Le vrai visage de la droite
Par ses déclarations outrancières, le sénateur-maire de Bourges et président par intérim du RPR, Serge Lepeltier, a tenté de décomplexer la droite vis à vis du Front National, comme avait tenté de le faire Nicolas Sarkozy en déclarant qu’il fallait que la droite s’assume dans toutes ses composantes. Inquiétant.
La campagne qui s’est engagée pour les législatives fait peine à voir. Les électeurs sont pris en otage par la droite qui brandit le spectre de la cohabitation et par la gauche qui veut que l’on vote pour elle afin de se purger du vote en faveur de Jacques Chirac. Les programmes respectifs ? Toujours et encore la sécurité ! Que l’on ne s’y trompe pas : c’est bien le Front National qui est ressorti grand gagnant des élections présidentielles car aujourd’hui ses idées sont devenues banales et ont été reprises par l’ensembles des partis politiques "respectables".
A tel point que quelques personnes se sont crues autorisées à dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas.
Certains ont pu faire mine à droite de s’étonner ou d’être scandalisé par les propos de Serge Lepeltier, sénateur-maire de Bourges et président par intérim du RPR, avouant préférer quelques députés FN plutôt qu’une majorité de gauche à l’Assemblée Nationale. C’est oublier bien vite que nombre de responsables RPR ont migré du côté du FN au moment de sa fondation. C’est oublier bien vite les tentatives de putschs dans les conseils régionaux où la droite était prête à s’allier à l’extrême droite pour avoir la majorité. C’est faire semblant de ne pas voir que "le RPR d’en bas" entretient de véritables relations d’amitié avec "le FN d’en bas".
Dire que Serge Lepeltier a commis une énorme bourde, est une manière de nier une réalité jusque là inavouée : pour la droite, l’ennemi, c’est la gauche et la cohabitation, pas le FN. Par ses déclarations, Serge Lepeltier a tenté de décomplexer son parti dans ses prises de positions par rapport au parti de Jean-Marie Le Pen. Serge Lepeltier est l’exemple vivant que "ça peut marcher". Elu en 1995 maire de Bourges avec le soutien appuyé de Jean-Marie Le Pen pour "en finir avec ce bastion du communisme", le FN avait lors des dernières municipales préféré ne pas présenter de liste afin d’éviter un retour de la "gauche socialo-communiste" que les sondages voyaient revenir au grand galop. Serge Lepeltier ne s’est alors pas offusqué d’être le candidat de la droite et de l’extrême droite. Bien au contraire.
Autant dire qu’à Bourges, les déclarations de Serge Lepeltier ne font que conforter le portrait que l’on peut faire du personnage : arriviste, il est prêt a vendre son âme au diable pour assouvir ses ambitions personnelles. Le sénateur-maire de Bourges a voulu appliquer à grande échelle au plan national, ses expérimentations d’apprenti sorcier qui ont fait leurs preuves au plan local.
Bourges peut être perçue à ce titre comme une sorte de laboratoire de ce que risque d’être la droite de demain : autoritaire, vulgaire, jusqu’au-boutiste, à l’instar de Philippe Gitton, Alain Tanton, Franck Thomas-Richard ou Yves Fromion qui n’ont plus aucun scrupule à s’afficher avec l’extrême droite depuis bien longtemps.
Yves Fromion qui a d’ailleurs commis lui aussi une sacré bourde - ou un aveu d’extrémisme - avec son air débonnaire et son cheveux sur la langue en déclarant que s’il y avait un deuxième tour aux législatives entre lui et Jean d’Ogny (le responsable départemental du FN), la gauche devrait faire face à un sacré dilemme. C’est sûr qu’il ne s’agirait là plus de choisir entre un escroc et un facho, mais entre deux représentants de la France rurale aux idées particulièrement bestiales et nauséabondes.
Mais même en cas de duel droite-gauche, le choix ne sera pas facile pour beaucoup d’électeurs. Quel crédit apporter en effet en faveur d’une gauche sans leader, sans programme, perdue dans ses pitoyables tentatives d’union ?
Des tentatives d’union qui aboutissent à des situations ubuesques comme dans le Cher où un illustre inconnu du parti des Verts, (un certain monsieux Ledoux ou quelque chose comme ça...) dont le candidat aux présidentielles a recueilli à peine 4,5% des voix, a été désigné à Paris comme candidat de la gauche unie. Voilà qui revient à offrir sur un plateau le siège de député au représentant de la droite extrême Yves Fromion (UMP). Et puis, qu’est-ce que c’est que cette gauche unie dont seul le parti d’où émerge le candidat d’union désigné milite effectivement ?
Pourtant, un vote à gauche semble actuellement la seule alternative possible aux tentatives hégémoniques de l’Union pour la Majorité Présidentielle et à ses dérives face à l’extrême droite. Mais lorsque des électeurs se retrouvent forcés de "voter par défaut" alors qu’il y a sur certaines circonscriptions près d’une vingtaine de candidats, c’est un signe que si la démocratie en en pleine forme, la politique, elle, a chopé un gros virus qui risque de la mettre KO pour au moins cinq ans.