Marine Le Pen, le FN en héritage
Marine Le Pen a reçu le FN en héritage. Et autant dire que l’héritage est lourd. Imaginez-vous dans la peau de Marine Le Pen, fille de Jean-Marie Le Pen. Bon, ok, je comprends que cette idée ne vous enchante pas. Mais montrez un peu d’empathie. Vous êtes dans la peau de Marine Le Pen...
Durant toute votre enfance, votre jeunesse, on vous a parlé de papa un peu partout, de l’école à la télé. Et pas forcément en bien. Mais votre papa, c’est le plus fort, il a raison. Les autres sont des méchants. Vous voulez que votre papa soit fier de vous. Alors vous suivez sa trace, vous adhérez au Front National. À l’université, la célébrité de votre papa n’a pas que des inconvénients, une petite cour se forme autour de vous, composée d’admirateurs de Jean-Marie. C’est tellement rare que c’en est touchant. Évidemment, ils sont au GUD mais bon, ils sont plutôt sympathiques, ils font la fête avec vous. Et puis ce sont des patriotes. D’autres pensent que, comme votre père, ce sont des fachos. Il ne faut pas écouter les fâcheux. Vous devenez avocate. Mais tout vous pousse vers le FN, vous la cadette. Le délicieux Carl Lang vous case dans le nord qui devient votre terre d’élection après avoir été conseillère régionale d’Île-de-France. De Saint-Cloud à Hénin-Beaumont, que de chemin parcouru ! Et finalement, en 2011, vous devenez présidente du FN, comme papa. Et en 2012, vous êtes candidate à l’élection présidentielle.
"Le Pen, sort de ce corps !". C’est ce que vous vous dites. C’est aussi ce que toutes les actions de Marine Le Pen semblent dire depuis son ascension au FN. La jeune Marine Le Pen, qui fait le service après-vente après le second tour de la présidentielle 2002, plaît aux médias. Pour la première fois, le FN semble avoir un visage présentable. Commence alors la dédiabolisation du Front National. Cette dédiabolisation c’est d’abord une histoire d’image, de nouveaux visages sont mis en avant peu à peu, dont le maintenant célèbre Florian Philippot issu de la gauche chevènementiste. Mais bon, la dédiabolisation, ça prend du temps. Et c’est aussi très douloureux. "Le Pen, sort de ce corps ! Le Pen sort de ce CORRRRPS !!". Finalement, Le Pen père, le Dark Vador de la politique française, est carrément sorti du FN par la force. Le drame familial et personnel pour Marine Le Pen aussi bien que pour son père de Jean-Marie. En ce début 2017, la dédiabolisation semble en voie d’achèvement. Pour preuve, lors de sa campagne présidentielle, elle s’appelle désormais Marine tout court...et nulle trace du FN sur ses affiches. Une rose marine remplace la flamme bleu-blanc-rouge du FN. Mais le toilettage du FN semble aller bien au delà de l’image. Les idées aussi changent. Est-ce sa découverte du nord de la France qui pousse Marine Le Pen à faire évoluer le logiciel économique du FN ? En tout cas, peut-être sous l’influence d’un Philippot, la politique économique qu’elle propose se rapproche curieusement, en partie au moins, des propositions faites par la gauche. Les gauchistes auraient-ils infiltré le FN ? Marine Le Pen elle-même serait-elle devenue gauchiste ?
Mais, mais, mais...il faut se méfier des apparences. L’extrême-droite est un univers complexe. Et Marine Le Pen demeure à la tête d’un parti d’extrême-droite. Toute la France le sait pertinemment, elle la première. Derrière la couche de peinture marine, se cache toujours le brun [1]. Il y a d’abord les idéologues et intellectuels du Front National et de l’extrême-droite française. En petit nombre mais toujours présents et influents. Au-delà, il y a les fidèles de Jean-Marie Le Pen. Et, surprise, ce ne sont pas tous des vieux de la vieille. Il y a notamment, dans le sud-est de la France, une certaine Marion Maréchal-Le Pen, nièce de Marine Le Pen, et petite fille de Jean-Marie Le Pen. Et elle aussi, elle veut que son grand-père soit fier d’elle. Les idées des fachos, ça ne lui fait pas peur. En 2017, il y a un FN du nord, plus social, et un FN du sud, plus décomplexé comme on dit maintenant des gens qui sont prêt à dire les plus grosses ignominies. Le Pen est donc toujours dans la place. Sans compter les copains historiques de Marine Le Pen, de grands nostalgiques, notamment de leur période du GUD. Ils sont toujours autour de la présidente du Front National. Elle les aide à faire des affaires. Et puis il y a ses électeurs. Si de plus en plus on parle des électeurs de Marine Le Pen, sous l’influence du politiquement correct, comme de braves gens qui ne sont pas racistes mais qui souffrent, c’est très loin d’être vrai. Une bonne partie de l’électorat de Marine Le Pen a comme motivation première le rejet de l’étranger au sens le plus large. Cette motivation, planquée derrière des explications sociales, ce n’est pas qu’un détail.
Le Front National a toujours été une synthèse de l’extrême-droite française. Marine Le Pen est l’exemple parfait de cette synthèse. C’est l’extrême-droite génétiquement modifiée afin de se fondre dans le monde médiatique et dans la société française. Mais comme toutes les synthèses, ça ne dure qu’un temps. Pour Marine Le Pen, en 2017, toutes les planètes sont alignées, c’est l’année ou jamais pour accéder au pouvoir. Montrer à papa que l’on a fait mieux que lui. Beaucoup pensent que c’est impossible. Mais qui sait ? Marine Le Pen sait jouer avec les médias qui, au final, sont, sans le vouloir, son allié objectif. Si elle échoue, les couteaux risques d’être de sortis au FN. C’est une autre blonde, plus jeune, plus radicale encore qui pourrait prendre sa place d’ici 2022. Mais si elle réussit, ce ne sera pas simple non plus. La brise Marine pourrait laisser place à l’odeur du brun. Dédiabolisation ou pas, Marine Le Pen a bien reçu le FN en héritage. Un matin au pays des cigales. Jusqu’à présent, c’était son problème. Reste à espérer qu’à force de laisser mariner les problèmes, cela ne devienne pas celui de la France et des français.
L’ensemble des candidats à l’élection présidentielle 2017 "bénéficie" d’un portrait subjectif. Il s’agit de présenter les candidats tels qu’on les voit ou qu’on se les imagine. Il n’est pas dit qu’il y ait que du faux dans ces portraits.
Par ordre de publication :
[1] Seuls les habitants du nord peuvent comprendre ce double sens, alors, une fois n’est pas coutume, on le souligne