Publications locales institutionnelles

Habitants du Cher, vous êtes presque cuits !

lundi 6 août 2018 à 22:43, par Mister K

Non, on ne vous parlera pas de météo ni de votre consommation d’alcool mais des lectures des publications locales de vos collectivités. Vous les lisez peut-être à peine mais, chaque mois, vous recevez dans votre boite aux lettres une publication municipale, une publication départementale et désormais peut-être une publication de votre communauté d’agglomération. Bien sûr, il s’agit avant tout de promouvoir l’action des différentes collectivités et du pouvoir politique qui va avec...la mairie et son maire, le département et son conseil départemental, la communauté d’agglomération et son conglomérat d’élus du coin. Si ces publications promeuvent l’action, elles démontrent en creux, l’inaction, l’inefficacité et l’échec.

Publications, en veux-tu ? En voilà !

Si l’on prend au hasard le cas de Bourges, les berruyers reçoivent ces trois publications qui, quelque part, valent leur pesant de cacahuètes. On a tous les formats possibles : papier recyclé à 52% provenant d’Allemagne avec impression à Rennes pour le bulletin municipal Les nouvelles de Bourges, format papier glacé pour la communauté d’agglomération Bourges Plus et son Bourges +, le mag et un papier à peu près équivalent pour Le Cher tiré à 168 000 exemplaires imprimé par Maury (dans le Loiret ?) ...vous avez donc un exemplaire de ce fantastique journal pour deux habitants dans le Cher [1]. En même temps, il faut ce qu’il faut, ces publications vous informent...et ont l’avantage de ne pas rentrer dans les comptes de frais des campagnes électorales.

Cher touriste...

Prenons précisément l’exemple des publications de juillet 2018. On est en juillet, de quoi parle-t-on ? De tourisme bien sûr ! Et de tourisme du coin, forcément. À la une et en dernière des "Nouvelles de Bourges", on trouve donc "Un été à Bourges" qui cette année se termine le 25 août et a été réduit d’un tiers par rapport à ce qui eut existé il y a quelques années. En pages intérieures on retrouve donc le programme complet de ce festival gratuit. Et puis on apprend que les nuits lumières passent au numérique...et ne commenceront donc que le 28 juillet. 28 juillet vous dites ? Oui, en creux vous comprenez que la mairie n’a pas été capable de faire terminer les travaux pour le début de l’été. En même temps, depuis la gestion catastrophique des travaux de la maison de la culture (entre autres), plus rien ne nous étonne...Tourisme toujours, on vous apprend cher touriste que chaque jour vous payez une taxe de séjour dont on ne précise d’ailleurs par le montant...d’ailleurs, cela ne sert à rien, puisque vous touristes avez peu de chance de lire les nouvelles de Bourges. Par contre, les berruyers, eux, doivent certainement se réjouir de faire payer les milliers de touristes qui passent au moins une nuit à Bourges, il faut leur rappeler. Enfin, grosse innovation depuis l’an dernier, on peut désormais se baigner officiellement au lac d’Auron et ce jusqu’au 1er septembre...on nous le rappelle avec le détail des festivités. Tout comme un été à Bourges, les berruyers peuvent profiter de ce "Bourges-Plage". Au fait, où est indiquée la fermeture de la piscine des Gibjoncs ? Ah bah, sauf erreur, y’a pas ! Un oubli très certainement. Bourges +, le mag parle lui aussi de tourisme. Mais comme il est "plus", il va plus loin que Bourges. À noter que Les Nouvelles de Bourges et Bourges +, le mag partagent leurs rédactrices qui sont communes aux deux publications dont le rédac’ chef est forcément Pascal Blanc qui dirige les deux collectivités. C’est pratique, deux fois plus de possibilités de faire la promotion de son action et deux fois plus d’opportunités de se montrer. Malgré ce mois de Juillet, le magazine départemental du Cher ne parle que peu de tourisme local...et c’est peut-être normal pour le coup. On rappelle seulement une campagne publicitaire dans le métro parisien pour promouvoir les Fêtes médiévales de Bourges 2018. D’ailleurs, cette animation fait l’objet d’une dernière de couverture alors que celles-ci avaient lieu les 2 et 3 juin 2018...bon, c’est juste pour dire, à l’année prochaine. Super ! Bon, si on parle autant de tourisme dans la région à destination des habitants, c’est certainement parce que ces derniers ne comprennent pas que, malgré les atouts de la région, le succès ne soit que si peu au rendez-vous. Des décennies de travail pas fait à rattraper, cela ne se comble pas du jour au lendemain...et puis dans le Berry, il n’y a ni la mer, ni la montagne, seulement la campagne. Donc pour juillet-août, c’est pas facile...

