Train - Paris-Bourges-Milan en arrière - L’humour en vain

À Bourges, la culture de l’humour n’est pas capitale

lundi 29 décembre 2025 à 17:19, par Mister K

C’est l’histoire d’un humoriste, il prend le train pour Bourges au départ de la gare Paris Austerlitz. Sur le papier, rien d’extraordinaire. Sauf que bon, le voyage ne se passe pas tout à fait comme prévu et comme c’est son métier, déformation professionnelle oblige, il en fait une chronique. Et comme il est humoriste, il grossit le trait. La chronique passe à la radio un lundi matin, le 8 décembre 2025. Plus que l’année, c’est le millénaire qui est important. Oui, parce que la chronique humoristique nous ramène mille ans en arrière et elle ne va pas plaire à de très nombreux Berruyers qui trouvent que l’on se moque d’eux et que c’est mal.

Si vous n’avez pas suivi « l’affaire », la chronique de Daniel Morin [1] est visible sur Youtube ou encore là, sur facebook. Ce qui est intéressant, c’est le festival de commentaires, des centaines de commentaires de Berruyers/Berrichons indignés par cette chronique qu’ils jugent majoritairement pas drôle, méprisante, parisianiste, déconnectée. Tout cela n’est pas très surprenant, les gens n’aiment pas que l’on critique leur région...surtout si la critique vient de Paris. Outre ces commentaires, Rose Lamy qui a grandi à Bourges écrit une chronique dans le magazine Frustation qui va dans le même sens que la très grande majorité des commentaires, mais en longueur et avec un angle sociologique et politique affirmé.

À Bourges, la culture de l'humour n'est pas capitale
Daniel Morin chronique son aventure en train de Paris à destination de Bourges

On n’en voudra pas à Rose Lamy d’avoir saisi l’occasion de cette chronique de Daniel Morin pour rebondir sur sa thèse qu’on suppose qu’elle développe dans son livre « Ascendant Beauf » [2] dont le titre donne le ton : le chroniqueur humoriste, qui travaille non pas sur une radio nationale mais une radio parisienne, tourne en dérision la province - en l’occurrence Bourges - et notamment la mauvaise desserte en train de la région et son désert médical.

Malgré la perception qu’en a Rose Lamy, Daniel Morin pointe bien les problèmes et elle pourrait en rire avec lui s’il elle n’avait pas décidé que ce n’était qu’un Parisien bobo séparatiste. Rien de bien original et pas vraiment rebelle pour un sous, toute la France ou presque pense que le parisien est un connard égoïste, bourgeois ou bobo, méprisant et hors-sol. Ce consensus général, ce cliché que les humoristes - y compris parisiens - utilisent abondamment d’ailleurs est d’autant plus amusant que la grande majorité des Parisiens viennent...de province. D’ailleurs, quand on entend Parisien, on parle souvent - vu de province - de tous les habitants de l’Île-de-France... sachant que les habitants de cette région sont très loin d’être majoritairement des gens aisés et ne se reconnaissent pas forcément comme Parisiens.

Bref, la critique de la chronique, qui se veut sérieuse, s’appuie autant sur des clichés que la chronique de Daniel Morin, qui elle se veut humoristique et s’appuie sur des vérités très déformées mais c’est le jeu. Qu’est-ce qui est le plus embêtant au final ? Que l’humoriste se moque ou que la critique sociologique prenne la chronique humoristique au sérieux et en fasse une démonstration du séparatisme parisien ? Je vous laisse y réfléchir.

