Le Hamon Tour
Qu’est-ce qu’il est allé faire dans cette galère ? C’est la première question qu’on se pose quant à l’aventure présidentielle de Benoit Hamon. Sa candidature à l’élection primaire de la gauche socialiste était déjà en soit une petite surprise. On s’attendait plutôt à ce qu’il se range derrière Montebourg afin d’écarter Hollande et Valls. Il a réussi, temporairement, à travers un programme audacieux, à faire entendre sa petite musique particulière. Mais en gagnant la primaire, sa petite musique prend des allures de marche cadencée vers une impasse.
Et pourtant, on a l’impression qu’il ne mérite pas cela. Certes, Benoit Hamon est un professionnel de la politique. Tout comme François Fillon, il ne connaît pas vraiment le monde du travail. Il a commencé comme assistant parlementaire, a fait ses armes politiques au MJS puis a cherché à étendre son influence au sein du parti socialiste via le jeu des courants, bien aidé par Martine Aubry qui l’a pris sous son aile au temps du gouvernement Jospin. En 2017, Benoit Hamon est une des figures de la gauche du PS. Pourtant, il a commencé à faire de la politique dans le courant de Michel Rocard...tout comme un certain Manuel Valls. Bref, on sent bien que Benoit Hamon n’est pas arrivé totalement par hasard à représenter le Parti Socialiste à l’élection présidentielle 2017 et que, pour cela, il a su naviguer en bon breton qu’il est. Sous ses airs bonhommes se cache certainement un ambitieux aux dents plus longues que l’on pourrait le penser au premier abord. Toutefois, parmi les candidats, il est un des rares, avec Philippe Poutou peut-être, avec qui on sent que l’on pourrait boire une bière en toute décontraction. Benoit Hamon a le bon goût de ne pas se prendre trop au sérieux même si l’on sent qu’il tente de mener sa campagne électorale très sérieusement. Il semble honnête intellectuellement. Il est beaucoup plus naturel que beaucoup de ses collègues. Mais il est peut-être trop terne, trop transparent.
Et malheureusement pour lui, il traîne en plus les gros boulets du PS aux pieds. Benoit est-il le Hamon de la farce ? Il est trop isolé. Benoit Hamon marche seul ou presque. Planté par de nombreux socialistes dont l’ancien premier ministre Manuel Valls, coincé entre le tribun Mélenchon et la girouette vendeuse de rêve qu’est Macron, Benoit Hamon n’arrive pas à se démarquer, à de distinguer. Et il sait que pour lui c’est perdu. Un homme seul ne fait pas le printemps. Il est vraisemblablement trop lucide et trop honnête intellectuellement pour se cacher la vérité. Mais il ne peut pas le dire, écrasé qu’il est par la responsabilité qu’il a pris en gagnant la primaire du parti socialiste et de ses alliés. Mais Benoit Hamon est un professionnel de la politique alors il ne laissera rien paraître. Il va tenir son rôle pour les deux semaines qui restent et qui mènent au premier tour. Et ensuite le moine-militant Hamon enchaînera avec la campagne pour les élections législatives. Et qui sait, peut-être ensuite envisagera-t-il d’autres horizons. Les résultats des prochaines élections vont certainement conditionner beaucoup de choses pour lui. Il sait que sa petite musique qui a percé lors de la primaire de gauche risque d’infuser dans la société dans les années qui viennent. La raréfaction du travail, la taxe sur les robots, le revenu universel, la fin de la croissance, que des choses pas commerciales, pas facilement vendables dans notre société de 2017, y compris (et surtout ?) à gauche qui s’est construite en partie autour du productivisme. Benoit Hamon continue sans relâche de chanter sa ritournelle. Mais le Hamon Tour risque de tourner court.
L’ensemble des candidats à l’élection présidentielle 2017 "bénéficie" d’un portrait subjectif. Il s’agit de présenter les candidats tels qu’on les voit ou qu’on se les imagine. Il n’est pas dit qu’il y ait que du faux dans ces portraits.
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