L’amiante, une crise sanitaire longue et à bas bruit

GEDHIF, quand l’amiante n’inquiétait pas trop...

jeudi 24 septembre 2020 à 14:41, par Mister K

Alors que la crise sanitaire du coronavirus dit COVID-19 bat son plein et que des mesures drastiques ont été mises en place depuis mars 2020 pour tenter d’enrayer l’épidémie, nous allons vous parler d’un autre problème sanitaire, pas contagieux, mais largement répandu, celui de l’amiante. Avec un exemple qui interpelle, celui de travaux sur un site du GEDHIF d’Asnières-les-Bourges qui datent de 2016.

On ne va pas vous faire un long exposé sur l’amiante et ses risques. Sachez tout de même pour résumer que l’amiante est un silicate fibreux très utilisé pour ses caractéristiques de résistance au feu, de coût peu élevé et de résistance aux agressions chimiques. On en trouve à peu près partout, en premier lieu au niveau des isolations thermiques, plaquettes de frein, canalisation, bitume, béton etc. En France, il a fallu attendre 1997 pour que l’amiante soit interdite alors que l’on connaissait ses dangers de très longue date. L’absorption de fibres d’amiante est à l’origine de cancers des poumons, du larynx, des voies digestives (œsophage, estomac) et aussi du cancer colorectal. Bref, quand on sait tout cela, on a plutôt envie d’éviter de respirer ses fameuses fibres d’amiante.

La conséquence de la dangerosité de l’amiante et de son interdiction, c’est l’existence dans le code du travail, d’un grand nombre d’articles qui réglementent et encadrent strictement les travaux en présence d’amiante : cela va des obligations de repérage, aux équipements, formations, certifications pour tous travaux réalisés en environnement amianté. La réglementation est très stricte mais ce n’est pas sans raison : l’amiante est la seconde cause de maladie professionnelle et la première cause de mortalité liée au travail en dehors des accidents du travail.

Alors, est-ce qu’en 2016, un responsable d’un ESAT [1] du GEDHIF [2] à Asnières-les-Bourges pouvait ignorer la législation du travail autour de l’amiante ? Vraisemblablement pas.

Le GEDHIF est une association largement connue et reconnue dans le Cher, le groupement possède une dizaine d’établissements et accueille ou peut accueillir 450 handicapés. Le budget de l’association est conséquent puisqu’il était de 17 millions d’euros en 2015, financé par la CPAM [3] et le département. Cela signifie que le poids économique du GEDHIF est non négligeable, il emploie un grand nombre de salariés [4]. Son intérêt pour la collectivité publique ne fait aucun doute.

GEDHIF, quand l'amiante n'inquiétait pas trop...
Le hangar de 300m2 de l’ESAT d’Asnières construit à quelques mètres d’une maison voisine

L’ESAT d’Asnières-les-Bourges, c’est une vingtaine de salariés pour 80 travailleurs handicapés accueillis. En 2016, l’ESAT a un projet de construction d’un hangar de stockage de 300m2. Pour cela, la société en charge de la construction du hangar conseille de livrer un terrain vierge. Or, le terrain n’est pas totalement vierge puisqu’un local d’une vingtaine de m2 abritant un compresseur et diverses bricoles subsiste. Il faut donc faire détruire ce local. Seulement, avant de le faire détruire, un diagnostic préalable est obligatoire afin de vérifier que le local détruit ne contient pas d’amiante ce que le directeur de l’ESAT d’Asnières de l’époque ne pouvait ignorer. Pourtant, même sans diagnostic, la présence d’amiante dans ce local laissait peu de doutes, il possédait en effet des plaques en fibrociment qui dataient largement d’avant 1997 et comportaient donc forcément de l’amiante. Le directeur du site aurait donc du faire réaliser un dossier technique amiante (DTA) et faire intervenir une société spécialisée dans le désamiantage. Est-ce pour des raisons de délais, des raisons de coûts ? Toujours est-il que le directeur de l’ESAT d’Asnières de l’époque a décidé de faire détruire le local le 23 août 2016 et que des usagers de l’établissement ont été vus nettoyer les plaques de fibrociment à haute pression, à coup de Kärcher. Tout cela sans protections, sans périmètre de sécurité, à quelques mètres du voisinage [5], dans l’insouciance totale.

Par calcul ou inconscience, ce responsable de l’ESAT a exposé des travailleurs à des risques amiante, des personnes qui n’étaient ni formées, ni certifiées, ni équipées pour réaliser de tels travaux. Pour cette mise en danger de la vie d’autrui, la loi prévoit de lourdes peines allant jusqu’à l’emprisonnement. Pourtant, alors que suite à un signalement, une enquête de l’inspection du travail a été réalisée et qu’un procès-verbal a été transmis au parquet, alors que par ailleurs quatre plaintes ont été déposées, quatre ans plus tard, l’instruction est semble-t-il toujours en cours. Il serait intéressant de connaître les causes exactes d’un tel délai. Le responsable de l’ESAT, aujourd’hui en retraite, et le directeur général du GEDHIF seront-ils un jour jugés pour ces faits ? L’avenir nous le dira...

[1Établissement et Service d’Aide par le Travail

[2Groupement d’Entraide Départemental aux Handicapés Inadaptés et à leurs Familles

[3Caisse Primaire d’Assurance Maladie

[4le site internet du GEDHIF revendique 247 ETP - Équivalents Temps Plein

[5Une voisine se plaint d’ailleurs de préjudices subit suite à la construction du nouveau hangar, construction qui a par ailleurs occasionné des plaintes du voisinage


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commentaires
GEDHIF, quand l’amiante n’inquiétait pas trop... - Victor - 25 septembre 2020 à 00:01

Si j’ai bien compris :
Qui dit usagers, dit travailleurs handicapés ...

c’est vraiment honteux !!!!


GEDHIF, quand l’amiante n’inquiétait pas trop... - Victor - 24 septembre 2020 à 23:42

Même si le permis de construire est légal !

Pour info :
La perte d’ensoleillement est un préjudice que l’on peut subir lorsqu’une nouvelle construction est proche de notre maison.
Il est pourtant la source de nombreuses procédures judiciaires qui peuvent conduire à la démolition des constructions.....

Ces propriétaires ont droit à la double peine
l’amiante et la dévaluation de leur maison.

Attention : ce propriétaire a 5 ans à compter de la fin de la naissance du trouble pour agir en justice ! (art. 2224 du code civil