Mélenchon : on connaît (pas) la chanson

mardi 6 décembre 2016 à 10:30, par Cyrano

À la Convention des partisans de Jean-Luc Mélenchon, à Lille à la mi-octobre, le candidat à la présidence parla curieusement de deux chansons…

Le 15 et 16 octobre 2016, les gens des Mélenchon tenaient une convention à Lille. Les Insoumis – oh, j’en entends qui pouffent ! pas gentil, ça – les Insoumis donc étaient à Lille. À la fin du deuxième jour, Mélenchon est venu faire un discours, enfin pas vraiment un discours, plutôt une causerie monologuée. Mais 97 minutes quand même, c’est long. Mélenchon : on connaît (pas) la chanson

Dix minutes avant la fin, il remercie les personnes présentes :
« Vous vous êtes mis au service de la France Insoumise, quand bien même certains jours ça vous paraissait un peu dur et un peu ingrat peut-être de voir qu’on vous demande de ranger les drapeaux. ».
[Un temps. Il marche un peu, puis :]
« Et l’Internationale, faut que j’en dise un mot [quelques rires dans la salle]. Mes amis, du diable si je vais vous empêcher de chanter ce que vous avez envie de chanter. Ce que je voulais vous dire, à tous, que vous comprenez comme moi : il faut être inclusif. Si par vos rites et vos manières de faire, vous donnez l’impression qu’il faut avoir subi un bizutage pour pouvoir venir ici, on a perdu notre temps. Vous le savez bien. Voilà, c’est tout [quelques applaudissements]. Et après chacun fait comme il le veut, ici c’est la liberté, hein. C’est pas moi qui donne des ordres, hein ! ».

C’est capiche ? Hein, vous chantez ce que voulez, hein, mais pas l’Inter, hein, c’est un repoussoir. Il faut être inclusif. Bah, une chanson de plus ou de moins...

Mais cinq minutes après, on revient à une autre chanson. Pour conclure, Mélenchon va lire un poème de Maurice Carême – et il nous fait une petite remarque sur la Marseillaise :
« [le poème] Ça s’appelle Liberté, c’est notre dénominateur commun et c’est avec ça que je finis, avant qu’on commence par chanter, si vous voulez bien, le chant des insoumis, la Marseillaise – et arrêtez de vous braquer quand on vous parle du sang impur ! Bon sang, renseignez-vous : c’est le sang des pauvres, le sang impur. Ils disent c’est nous, allez, nous on n’a peur de rien » [quelques applaudissements]. Voilà pourquoi ils le mettaient dans la chanson ».

Donc, y’avait embrouille avec l’Internationale. V’la que y’a embrouille avec des paroles de la Marseillaise. Il semble bien que cette expression, le sang impur, pose problème puisque Wikipedia y consacre un long chapitre : polémique : qu’un sang impur abreuve nos sillons. Cette polémique ne date pas d’hier. Jean Jaurès disait : « l’expression est atroce ! ». Mélenchon connaît assez l’histoire pour savoir ça. Il n’y a qu’un ou deux historiens – vraisemblablement pris de boisson – pour essayer d’attribuer le sang impur aux pauvres.

Je tire les citations qui suivent de la page Wikipedia déjà mentionnée. La Marseillaise est un chant guerrier, alors voyons ce qu’en disaient les militaires :
Voici un discours de Dumouriez devant la Convention nationale, en octobre 1792 : « les Allemands s’en souviendront, leur sang impur fécondera peut-être cette terre ingrate ». Alors, même si le général Dumouriez le dit, ça doit être vrai, lui, le vainqueur de Valmy avec Kellermann – mais un Dumouriez qui n’était pas vraiment un révolutionnaire ni pour l’élimination du Roi (du Roué !). Imaginez les autres, les faucons.
Le général le disait, mais et la troupe, hmm ? Voici une lettre de 45 volontaires du 3e bataillon de la Meurthe à la municipalité de Lunéville, août 1792 : « notre désir est d’abreuver nos frontières du sang impur de l’hydre aristocrate qui les infecte : la terreur est chez eux et la mort part de nos mains ».

Et les cadres de cette révolution, ils disaient quoi ?
Marat ne fait pas dans le sentimental, il veut « verser quelques gouttes de sang impur » pour écraser les contre-révolutionnaires. Hébert, parlant des traîtres, écrira : « le sang impur sera versé ».
La lettre d’un dénommé Cousin (en Vendée) à Robespierre, en 1794 reprend presque mot pour mot les fameuses paroles : « le sang impur des prêtres et des aristocrates abreuve donc nos sillons dans les campagnes ». Là, c’est clair, non ?
Même un obscur militaire maigrichon, Bonaparte, un corse, y va de son couplet, dans une lettre à son frère en août 1789 : « Par toute la France le sang a coulé mais presque partout cela a été le sang impur des ennemis de la Liberté, de la nation ».

Mais alors ?! Pourquoi Mélenchon invente-t-il sciemment ? « Arrêtez de vous braquer quand on vous parle du sang impur ! Bon sang, renseignez-vous : c’est le sang des pauvres, le sang impur. Ils disent c’est nous, allez, nous on n’a peur de rien ».
Il en invente beaucoup des petites menteries comme ça pour son public ? C’est nunuche, ça, Méluche, ça va finir par mettre la puce à l’oreille. Pas très inclusif comme façon de faire et un tantinet mauvaise foi. On peut lui faire confiance pour être roublard : Il reconnaît en Mitterrand son maître – c’est vous dire s’il connaît la chanson.


Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Qui êtes-vous ?