Là où ça devient plus embêtant, c’est quand des élus de Bourges vont dans le même sens en regardant le doigt du chroniqueur plutôt que la lune - comprendre le fond des problèmes. C’est le cas de Yannick Bedin ou encore Pierre Henri Jeannin. Car oui, Morin a raison, prendre le train pour Bourges de Paris Austerlitz (gare qui doit être en travaux depuis 15 ans ?), c’est la merde. Car on s’attend à un train grande ligne, or, depuis quelques années, il s’agit d’un TER pour un train direct. On a une place réservée seulement si on prend un autre train délaissé, le POLT [3], mais seulement jusqu’à Vierzon. Et si certains ont vendu le TER région Centre-Val-de-Loire comme un progrès (ou un espoir de progrès ?), on ne peut que constater au final, que ce n’est plutôt pas le cas. L’État s’est délesté d’une ligne pas rentable et c’est la région qui doit assumer. Donc oui, parfois, il n’est pas simple d’avoir une place dans le train et ça a plutôt régressé par rapport à il y a une trentaine d’années. Et les élus, plutôt que d’aller dans le même sens que Rose Lamy, feraient mieux de saisir l’opportunité de cette chronique-polémique pour faire la publicité de leur actions-protestations passées et à venir sur le train. Ou alors de se taire. Car ce n’est pas en pleurnichant que l’on se moque de nous à Paris, que l’on aura plus de trains et mieux de train en général, en provenance et à destination de Paris en particulier.

Car un autre sujet embêtant, c’est qu’en 2028, Bourges sera capitale européenne de la culture et que ce serait bien que beaucoup de gens viennent visiter Bourges en train. Et là, on sera bien content de les accueillir les bobos-parisiens. Et il serait certainement de bon ton de ne pas se fâcher avec les médias nationaux qui ne manqueront pas de faire directement ou indirectement la promotion de l’évènement et donc de la ville de Bourges. Car pour l’instant, même si c’est semble-t-il un peu tabou à Bourges, la préparation de l’évènement patine un peu et Bourges 2028 ne semble pas hyper attractif. Le dossier de candidature de Bourges 2028, très conceptuel, semblait quand même avoir été pensé par des bobos-parisiens. On a même fait venir un peu de monde de Paris pour gérer ce grand projet. Et pour l’instant, peu de chance que le berruyer/berrichon moyen se sente impliqué et très enthousiaste par l’évènement à venir. Il reste deux ans pour redresser la situation. Tout est encore jouable. Mais il va peut-être falloir acquérir la culture de l’humour et de l’auto-dérision sous peine d’avoir l’air encore plus ridicules dans pas si longtemps.

[1Daniel Morin était invité à présenter son livre « Bouboule la poule trop cool » dans le cadre du Festival Bourges Humour & Vin qui a eu lieu du 4 au 7 décembre 2025

[2que l’auteur de ces lignes n’a pas lu, d’où la supposition

[3Paris Orléans Limoges Toulouse


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commentaires
À Bourges, la culture de l’humour n’est pas capitale - epujsv - 2 janvier 2026 à 02:27

Parmi les partenaires de Bourges 2028 il y a Toute l’Europe qui est un groupement d’intérêt économique entre le secrétariat général des affaires européennes et...la SNCF.
https://www.touteleurope.eu/qui-sommes-nous/


À Bourges, la culture de l’humour n’est pas capitale - epujsv - 1er janvier 2026 à 20:30

« Pour mon premier jour à Jussieu, dans un amphi énorme, je demande à l’étudiante qui est à côté de moi si elle peut me prêter un crayon de bois. Et je vois qu’elle ne comprend pas. On est dans une espèce de zone d’incompréhension où j’ai le sentiment de parler profondément français et en même temps, je sens dans son regard qu’elle ne comprend pas. ça faisait quelques heures, peut-être un jour à peine, que j’étais arrivé à Paris. Et cette petite anecdote m’a renvoyé très fortement et très violemment à qui j’étais et à d’où je venais. » Antoine Chevrollier"

Entendre la France rurale, Les pieds sur terre, France Culture, épisode 2/4 : mais qui sont les ruraux ?
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lsd-la-serie-documentaire/mais-qui-sont-les-ruraux-1148986
(Attention à l’écoute, c’est pas de bonne qualité, pac’que vous savez, à Bourges et dans le Cher, la radio, on capte mal. Ca marche qu’entre 3h et 4h du matin. Quand il n’y a pas de brouillard.)

