Bourges : un moratoire contre le désert, une langue de bois blanc ?

mardi 31 octobre 2017 à 09:00, par Cyrano

Que qu’est-ce qui qui se passe ? Le hasard de notre humeur sur les vitrines vides de la rue d’Auron est en phase avec une soudaine préoccupation pour le centre de Bourges.

Ça va saigner ?! Je trouve sur le site de France 3 : "Bourges : le combat du maire pour sauver le centre-ville". Quel guerrier ce Pascal Blanc. Et dans le Berry Républicain du jeudi 26 octobre, la une titre "Le cœur de Bourges au centre des enjeux". Et deux pages sur le sujet, les pages 8 et 9.

Ah, tiens-tiens… dans ces deux pages, ça cause de la rue d’Auron, une rue « qui tire son épingle du jeu », avec des pas-de-porte qui « sont vides comme ailleurs ». L’article n’est pas signé, on le comprend. Nous raconter que bah, la rue d’Auron, c’est comme les autres et que c’est pas des faillites, mais non, c’est des départs à la retraite. Ils auraient pu rajouter : ne croyez pas ce que vous avez vu sur l’Agitateur.

Bon, on disait quoi ? Ah oui, la désertification… et le maire de Bourges qui va au combat, avec ses petits muscles. Ce n’est pourtant pas l’impression qu’on pouvait avoir : la lutte contre les grandes surfaces commerciales ? Ne rions pas.

Pascal Blanc, maire de Bourges, en lutte contre les grandes surfaces

Voici tout juste un an seulement… Vous avez vu Carrefour ? Non mais, vous avez vu le combat du maire sur le territoire de Bourges ? Y’avait 15 boutiques dans la galerie marchande, y’en a maintenant 45. Philippe Mercier, adjoint au maire de Bourges, adjoint en charge du commerce était à l’inauguration des milliasses de mètres carrés du nouveau Carrouf, avec ses 1100 places de parking et ses 45 boutiques. Il a dit quoi, le chef du commerce à Bourges ? La question des magasins qui sont à la fois dans la galerie commerciale de Carrefour et en centre-ville ? Pour monsieur Mercier « c’est une bonne chose : C’est un choix pertinent. Les deux sont indispensables. » [Berry républicain du 9/11/2016]

Voilà, c’était donc le combat échevelé du maire contre Carrefour et ses galeries marchandes. Edifiant. Et le maire a toujours fait flèche de tout bois :
Le Conseil municipal du 30 mars 2016 a cédé diverses parcelles à Intermarché, aux Danjons, pour une zone commerciale de plus de 6.000 mètres carrés… Ça a été voté à l’unanimité.
Ah bin tiens, pas plus tard que y’a un mois, le Conseil Municipal du 22 septembre 2017 validait la vente d’un terrain à LIDL (vers le Prado), avec sur ce terrain un transfo (et LIDL devra déplacer en s’engageant en maintenant l’alimentation en énergie du coin).

Un moratoire ?

Il y a eu des votes contre la vente du terrain à LIDL pour l’installation d’une grande surface. Madame Agnès Singoulier-Bigot, opposition PS, avait déclaré à ce Conseil Municipal : « Une équipe municipale ne doit pas répondre "oui" passivement aux demandes des groupes de distribution. […] J’ai invité le Maire de Bourges à rejoindre des initiatives nationales en faveur de la redynamisation des centre-villes qui prônent notamment un moratoire sur la création de nouvelles zones commerciales. »
Cette idée a été émise dans la salle du Conseil Municipal, a traversé la salle, a atteint l’oreille du maire, puis a commencé un parcours du combattant. Et finalement, le guerrier qui roupillait s’est réveillé, en réclamant, voici quelques jours, un moratoire Bourges : un moratoire contre le désert, une langue de bois blanc (...)

Attention, hein, faut pas fâcher Saint-Germain-du-Puy ou Saint-Doulchard (que de saints autour de Bourges ! avec en plus La Chapelle-Saint-Ursin) : « Je le rappelle bien, c’est sur le territoire de la ville de Bourges. » et cette décision est à titre personnel, en tant que maire, pas en tant que président de la république ou de l’agglo de Bourges.

Maintenant que la majorité municipale a tout voté sur les ajouts de grandes surfaces, elle peut demander un moratoire et annoncer, comme le maire l’a fait récemment : « Il n’y aura pas de nouvel hypermarché à Bourges d’ici 2020 ». On le mettrait où, d’ailleurs, doit bin rester un bout de place ?

Sur facebook, là où le maire déclare son moratoire guerrier, on peut trouver un commentaire perfide, le rappel de ce qu’écrivait Pascal Blanc sur son blog en 2003, quand il n’était pas encore maire, juste adjoint : « Il est aberrant de croire que le développement d’une zone de chalandise nouvelle à l’extérieur de Bourges va mettre en péril les commerces de centre-ville. Au contraire.  ».

Au contraire. Ça ne met pas en péril, au contraire. Quel malin, quand même, ce Pascalou. Pendant ce temps, dans l’agglo dont Pascal Blanc est président, ça y va bon train : à Saint-Doulchard, un centre Leclerc va occuper 20.000 mètres carrés, deux hectares !!! pour presque 8.000 mètres carré de surface de vente. Deux hec-ta-res ! Tellement grand à goudronner, bitumer, que la taille peut s’exprimer en une mesure utilisée pour l’agriculture qui est priée de vaquer ailleurs.
Mais on s’en moque, le maire l’a dit, l’a même rappelé, son moratoire concerne le territoire de Bourges uniquement - comme ça, c’est la paix des ménages, vu que les mastodontes s’installent en périphérie, donc en dehors de Bourges.


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