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LEGISLATIVES AVEC LE P.C.F.

Le Parti Communiste fait son bilan

samedi 8 juin 2002 à 10:58, par Charles-Henry Sadien

Annie Frison et Yannick Bedin sont deux figures locales du Parti Communiste qui ont fait le choix, sans état d’âme, de retirer leurs candidatures aux élections législatives afin d’éviter dans le Cher l’absence d’un représentant de la "gauche plurielle" au second tour. Aujourd’hui, ils s’expriment sans complaisance, avec une sincérité qui n’est de toute évidence pas feinte, sur les actions de leur parti durant ces cinq dernières années.

Le Parti Communiste fait son bilanDans cette première partie d’interview, Yannick Bedin et Annie Frison estiment que le Parti Communiste a surtout pesé insuffisamment sur les décisions du gouvernement "par solidarité", ce qui a selon eux, provoqué une perte d’identité de leur parti et favorisé des formations politiques comme Lutte Ouvrière et la Ligue Communiste Révolutionnaire. Les communistes entendent donc retrouver leur rôle à savoir mettre leur organisation "au service des combats et des luttes" des citoyens, comme l’explique le conseillé municipal de Bourges, Yannick Bedin. Malgré un certain affaiblissement, Annie Frison et Yannick Bedin estiment que le Parti Communiste reste la première force politique à Bourges et qu’il a toujours son rôle de locomotive de la gauche plurielle : "Mais le jour n’est pas venu où la gauche pourra peser sans le Parti Communiste dans cette ville".

1ère partie : Le Parti Communiste fait son bilan

2ème partie : Les communistes veulent décomplexer la gauche

3ème partie : Annie Frison : "Nous n’avons pas assez réfléchi sur la montée de l’extrême droite"

4ème partie : Yannick Bedin : "J’espère que nous allons sauver notre député communiste dans le Cher"

On va d’abord faire un retour sur les élections présidentielles : quels enseignements tirez-vous du faible score de Robert Hue qui représentait le Parti Communiste ?

Annie Frison : C’est vrai que cela a été un gros choc pour nous tous. Nous avons beaucoup réfléchi au sein du Parti Communiste à Bourges. Mais ce n’est pas encore suffisant. Les avis sont très divergents. Personnellement, je pense que la participation du PCF au gouvernement était une bonne chose. Mais il aurait fallu arrêter avant que ça dégénère ou alors faire un "éclat", dire que ça n’allait plus. Moi qui était candidate suppléante il y a cinq ans, je me souviens que nous avons travaillé beaucoup sur l’augmentation du smic. Et puis les mois ont passé... Je comprend alors que les gens ne puissent plus nous faire confiance car nous n’avons pas répondu aux espoirs qu’ils avaient.

Yannick Bedin : Selon mon analyse, je pense que notre faible score est un échec très grave pour le Parti Communiste. C’est un échec historique. C’est l’échec aussi de Robert Hue et d’une stratégie engagée depuis plusieurs année et que la participation gouvernementale a accentuée en ce sens où elle a entraîné le Parti Communiste dans une dilution avec une gauche aux contours assez flous pour pas mal de gens. Je crois comme Annie que le Parti Communiste aurait dû cesser d’avaler des couleuvres, que ce soit sur l’augmentation des salaires ou sur l’interdiction des licenciements qui sont des mesures qui nous ont été refusées par le Parlement. J’étais contre cette participation. Non pas parce que je pensais que le Parti Socialiste devait alors mener la politique du Parti Communiste, mais parce qu’il n’y avait pas assez de garde-fous et que ce gouvernement n’était pas parti pour répondre au grand mouvement social de 1995. Il y a eu à cette époque une énorme espérance contre le plan Juppé. Il y a eu du monde dans la rue, des salariés, des jeunes, mais le gouvernement ne prenait pas le chemin de ce mouvement. Il fallait abandonner le plan Juppé dès le début, ce qui n’a pas été fait, loin de là, ça continue, notamment dans les hôpitaux. Cette dilution dans le gouvernement a fait perdre l’identité et la crédibilité révolutionnaire du Parti Communiste, dont profitent aujourd’hui Lutte Ouvrière et la Ligue Communiste Révolutionnaire. Dans les semaines qui viennent, il va falloir en tirer les enseignements. Je souhaite que le débat soit très ouvert et laisse place à une refondation.

