Les 7 saigneurs
Depuis le 21 septembre 2016, c’est officiel, il y aura sept candidats à la primaire ouverte de la droite et du centre. Hervé Mariton n’a semble-t-il pas trouvé la recette pour se qualifier. Mais c’est parfait comme cela puisque la bande annonce des sept mercenaires va pouvoir être réutilisée. Et comme le marketing de l’UMP est super bien pensé, un remake est sorti le 28 septembre 2016.
Ici, on aime rendre service. Comme de nombreux lecteurs s’interrogent profondément et depuis des mois concernant la personnalité qui serait idéale pour défendre les valeurs de la droite et du centre [1], on va essayer de les aider. On voudrait éviter que des berruyers ou berrichons défendant les valeurs de la droite et du centre se trompent et mettent un bulletin Blanc dans l’urne.
Cherchez la différence
Alors déjà, si vous défendez les valeurs de droite et du centre, vous êtes vraisemblablement masochiste. En effet, comment expliquer que vous soyez pour la retraite à 65 ans et plus et pour la fin des 35 heures ? Ah si ! Il pourrait y avoir une explication : peut-être êtes vous chômeur ? Mais là, êtes-vous vraiment pour une forte dégressivité de l’assurance chômage ? Non, vous n’êtes pas chômeur, ok ! Donc, vous ne travaillez pas ? Vous êtes retraité ou rentier, c’est ça ? Oui, finalement, tout s’explique : le gros du bataillon des électeurs de droite sera constitué de retraités et de gens pleins aux as qui ne sont pas obligés de travailler. Ben ouais, il faut bien les faire bosser ces faignants de travailleurs ! [2] Bon, en tout cas, ce n’est pas sur ces critères que vous pourrez départager les sept candidats de droite, il sont tous d’accord sur ces sujets avec quelques variantes de façade mais qui ne changent rien au fond. Alors, ont-ils un point de vue différent sur le budget ou la fiscalité ? Non, ils sont tous pour une baisse des dépenses publiques et pour une baisse des impôts. Autant dire que le service public va être saigné : il ne faudra pas vous plaindre, ils vous ont prévenu. Autre possibilité à ne pas négliger : ils ne pourront jamais décemment mettre en place une telle politique et donc, ce n’est que du discours. Bien sûr, dans tout cela, les fonctionnaires sont les premiers visés : ce n’est pas comme si Juppé, Le Maire ou Copé, pour ne citer que les candidats, étaient énarques...
Bon, on aura compris, ils sont tous pour une politique extrêmement libérale. Pour eux, la lutte des classes, c’est terminé depuis longtemps, sauf au niveau de leur politique qui a très clairement choisi le camp des "winners". Les autres n’ont qu’à se démerder.
Sus aux étrangers, aux réfugiés et aux musulmans ?
Clairement, les étrangers en France seront un sujet. Les réfugiés ou les migrants risquent d’être au centre de la démagogie des différents candidats. Les musulmans, que beaucoup de français assimilent à des étrangers, aussi. Avec un Front National autour de 30%, la démagogie risque de faire des ravages. Sarkozy est de ce point de vue le leader historique de la propagation des idées de l’extrême droite au sein de la droite dite républicaine [3]. Mais Le Maire n’est pas mal non plus dans le genre. La différence entre les candidats sur ce sujet étant qu’ils sont plus ou moins décomplexés, NKM [4] ayant l’air de moins y toucher [5]. Mais au fond, depuis les années 90, on sait qu’il y a eu un basculement idéologique à droite et que l’écart sur ce sujet entre droite et FN est souvent de façade... Le regroupement familial par exemple fait plus ou moins l’unanimité : il sera stoppé, suspendu ou durci selon les variantes.
Et la sécurité ?
Autre beau thème où la démagogie va fleurir. Car oui, on va diminuer les effectifs de fonctionnaires mais on ne touche pas aux effectifs de la police, de la gendarmerie ou de l’armée. On sent que l’on touche à un état d’urgence permanent. Pas de désaccord profond sur ce sujet : avec la droite, le monde est plus sûr, quelque soit le candidat. Là aussi, on risque d’assister à pas mal de démagogie avec un concours à celui qui enfermera le plus et créera le plus de places en prison.
Alors, comment faire la différence ?
Alors, même si globalement, ils sont à peu près d’accord sur tout, il y a des variantes entre candidat. Et à part le faciès, pas facile de les départager.