" Avec Clem, elle découvrait le tableau dans son ensemble. Les décideurs authentiques passaient par des classes préparatoires et des écoles réservées. La société tamisait ainsi ses enfants dès l’école primaire pour choisir ses meilleures sujets, les mieux capables de faire renfort à l’état des choses. de cet orpaillage systémique il résultait un prodigieux étayage des puissances en place. Chaque génération apportait son lot de bonnes têtes, vite convaincues, dûment récompensées qui venaient conforter les héritages, vivifier les dynasties, consolider l’architecture, monstre de la pyramide hexagonale. Le "mérite" ne s’opposait finalement pas aux lois de la naissance et du sang, comme l’avaient rêvé des juristes, des penseurs, les diables de 89, ou les hussards noirs de la République. Il recouvrait en fait une immense opération de tri, une extraordinaire puissance d’agglomération, un projet de replâtrage continuel des hiérarchies en place. C’était bien fichu".
Les enfants après eux, Nicolas Mathieu.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Mathieu_(%C3%A9crivain)

Quand j’ai lu l’article de Rose Lamy dans Frustration magazine, cela m’a tout de suite fait penser à cette très bonne émission de France Culture d’octobre 2025, en quatre épisodes et au très bon roman " Les enfants après eux".
(On ne le trouve qu’à la gare, parce qu’on n’a pas de libraire à Bourges et ni de bibliothèques. Et ça permet d’attendre les trains, vous comprenez).

Logique, Rose Lamy intervient dans cette émission et Nicolas Mathieu aussi. Mais je ne connaissais pas Rose Lamy, que je découvre. Je ne pense pas qu’elle oppose parisiens et province. Mais sous-bourgeoisie médiatique (comme elle le dit elle même dans son article de Frustration) et province. Elle interroge une représentation systémique.

Quant à Daniel Morin, que je ne connais pas, j’ai donc écouté sa séance d’humour sur Bourges. C’est plutôt beauf bof comme humour.


À Bourges, la culture de l’humour n’est pas capitale - epujsv - 1er janvier 2026 à  21:24

Superural : Ascendant beauf de Rose Lamy
dont « Vivons heureux avant la fin du monde » épisode 36 d’Arte Radio
https://superrural.fr/2025/12/02/ascendant-beauf-de-rose-lamy/

Répondre à ce message #46569 | Répond au message #46568
À Bourges, la culture de l’humour n’est pas capitale - epujsv - 4 janvier 2026 à  15:44

Rose Lamy travaille également avec Bourges 2028 :

"« Lio incarne la sorcière d’aujourd’hui » : la féministe Rose Lamy organise à Bourges, une rencontre entre la chanteuse et le metteur en scène Simon Hardouin

Pour Bourges 2028 capitale européenne de la culture, l’essayiste féministe Rose Lamy a imaginé un cycle de rencontres intitulé Ce qui nous lie. Le premier épisode relie la chanteuse Lio et le metteur en scène berruyer Simon Hardouin. C’est mercredi soir, à la mairie de Bourges."
Berry républicain, 25 novembre 2025
https://www.leberry.fr/bourges-18000/loisirs/lio-incarne-la-sorciere-daujourdhui-la-feministe-rose-lamy-organise-a-bourges-une-rencontre-entre-la-chanteuse-et-le-metteur-en-scene-simon-hardouin_14787631/

Répondre à ce message #46574 | Répond au message #46569
À Bourges, la culture de l’humour n’est pas capitale - epujsv - 1er janvier 2026 à  23:37

Ruralités : les médias en rase campagne, 26 décembre 2025, en accès libre, Arrêts sur images

https://www.arretsurimages.net/emissions/arret-sur-images/ruralites-les-medias-regardent-ils-vraiment-mieux

Répondre à ce message #46570 | Répond au message #46568
À Bourges, la culture de l’humour n’est pas capitale - epujsv - 2 janvier 2026 à  03:22

Un sacré boute-en-train ce Daniel Morin.
"J’aime pas le muguet". 1er mai 2025, France Inter
https://www.youtube.com/watch?v=VOaoeb-GLPE

Répondre à ce message #46572 | Répond au message #46568
À Bourges, la culture de l’humour n’est pas capitale - epujsv - 4 janvier 2026 à  14:49

Bon, là, je dois dire, c’est carrément drôle :
"Ces politiques issus d’un milieu modeste"
Billet de Daniel Morin, France Inter, 17 décembre 2025
https://www.youtube.com/watch?v=ZMP3VwZJOxs

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