place de l’Odéon
Faites donc nous le rassemblement
A bas la guerre (bis)
Chantez toutes les révolutions
A bas la guerre (bis)

Les fils à papa ils s’en fichent pas mal
Ils sont embusqués
ou on les trouve mobilisés
Nous les purotins
Pour défendre leurs biens
Nous montons là haut
C’est pour y trouver notre tombeau
Pendant que tous ces gens là
crient " nous on les aura"
Mais n’y sont pas.

Allons Mesdames un bon mouvement
Quand vos gars sont en permission
A bas la guerre (bis)
Laissez faire à leur manière
Et faites leur passer la frontière
A bas la guerre (bis)
Et aussitôt la guerre finie
Chacun reviendra dans son pays
A bas la guerre (bis)
Et comme les gros de l’arrière
Ils auront mérité la Croix de Guerre
A bas la guerre (bis)

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