Quoi de neuf docteur ?

Une chose est certaine, à Bourges et dans le Cher, personne n’aura l’idée d’y faire du tourisme médical. Et pour cause, la région serait plutôt un désert dans le domaine. Rendez-vous compte, il y a un seul service d’urgence à Bourges pour tout le département du Cher. Et dans ce service d’urgence, on manque de personnel...à tel point qu’il a fallu faire appel à la réserve sanitaire composée d’étudiants, de médecin actifs ou retraités, réserve utilisée normalement en situation de crise comme une catastrophe naturelle ou des attentats. Oui, on en est là ! Et donc, le maire, un peu à retardement il faut le dire, n’hésite pas à écrire à la ministre et à publier la lettre (qui n’est d’ailleurs pas datée) dans le journal municipal. Il y dénonce une offre médicale à deux vitesses. Mais depuis combien de temps, l’écart d’offre de santé entre des villes comme Bourges et d’autres villes universitaires comme Tours s’est-il creusé ? 30 ans au bas mot. Et même si le maire demande à la ministre d’intervenir, ce coup de communication ne mènera à rien. La faute est avant tout à la baisse de population dans la région alors que la population française croit. Forcément, les budgets sont alloués en fonction de la population...et dans le domaine médical comme dans d’autres, Bourges, le Cher, le Berry, la Nièvre en souffrent. Et donc dans sa lettre, Pascal Blanc affirme ne pas renoncer. Point commun avec Michel Autissier, président du conseil départemental qui indique dans l’édito du magazine Le Cher que fasse aux difficultés, il ne se résigne pas et n’abdique pas. En creux de ces deux communications, on sent bien que l’on se trouve devant un échec patent. Pourtant, tout cela n’est pas nouveau, les berruyers et berrichons, telle une grenouille dans un bocal que l’on mettrait au feu , n’ont rien vu venir. Les responsables politiques locaux auraient dû alerter depuis très longtemps...mais ils ne l’ont pas fait. Et désormais, les habitants du Cher sont cuits ou pas loin de l’être. Un sursaut va-t-il intervenir ? Mystère !

Cher(e) Etudiant(e)...

Et les causes de tout cela sont connues depuis longtemps : l’attractivité. Le mot est lâché dans l’édito de Pascal Blanc et l’idée transparaît dans celui de Michel Autissier. En fait d’attractivité, ce sont surtout des repoussoirs qu’il faut éviter. Un désert médical, c’est repoussant. On en parle dans les nouvelles de Bourges. Mais la quasi absence de structures universitaires et d’étudiants, c’est également très ennuyeux. Tout le monde en a conscience dans le Cher depuis très longtemps. Pourtant, dans le domaine on continue à jouer à la grenouille, on ferme les yeux. La preuve, l’article du magazine Le Cher qui place le département du Cher comme "3ème campus universitaire de la région Centre". Déjà, on a un doute sur la bonne compréhension de nos élus sur le terme campus...sauf s’ils considèrent le Cher comme un énorme campus. Ensuite, on nous indique près de 5000 étudiants dans le Cher. Et dire que Bourges tout seul avait pour objectif de réunir 5000 étudiants il y a quelques années...là encore, la communication signe l’échec (que l’on espère provisoire tellement ce point est crucial pour une région). Là où un tel aveuglement devient scandaleux, c’est quand le rédacteur ose écrire que, je cite, "le Cher n’a rien à envier à ses voisins et aux capitales universitaires régionales". Vous êtes sérieux là ? Pourquoi alors chaque année des centaines de bacheliers du département sont obligés de partir étudier à Orléans, Tours, Clermont-Ferrand ou Paris ? Où sont les infrastructures, les services dédiés aux étudiants pour les près de 5000 qui ont pu faire leurs études dans le Cher ? Où est la vie étudiante ? Avec un aveuglement pareil, il est certain que l’on ne progressera pas. Les faiblesses du département dans le domaine sont évidentes. Plutôt que les nier, il serait bon de commencer par les combler. Car la communication ne fait pas la vérité. Et que la vérité, un jour ou l’autre vous revient au visage.

Au final, malgré l’énergie dépensée à communiquer, à utiliser la méthode Coué, les rêves ne deviennent pas réalité par magie. Et si la communication c’est le nom de la propagande moderne, les habitants du Cher feraient bien de s’en offusquer. À lire passivement sans s’indigner, on finit par valider la propagande institutionnelle.

[1À noter que toutes ces publications sont disponibles également en ligne...


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