On a aussi le sentiment que le Parti Communiste avait abandonné le terrain ces dernières années...

Annie Frison : Il y a un retour au terrain. Après les législatives, il va falloir que l’on discute pour savoir ce que l’on veut faire et avec qui. J’ai lu un article aujourd’hui dans L’Humanité qui parle de nouveaux adhérents depuis les élections présidentielles. Ce sont des gens qui militaient ou qui regardaient le parti de plus loin avec une certaine sympathie et qui là veulent s’engager pour restaurer l’identité communiste.

Yannick Bedin : Je crois que les militants communistes n’ont jamais abandonné le terrain. Il y a un phénomène objectif : dans les quartiers populaires, il y a de moins en moins de communistes, notamment parce que sociologiquement, ces quartiers ont changés. La classe ouvrière salariée diminue dans ces quartiers. Ceux qui ont eu de par leur revenu, accès à la propriété pavillonnaire sont partis. Dans ces quartiers, il ne reste finalement que les plus pauvres de ces familles de France. C’est là qu’il y a eu un décrochage. Il reste des militants communistes, mais ce sont souvent des personnes assez âgées qui n’ont plus envie de bouger. A Bourges-Nord, on ne trouve plus beaucoup d’ouvriers de chez Michelin ou des établissements militaires. Tout ça nous a fait perdre un peu de terrain. Cela dit, les élus et militants communistes disponibles ont essayé d’être sur le terrain. Et puis il faut se poser la question : rester sur le terrain, oui, mais pour faire quoi ? Si c’est pour y faire passer la politique d’un gouvernement auquel on participe et entretenir une certaine forme de résignation... on sait faire, on l’a fait. Si c’est être sur le terrain pour accompagner un élu ou comme on l’a fait sporadiquement pour défendre des citoyens contre des expulsions dans les HLM, défendre des travailleurs immigrés menacés d’expulsion du territoire français... on l’a fait et on continue de le faire. Est-ce que ce n’est pas ça qu’il faut creuser et amplifier ? Notre électorat, et les gens en général, attendent cela de la part du Parti Communiste. C’est à dire que l’on mette notre organisation au service de leur combat et de leurs luttes. Non, nous n’avons pas abandonné le terrain mais il faut que nous fassions du terrain "en mieux".

Annie Frison : Nous nous sommes beaucoup mobilisé pour l’emploi et contre les licenciements mais aussi contre les guerres. Nous avons repris un peu de notre identité communiste. Les résultats des présidentielles m’ont fait penser à deux mesures prises il y a cinq ans par le gouvernement de la gauche plurielle. La première a été arrêtée à temps : le problème des allocations familiales que le gouvernement voulait mettre en fonction des ressources. Il y avait eu beaucoup de discussions à l’intérieur du Parti Communiste. Certains disaient que ceux qui ont beaucoup d’argent n’ont pas besoin d’allocations familiales, d’autres au contraire pensaient qu’il s’agissait d’une question de principe : donner quelque chose pour un enfant et se battre pour en avoir d’autres. Les militants se sont déchirés là-dessus. Et puis après, il y a eu les emplois jeunes, qui ont été une catastrophe pour les militants et les syndicalistes.

En quel sens ?

Annie Frison : C’est vrai que dans toute mesure, il y a quelque chose de positif. En l’occurrence de donner à des jeunes d’avoir la possibilité d’entrer dans le monde du travail. Il y a cinq ans le marché de l’emploi était totalement fermé aux jeunes. Mais les syndicalistes y voyaient des problèmes qui existent réellement aujourd’hui. Il s’agit d’emplois de droit privé. Et puis les postes n’ont pas été créés pour qu’ils soient pérennisés, exception faite à la SNCF.

Yannick Bedin : Sur ce type de mesure, il faut le dire : on a eu "le cul entre deux chaises". C’est un bon exemple de la position inconfortable du Parti Communiste. On ne peut pas s’opposer sur le principe à l’idée que des jeunes qui ne bénéficient pas des minimas sociaux puissent acquérir autonomie en exerçant une activité payée au minimum au smic. Notre parti n’a pris que très tardivement l’idée d’une titularisation des emplois-jeunes là où ils étaient embauchés. Au début, solidarité gouvernementale oblige, nous avons été assez timides sur la question.

Annie Frison : Moi, il me semble qu’on en a parlé assez tôt, mais que l’on n’arrivait pas à le mettre en oeuvre.

