Éditorial Mai 2018

La fête à neneus

lundi 7 mai 2018 à 10:30, par Mister K

Il parait que Édouard Philippe [1] n’avait pas choisi la facilité en décidant de "délocaliser Matignon" dans le Cher, lors d’une visite de trois jours du 2 au 4 mai 2018. Le Cher, un département de rebelles ? Pas vraiment... avec trois députés soutiens de Macron sur trois possibles, le risque semblait très mesuré.

Donc, le premier ministre a débarqué avec une partie de ses conseillers, fébrile en apparence, mais au fond très tranquille puisque tout avait été pensé pour qu’Édouard Philippe soit un peu en week-end en avance. Et de fait, la visite est passée comme une lettre à la poste, largement éclipsée au niveau national par le voyage de Macron en Australie et en Nouvelle-Calédonie. À quoi cela a-t-il servi ? À faire de la communication avant tout. Bref, du vent. Et pour faire du vent, le gouvernement n’emploie pas moins que des méthodes de "startupper" qui mettent le client au centre. Le client, c’est vous, citoyens du Cher. Ils sont venus vous écouter, ils sont venus sur "le terrain", au contact de l’autochtone. Autant dire que pour les conseillers de Matignon, c’est presque l’aventure, limite un stage commando où seuls les plus forts survivront. Si ils voulaient ouvertement vous prendre pour des cons, ils ne s’y prendraient pas autrement. Car peut-être aucun gouvernement et aucun parti politique que La République En Marche (LREM) n’a autant prôné et mimé l’écoute tout en n’en faisant rien. Très prompts à donner des leçons de démocratie à tout le monde, Macron et ses sbires singent la démocratie mais se comportent comme un gouvernement autoritaire à qui rien ni personne ne doit résister sous peine d’être traité d’extrémiste et éjecté du débat entre gens qui savent. L’argument, ce sont les élections de 2017. Français et berrichons, vous avez voté : maintenant, fermez vos gueules jusqu’à 2022. Bien sûr, ce n’est pas dit ouvertement, mais c’est bien souvent ce que l’on comprend entre les lignes. Le dialogue social n’est que de pure façade, tout est déjà décidé à l’avance. Du coup, à quoi bon discuter ?

Et ils en pensent quoi nos élus locaux de cette visite du premier ministre et de ses conseillers ? Ben, ils étaient ravis. Forcément, le plus fayot d’entre eux, François Cormier-Bouligeon [2] a pu jouer comme jamais à Martine comme il le fait depuis un an. Là, c’était François à côté du premier ministre de la France. On adore les photos qu’il publie sur les réseaux sociaux où il est toujours quelque part, si possible au centre et éventuellement le seul à regarder l’objectif. Il faut dire que depuis un an, il fait le tour de sa circonscription pour se faire connaître et mimer l’action "sur le terrain". Bien ouéj François ! M’enfin, personne n’est dupe, hein...c’est de la vieille politique à papa tout ça, non ? Ils te trouvent pas un peu ring’ tes potes startuppers de LREM ? On peut dire ce que l’on veut, mais lui, il ne risque pas de se faire virer de LREM, c’est un élève appliqué, sérieux voir zélé de LREM. Pas comme cette rebelle de Nadia Essayan qui a osé voter contre la loi asile-immigration. Il faut tout de même la féliciter. Car devant l’attitude très démocratique de LREM qui menaçait d’exclusion tout député qui oserait voter contre cette loi et toute autre loi proposée par le gouvernement, elle n’a pas hésité...il faut dire aussi qu’elle ne risquait pas grand-chose puisqu’elle est députée Modem. Mais bon, elle a quand même été la seule du Modem à le faire. Félicitations. Même si l’on peut quand même s’interroger sur l’état de notre démocratie parlementaire quand le vote d’un élu à l’assemblée nationale relève du courage...et oui, cela se passe en 2018, en Macronie !

Mais on ne vous a pas parlé de Pascalou ! Comment il va ? Ben bien, il a été sous les feux des projecteurs pendant le Printemps de Bourges puis pendant "Matignon-sur-Cher", il est ravi ! Il a même joué l’entente cordiale avec notre François Cormier-Bouligeon. Il faut dire qu’ils partagent le même goût pour être au centre des photos. Sauf que Pascalou, maintenant, c’est un vieux routier de l’exercice et qu’il commence à s’en lasser un peu. Et au fond, politiquement, les deux ne sont pas très éloignés : ils participent désormais tous les deux à la lutte des places. Que le meilleur gagne et vive le sport, hein François !?

Conclusion, ces trois jours de Matignon dans le Cher, c’était une énorme fête à neuneus. Neuneus, nous citoyens qui nous laissons berner par ce type de communication creuse. Neuneu, le premier ministre qui pense que sa présence physique change quoi que ce soit au réel. Neuneus, les conseillers du premier ministre qui vont au feu à sa place. Neuneus enfin, les élus, qui font de cette visite leur gloire, alors qu’au fond, le Cher restera dans le trou, visite ministérielle ou pas.
Tout ça pour préparer la fête à Macron qui a réuni pas loin de 40 000 personnes à Paris ? Si vous avez loupé cette autre fête à neuneu, il parait qu’une autre fête sera organisée le 26 mai...

[1Actuellement premier ministre français pour ceux qui ne sauraient pas qui est ce type

[2FCB pour les intimes, député LREM de la 1ère circonscription du Cher


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