Portrait subjectif des candidats à l’élection présidentielle 2017

Cheminons avec Cheminade

samedi 22 avril 2017 à 10:30, par epujsv

Jacques Cheminade, candidat à la Présidentielle en 1995, 2012 et 2017, Président du parti Solidarité et Progrès fondé en 1996, est un homme politique dont on ne sait pour ainsi dire rien. Aussi, s’aventurer à comprendre le parcours politique de l’intéressé et ses idées relève plus de l’exercice de l’errance que d’une approche avec carte, boussole et GPS politiques. En même temps, c’est le meilleur moyen pour lui d’échapper à une définition, description de sa trajectoire, de son programme, de ses convictions, de ses desseins et de sa stratégie.

Jacques Cheminade c’est le mec agaçant d’emblée qu’on ne situe pas. Même l’article de Wikipédia d’environ 300 lignes sur lui ne parvient pas à dégager un portrait caractérisé de ce personnage. Aucun journal non plus. On ressort de chaque lecture d’une tentative d’analyse de cet énigmatique candidat au suffrage universel encore plus seul qu’avant mais avec une plus grande perception de l’inconsistance des mots transparence et accessible. En revanche, l’expression "écran de fumée" prend alors tout son sens.

Diplômé de l’École des hautes études commerciales en 1963, licencié en droit en 1965, élève de l’École nationale d’administration dans la promotion Jean-Jaurès, de 1969 à 1981 il est fonctionnaire à la Direction des relations économiques extérieures du Ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie comme attaché commercial français à New York, chargé de la promotion de biens d’équipement français aux États-Unis. Lesquels, on ne sait pas. Il démissionnait aux alentours de 1981 vraisemblablement. Ce qui lui permet de se décrire comme énarque dissident. En 1974 il avait rencontré un certain Lyndon LaRouche aux États-Unis dont il dira selon Wikipédia : "J’ai su que cette rencontre allait changer ma vie, non par l’adhésion à une « organisation » ou à un groupe, mais par quelque chose de rendu libre au dedans de moi-même, l’acte socratique, curieusement ressenti à 33 ans, d’un accouchement décisif de ce que je portais déjà en moi-même mais qui n’avait pas pu jusque-là s’épanouir au dehors". Difficile de comprendre si ça lui a plutôt fait mal ou plutôt fait du bien.

Lyndon LaRouche est présenté ainsi sur le site de Solidarité et Progrès en 2008 : "Lyndon LaRouche est un homme qui, depuis plus de quarante ans, a pris ses responsabilités face à la défaillance de la caste politique américaine en s’engageant sur la scène publique nationale et internationale. Économiste, mais pas dans le sens restrictif (universitaire) du terme, il conçoit l’économie comme une branche de la science physique, par laquelle l’homme transforme et améliore la nature afin d’en favoriser le peuplement. C’est au nom de cette conception anti-malthusienne qu’il dénonce la financiarisation de l’économie depuis la fin des années 50, prévoyant à neuf reprises le cycle de crises qui s’étend depuis lors, jusqu’à la crise systémique monétaire et financière internationale actuelle" . Et il ne s’agit là que de la moitié du premier des 27 paragraphes hagiographiques. Wikipédia plus prosaïque dans sa biographie précise : " En décembre 1988, le tribunal d’Alexandria (Virginie) condamne LaRouche à quinze ans de prison pour « fraude postale » et « conspiration en vue de commettre une fraude fiscale », après qu’il s’est défaussé du remboursement d’une certaine somme empruntée à ses soutiens lors de la campagne présidentielle. Il continue cependant ses activités politiques pendant son incarcération, dont sa candidature présidentielle en 1992". Et au-delà de cet épisode, ce Lyndon LaRouche, milliardaire, est réputé pour ses tendances conspirationnistes, complotistes, ses thèses proprement délirantes, d’extrême-droite, etc... Une des plus drôles si l’ensemble n’était pas sinistre : les Beatles ont été créés par l’Angleterre à des fins de propagande.

Jacques Cheminade, représentant du mouvement LaRouche en France voit lui-même invalider ses comptes de campagne de 1995 par le Conseil Constitutionnel. Procédure qu’il qualifiera toujours d’acharnement. Le Conseil a estimé que 1,7 million de francs de ses recettes, provenant de 21 contrats de prêt sans intérêt « conclus postérieurement au 7 mai 1995 », devaient être requalifiés en dons, rendant ainsi son compte non conforme à la loi, les dons au compte de campagne étant interdits après cette date lors de cette élection. Les sages ont motivé leur décision par l’absence de taux d’intérêt sur ces prêts, ce qui constituait « au profit du candidat un avantage ». Explications plutôt sibyllines pour qui ne s’est jamais présenté à une quelconque élection. Cette invalidation qu’il a toujours contestée est à replacer dans le contexte d’alors : Roland Dumas était le Président du Conseil Constitutionnel et les comptes de Balladur, eux, avaient été acceptés, alors qu’ils étaient trafiqués. Affaire qui ressortit en 2010. Ce qui permit à Cheminade de continuer à dénoncer l’injustice et la persécution de l’État à son encontre qui lui demandait de rembourser 1 million de francs de ses frais de campagne, ce qui l’aura ruiné selon lui.

En 1987, il est est accusé, avec trois autres militants, d’avoir entre 1984 et 1986, poussé Madame Pazéry, atteinte de la maladie d’Alzheimer, à donner 1 197 000 francs à trois associations dans lesquelles il avait des responsabilités : le POE, la Coalition anti-drogue et la Fondation pour l’énergie de fusion. Accusation que la Cour d’Appel qualifiera de vol en 1996, réduisant sa peine initiale de 15 mois d’emprisonnement avec sursis en 9 mois : Libération du 17 janvier 1996.

Il fut dans le collimateur de la Miviludes en 2005 pour prosélytisme auprès des étudiants en particulier mais qui affirmait en 2012 n’avoir plus aucun dossier sérieux pour qualifier de secte le mouvement de Jacques Cheminade.

Et qu’a t-il fait depuis qu’il ne travaille plus aux États-Unis pour le compte de la France, c’est-à-dire depuis le début des années 80 ? Sinon avoir été le secrétaire général du POE (parti ouvrier européen) , fondé par Lyndon LaRouche, de 1974 à 1989 puis fondé lui-même le FNS (Fédération pour une nouvelle solidarité) auquel succéda Solidarité et Progrès depuis 1996 et s’être présenté 6 fois en tout aux présidentielles sous les auspices de De Gaulle et Jaurès et contre l’oligarchie financière ? On ne sait pas. Mystère, mystère.

Qu’est-ce qu’être militant de Solidarité et Progrès en 2017 ? Radio France Bleue Orléans n’en ayant pas trouvé en Région Centre Val de Loire a par contre pu s’entretenir avec un porte-parole de la Roche-sur-Yon, le 10 avril dans son émission de 7h50 "L’invité (e) de France Bleue : https://www.francebleu.fr/emissions/l-invite-de-france-bleu-orleans/orleans/special-presidentielle-marc-villain-porte-parole-regional-de-jacques-cheminade

Pour terminer, cheminer avec Cheminade c’est comme se diriger dans les bois de Bretton Woods avec une carte de la planète Mars. Ou l’inverse.

L’ensemble des candidats à l’élection présidentielle 2017 "bénéficie" d’un portrait subjectif. Il s’agit de présenter les candidats tels qu’on les voit ou qu’on se les imagine. Il n’est pas dit qu’il y ait que du faux dans ces portraits.

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