Éditorial Octobre 2017

Les très riches heurts de la Macronie

mardi 10 octobre 2017 à 11:00, par Mister K

En ce mois d’Octobre 2017, elle semble très loin la campagne présidentielle du début d’année. Elle semble loin la période où le président Macron marchait sur l’eau et où de très nombreux candidats estampillés "En Marche !" étaient élus rien que sur leur étiquette, sur la foi d’un photomontage grossier les présentant à côté du nouveau président de la République, le jupitérien Emmanuel Macron. Quelle est loin également la bienveillance prônée tout au long de la campagne présidentielle ! Passés les effets de la communication, la Macronie doit désormais se heurter à la réalité. Et les français aussi...

En ce mois d’Octobre 2017, Emmanuel Macron est désormais présenté comme "le président des riches". Même si les faits sont contestés par les soutiens du président Macron, qui eux assurent œuvrer pour la justice sociale, les faits sont têtus : le budget 2018, s’il permet potentiellement aux 10% des français les plus modestes de voir leur niveau de vie augmenter de 3% (contre une augmentation 1.5% pour les plus riches), prévoit une baisse des impôts globale de 7% pour les plus modestes...contre une baisse de 27% pour les plus riches selon les économistes de l’OFCE [1]. Et c’est sans compter ce qui ne se chiffre pas comme l’affaiblissement des services publics, lié aux diminutions budgétaires, qui nuit avant tout aux plus modestes, ainsi que la réforme du code du travail qui favorise largement les employeurs face aux salariés. Les riches l’ont bien compris, un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ! Le "Tu l’auras" pour les plus modestes, ce sont les gouttes d’eau de la théorie du ruissellement. Le symbole fort de cette politique de "Robin des bois à l’envers", c’est la suppression de l’ISF sur les valeurs mobilières [2], en clair, les actions. Le gouvernement espère ainsi favoriser l’investissement dans les entreprises et donc la création d’emplois. Manque de bol, cet espoir a peu de chances de se réaliser : la plupart des actions achetées par les investisseurs ne sont pas issues de création ou accroissement de capital mais simplement de la revente d’actions sur le marché. Résultat, selon l’économiste Frédéric Lordon, la baisse de 3 milliards de l’ISF pourrait se traduire par...9 millions d’investissements supplémentaires dans l’économie.

Au delà de la politique de classe menée par le gouvernement Macron, l’autre problème vient du manque de classe de la parole politique en Macronie. Si l’on résume la parole présidentielle, les fainéants feraient mieux de chercher du boulot plutôt que de foutre le bordel [3]. Les fainéants, ce sont ceux qui protestent contre sa politique ou qui manifestent pour sauvegarder leurs emplois. La bienveillance, comme on s’en doutait, était bien de façade. La réalité est beaucoup plus brutale : c’est marche, ferme ta gueule ou crève.

Combien de temps cette politique va-t-elle tenir sans que cela craque de tous les côtés ? C’est la question que l’on peut se poser. Car c’est une blitzkrieg [4] libérale que semble appliquer Macron suite à son élection, une politique que même la droite n’aurait peut-être pas osé mener. Les silences gênés côté "Les Républicains" ne trompent pas. Mais si cette politique n’a pas des effets bénéfiques très rapidement, la colère risque de monter et les problèmes se multiplier. La paix sociale en France est un équilibre fragile. La communication ne pourra pas très longtemps masquer les heurts de l’éléphant Macron et son troupeau de pachydermes en marche dans le magasin de porcelaine de la société française.

[2Que l’on peut mettre en parallèle avec la baisse de cinq euros par mois des aides aux logements

[3Ceci est une compilation des propos les plus polémiques du président Macron

[4Guerre éclair


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