Jean-Frédéric Poisson, le Boutin au masculin, président du Parti Chrétien-Démocrate est le plus inconnu. Si vous aimez les petits poucets et Jésus, vous pouvez voter pour lui. Il n’a aucune chance mais il sera là pour défendre une partie des idées rances de la droite mais tout ça avec la bonne conscience catholique. Amen.
Jean-François Copé est peut-être le plus grillé des politiques de tous les temps. Le gars nous fait quand même croire qu’en tant que président de l’UMP, il n’était absolument pas au courant de l’affaire Bygmalion ! Quand il te dit qu’il fait beau, t’es à peu près sûr que c’est pas vrai. Avec son air de faux-cul, à peu près personne ne peut le croire. Mais des faux-culs en France, il y en a un paquet. Donc, Copé risque de récupérer quelques voix quand même.
Nathalie Kosciusko-Morizet est une femme. Donc, si vous voulez absolument une femme présidente, c’est votre candidate. Et c’est la seule dans cette primaire. À part cela, elle semble être une des plus modérée à droite. Ce qui pourrait encourager les électeurs de gauche infiltrés dans la primaire de droite à la préférer aux autres. Mais à droite, ils ne l’aiment pas beaucoup on dirait...trop bourgeoise, trop parisienne.
François Fillon est le meilleur. C’est quand même le gars qui est resté cinq ans premier ministre de Sarkozy et qui tape sur la politique de Sarkozy qu’il a lui même mené en tant que chef du gouvernement de 2007 à 2012. Autant dire qu’il est vraisemblablement schizophrène. Si vous voulez une politique ultra-libérale, c’est Fillon qu’il fait choisir. Avec lui, ça va saigner c’est sûr ! Enfin, presque...
Bruno Le Maire est l’énarque qui veut supprimer l’ENA. Bon, à part le côté démagogique de l’exercice, c’est aussi celui qui fait le plus concurrence à Sarkozy sur les thèmes de l’extrême droite. Mais si on le juge à la gueule, il fait très propre sur lui. Et il est un peu plus jeune que les autres. Par contre, on soupçonne qu’il concurrence aussi Copé sur le côté faux-cul. Mais si vous aimez les livres un peu chaud de la collection Harlequin, c’est pour lui qu’il faut voter, il en a été effectivement un des auteurs.
Nicolas Sarkozy, c’est le gars qui fait bling-bling-bling-bling-bling quand il marche avec toutes ses casseroles au cul. Le gars qui s’est pris une fausse identité [6], Paul Bismuth, essaie de nous faire croire depuis des années qu’il n’aurait rien à se reprocher. Ce serait un petit délinquant, n’importe quel juge lui rirait au nez et l’enverrait au trou. Mais il s’agit d’un ancien ministre de l’Intérieur et ancien Président de la République. Et ce n’est pas un petit délinquant. On ne peut pas être petit partout. Si vous aimez les grands [?] [7] , votez Sarkozy !
Alain Juppé, c’est l’espoir de la gauche. Enfin, d’une partie de la gauche. Certains électeurs de gauche envisagent même de voter pour lui à la primaire de la droite pour éviter Sarkozy. Mais dans ce cas là, attention, vous risquez de ne pas éviter Juppé... Du coup, Juppé, à droite, est limite considéré comme de gauche ce qui est une insulte au plus haut point chez ces gens-là. Bon, Juppé, il a un programme de droite. Certes, il est plus présentable que Sarkozy ou Le Maire. Mais il vous saignera pareil. D’ailleurs, il a toujours ses bottes et comme il le dit lui-même, il est bien dedans.
Conclusion
Le second tour de la primaire de droite risque de se jouer entre Sarkozy et Juppé. Et là, le choix ne sera pas politique mais stratégique : vaut-il mieux chasser les voix à l’extrême-droite ou au centre ? Question subsidiaire : quels sont les risques judiciaires pour Sarkozy ? Si vous répondez à ces deux questions, vous avez le gagnant de la primaire de la droite et du centre.
[1] Mais aussi les valeurs de l’extrême droite...mais chut ! Ne le répétez pas...
[2] Bon, on se rassure un peu en se disant que tous les retraités n’ont peut-être pas perdu la mémoire, ils se souviennent peut-être qu’avant, ils ont eux aussi bossé.
[3] Sans avoir l’air d’y toucher
[4] Nathalie Kosciusko-Morizet
[5] NKM était tout de même porte parole de Sarkozy lors de la campagne 2012 alors que ce dernier suivait l’idéologie d’extrême droite de l’école Buisson
[6] D’où peut-être ses questionnements sur l’identité nationale justement
[7] Complétez à votre guise
