Éditorial avril 2020

Mauvais scénario

dimanche 5 avril 2020 à 18:58, par Mister K

Parfois, la réalité rejoint la fiction et même la dépasse. Quand une voiture de police passe dans votre rue avec un mégaphone qui gueule aux passants "Rentrez chez vous !", vous ne pouvez vous empêcher de penser à quelques films catastrophe...dans tous les sens du terme assez souvent. Les supermarchés pris d’assaut, les boucles d’informations anxiogènes, les masques qui manquent, les files d’attente interminables, les services d’urgences dépassés, le décompte quotidien des morts. L’ambiance de guerre ou de fin du monde. Tous les ingrédients y sont. Et puis la parole politique, plus ou moins transparente, plus ou moins informée qui se croise avec la parole des scientifiques, des médecins. En général, les médecins, les scientifiques sont les héros. Ce sont ceux qui savent et qui contrarient voir s’opposent à la parole politique qui elle gère le pendant mais aussi l’après. Pendant que les petites mains font le sale boulot.

Notre scénario ne commence pas en 2020, ni même fin 2019 du côté de la Chine. Il commence bien avant, dans les années 80. Reagan, Thatcher donnent le ton. En France, Mitterrand est élu en 1981, l’espoir qu’il suscite est de courte durée, dès 1983, le fameux tournant de la rigueur donne le coup d’envoi à l’application d’une politique de plus en plus libérale. Lentement mais sûrement les Français s’habituent à la diminution de l’Etat providence, à l’application de plus en plus stricte de règles comptables. Il y a bien des protestations mais au fil du temps, elle sont de plus en plus faibles, deviennent inaudibles sous le déluge de "bon sens", de "gestion en bon père de famille" et de l’absence "d’argent magique". Quarante ans plus tard, en 2020, le libéralisme a gagné partout, dans presque tous les recoins de la planète. Le communisme ne fait plus peur depuis longtemps, la Chine, dernier grand pays au drapeau rouge, représente le pire du libéralisme et du communisme. Intégrée dans l’OMC, plus personne ou presque ne songe à y dénoncer les violations des droits de l’homme. Après tout, les Chinois sont de plus en plus nombreux à pouvoir consommer c’est tout ce qui compte. Et compter, c’est ce que l’on sait le mieux faire. Enfin, ça dépend...

Pour les besoins de notre scénario, on va zoomer sur un secteur qui décline peu à peu : la santé. C’est un exemple parmi d’autres puisque plein de domaines ont subi les affres du libéralisme, tout ce qui touche à l’humain bien souvent, au profit des comptables froids devant leur tableur qui bossent pour des financiers aux dents longues. Oui, notre scénario est un peu manichéen, il y a les gentils et les méchants. Alors évidemment, dans des pays comme la France, nous sommes théoriquement de mieux en mieux soignés depuis les années 80. Les progrès de la médecine, de la technique font des miracles. L’espérance de vie des hommes et des femmes augmente grâce aussi à plus d’éducation autour des risques pour la santé ou à une alimentation [1] mieux contrôlée. En apparence tout va bien. En apparence seulement car notre système de santé s’est beaucoup libéralisé comme tous les autres domaines. Et le secteur de la santé est comme tous les autres, il n’y a pas que de bons samaritains et de gentils soignants. L’industrie médicale est aussi un énorme business qui coûte de plus en plus cher à notre système social de santé, la fameuse sécurité sociale. Dans notre scénario, elle existe toujours en France en 2020. Et si elle existe toujours, c’est qu’elle est bien sûr utile aux français mais aussi à toute l’industrie pharmaceutique ou médicale à qui elle permet de faire plus de marges au final. Donc, dans le secteur de la santé comme les autres, on fait de plus en plus d’économies. Pas au détriment des industriels du secteur non, mais souvent au détriment des petites mains, des infirmières, des soignants qui ne sont pas assez nombreux, qui sont payés une misère et qui doivent travailler peu à peu avec de moins en moins de moyens. Le nombre de lits pour 1000 habitants dans les hôpitaux, en France comme ailleurs, ne fait que baisser sauf en Corée du sud.

Et c’est la que là méchant virus attaque. On lui donne un nom barbare, le COVID-19 pour bien faire peur et pour le différencier des suivants qui ne manqueront pas d’arriver. Il est comme le libéralisme, il ne connaît pas de frontières. Il se propage vite, c’est sa principale force. Tout comme le libéralisme, il est dangereux pour les plus faibles mais personne n’est vraiment à l’abri. Pour s’en protéger, il faut des masques mais la France n’en a pas assez. Alors, pour ne pas créer un vent de panique, le président et le gouvernement mentent. Ces idiots de Français se sont rués sur les pâtes et le PQ, il ne faudrait pas que dans un autre élan de panique ils privent de masques les soignants. Le président fait un discours martial. Nous sommes en guerre, tout le monde doit rester confiné chez soi, sauf les soldats du médical et de l’alimentaire...et puis quelques autres parce qu’il faut bien que le business continue un peu. Les urgences sont débordées, sont mal équipées. C’est la guerre économique mondiale pour récupérer masques, médicaments et respirateurs. Comme d’habitude, c’est la loi du plus fort, du plus riche, des sans scrupules. À ce jeu là, les américains sont très forts comme d’habitude. Mais les Français sont pas mal non plus. Faute de moyens, les Français font preuve de créativité et de solidarité.

Au final, les gentils gagnent. Le virus est vaincu au bout de nombreux mois de lutte. Mais à quel prix ? Plus rien ne sera jamais comme avant. Les consciences sont en éveil comme jamais. C’est le début d’une nouvelle histoire. Les gentils arriveront-ils à changer les mentalités ou les méchants financiers et comptables reprendront-ils le pouvoir comme si de rien n’était ? Suspens. Il y aura donc une suite à notre scénario si c’est un succès.

Comme dans tous les scénarios, il y a bien sûr des histoires dans l’histoire. À Bourges par exemple, le maire qui s’est pris une gamelle au premier tour des élections municipales, tente son va-tout, pariant sur l’annulation du premier tour. Il réclame et obtient pour sa ville un couvre-feu. La situation est bien sûr ridicule puisque la ville, en temps de confinement, est déjà bien endormie à 19h30. Mais Pascal Blanc, c’est le nom du maire de Bourges dans le scénario, cherche à récupérer des voix à droite voire très a droite. Ce clown triste gagnera-t-il son pari ? Son challenger, un certain Yann Galut, arrivera-t-il à proposer un projet plus ambitieux pour sa ville ? La petite histoire dans la grande pimentera un peu notre scénario...elle permettra de mettre un peu d’humour dans une histoire au final bien sombre.

[1Attention, il y a aussi plein de problèmes en 2020 dans le domaine de l’alimentaire qui est une industrie comme les autres et qui fait souvent des choix au détriment de la santé des français


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