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Les écorchés
Éditorial Décembre 2018

Les écorchés

lundi 10 décembre 2018 à 10:00, par Mister K

Sauf si vous vivez sur une autre planète, vous savez qu’un mouvement populaire, relativement spontané et sous influences très diverses est né en France en novembre 2018 sous l’appellation "Gilets Jaunes". La goutte qui a fait déborder le vase est une hausse des taxes sur les carburants. Globalement, les revendications des gilets jaunes sont très diverses même si beaucoup convergent vers une hausse du pouvoir d’achat et une demande d’une plus grande justice sociale. Le mouvement, désorganisé, a donné lieu depuis quatre semaines à de nombreuses scènes de violence sur lesquelles les médias se sont beaucoup attardés faisant peur aux bourgeois comme on aurait dit il y a quelques dizaines d’années. Mais la vraie surprise finalement, c’est que tout cela ait tenu autant de temps.

Le gouvernement d’Édouard Philippe et le président Macron ont d’abord géré le mouvement comme tous les gouvernements l’on fait depuis 20 ans, en mode "cause toujours". En clair, vous avez le droit de manifester et le gouvernement a le droit de ne pas répondre aux revendications [1] , bref de rester aveugle et sourd. Combien de manifestations qui se sont déroulées dans un calme relatif et qui ont réuni en France des centaines de milliers, voire des millions de personnes n’ont abouti à rien ses 20 dernières années ? La plupart. Les conséquences ? Une colère en dedans pour beaucoup de français, un vote protestataire et beaucoup d’abstentions lors des élections. C’est ainsi que Macron a été élu en 2017 avec au premier tour de l’élection présidentielle 24% des voix alors que plus de 40% des voix se portaient sur des candidats dont les propositions allaient dans un sens très différent des siennes. Au second tour, il a remporté facilement l’élection face à Marine Le Pen qui a tout de même réuni plus de 10,5 millions d’électeurs ce que tout le monde a essayé d’oublier très vite. Et depuis, comme ses prédécesseurs Chirac, Sarkozy et Hollande, Macron a fait comme si de rien n’était et a mené une politique libérale encore plus hors-sol que ses prédécesseurs tout en multipliant les provocations avec un mépris (de classe) assez rare pour un président de la république française.

Pourquoi ce mouvement des gilets jaunes risque d’obtenir des avancées alors que beaucoup d’autres ont échoué ? Tout simplement parce qu’il est contrôlé par personne en particulier, ni syndicats, ni partis qui jouent habituellement un rôle de régulateur social. Sa désorganisation le rend incontrôlable. Quelque part, le mouvement des gilets jaunes est aussi insaisissable politiquement que l’a été le mouvement "En Marche !" avec son "et de droite et de gauche" [2]. En décrédibilisant partis politiques et syndicats, Macron a quelque part créé les gilets jaunes. Si on ajoute à cette absence de contrôle, la violence exercée, et c’est très nouveau, dans les quartiers parisiens dits riches, proches des lieux de pouvoir, on comprend que beaucoup de hors-sol soient tombés de haut et se mettent carrément à flipper. Le mouvement des gilets jaunes a réussi à faire peur au gouvernement et, au-delà, au milieux économiques, financiers qui soutiennent massivement Macron. Avant eux, seuls les agriculteurs et éventuellement les routiers avait généré une telle peur...au point qu’en général, ils obtiennent au moins partiellement satisfaction par rapport à leurs revendications et ce assez vite. La conclusion, c’est qu’il est malheureusement devenu contre-productif d’être poli et compréhensif dans une démocratie quand le pouvoir ne joue pas le jeu. D’où les débordements que l’on a connu cette semaine qui devaient arriver tôt ou tard.

Une dernière question subsiste : comment se fait-il que tout cela, cette réaction face à l’injustice sociale, n’ait pas explosé bien avant Macron ? Une des réponses est certainement l’éducation. Les français, en moyenne, n’ont certainement jamais été aussi éduqués qu’en 2018. Avec l’éducation vient l’écoute, la modération, la compréhension des phénomènes. Avec l’éducation vient aussi le respect des règles, des institutions, en clair de la démocratie et de la république. Tout cela concourt à rester patient. Mais avec l’éducation vient aussi l’analyse, la capacité à s’informer, à avoir un esprit critique qui sont de grands atouts dans une démocratie. Et cet esprit critique, ces capacités d’analyse ne peuvent que laisser entrevoir les inégalités sociales et territoriales bien mal colmatées par des mesures sociales de plus en plus inefficaces ou partielles. Tout cela a permis de retarder et même aujourd’hui d’atténuer une rage intérieure qui ronge beaucoup de français. Beaucoup de français sont aujourd’hui des écorchés vifs qui ont trop subi, trop longtemps. Et qui tentent aujourd’hui de passer le message que tout cela a assez duré et qu’il faut que cela change vraiment. Malheureusement, on peut parier sur notre gouvernement pour apporter une réponse minimale, une réponse qui ne mette en rien en cause un système et des pouvoirs économiques très établis.

Les écorchés
Mimile rejoint la lutte !

[1Argument classique : le gouvernement a été élu démocratiquement et ce n’est pas la rue qui gouverne

[2Depuis, tout le monde a compris que c’est plutôt "Et de droite et de droite"


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