Yannick Bedin : Les camarades travaillant dans le service public disaient qu’il s’agissait de l’introduction d’un contrat de droit privé dans la fonction public et qu’il y avait là un élément de dérégulation. Nous n’avons pas pris la mesure de ce que l’on nous disait et de ce que cela représentait. Nous l’avons certes fait après, mais nous ne nous sommes pas saisis assez vite de cette question. Le terrain, c’est être là où les gens nous réclament et pointent du doigt des dysfonctionnements. C’est aussi aider à faire grandir les exigences de salaire, de conditions de travail etc. C’est cela que je préconise pour le Parti Communiste. Si l’on doit revenir au terrain, c’est ça qu’il faut faire.

Annie Frison : Et puis être vraiment anticapitaliste. Dans le fonds, les emplois jeunes, c’est bien puisque cela aide la jeunesse à trouver une place sur le marché du travail. Ce qu’il faut, c’est prendre des mesures qui permettent la création d’emploi corrects, titulaires, dans des conditions acceptables. A Sochaux, il y a cette polémique sur des emplois qui sont sur le point d’être mis en place où il s’agira de travailler trois nuits. Or, à Saint-Amand, dans le Cher, cela existe déjà depuis un an, dans une imprimerie. Je suis révoltée par rapport à ce genre de choses. Surtout par rapport au travail des femmes qu’une mesure européenne fait travailler dans ces conditions au nom de l’égalité des sexes.

Yannick Bedin : On s’est beaucoup battu à l’Assemblée Nationale contre cela, il faut tout de même le préciser : nous avons voté contre le rétablissement du travail de nuit des femmes dans l’industrie. C’était un grand combat. Donc, tout n’a pas été noir dans notre bilan.

Annie Frison : Tout à fait. Cela nous a fait beaucoup réfléchir et discuter.

Yannick Bedin : La question, c’est la lisibilité de notre politique par les gens. Je savais que l’on serait assimilé au bilan du gouvernement. Si celui-ci avait été bon, on en aurait retiré les bénéfices. Mais je savais aussi que si le bilan était jugé trop timoré ou tiède, nous payerions plus cher que les radicaux ou les verts, notre participation au gouvernement.

Sur la ville de Bourges, est-ce que le P.C.F. peut encore revendiquer son leadership et son rôle de locomotive à gauche, notamment au regard des élections municipales ?

Yannick Bedin : L’élection municipale ne peut pas dire si le P.C.F. a gardé ou non son rôle de locomotive, puisqu’il s’agissait d’une liste d’union. Pas plus que si l’on se base sur les résultats des élections présidentielles. Mais sur les précédents scrutins locaux, en regardant le score que font les personnalités locales du Parti Communiste, on peut dire que oui. Pour les actuelles législatives, les candidatures uniques faussent un peu le jeu. Mais le jour n’est pas venu où la gauche pourra peser sans le Parti Communiste dans cette ville. On reste un parti organisé, un parti militant même si l’on a subi une petite érosion d’adhésion comme toutes les forces politiques ces dernières années. Mais nous restons en nombre le premier parti politique de Bourges. En terme de score électoral, nous ne sommes pas non plus en quantité négligeable, loin de là. Après les législatives, il se posera la question des unions à gauche, à la fois au niveau national et local. Il y a un mouvement social à Bourges. Les chômeurs sont organisés de même que les associations, notamment culturelles, il y a des comités de vigilance... Il se passe vraiment des choses dans cette ville.

commentaires
> SOLUTION PAS COMME LES AUTRES - 22 avril 2005 à 09:57

SUITE MALGRE VOTRE SILENCE !!!!!!!!!!!!!!!!!

Bonjour,
Là non-réponse de votre part me pousse à croire ce que je vous ai raconté auparavant….

Donc qu’elle est cette solution miracle sans aucun investissement aucune !!!!!!
OUI la solution est entre les mains des tous les Français : particuliers et entrepris.
Eh oui …
Tout d’abord un petit exemple : un retraité( salarié, chômeur, allocation familiale , Rmi…..etc)
A un solde qui tombe au début du mois sur son compte bancaire et avec cela il paie son loyer ses factures et chaque fois un chèque par-ci un autre par-là jusqu’au prochain solde, mais entre temps le seul qui en profite de cet argent c’est le BANQUIER LE FINANCIER sachant que chaque 100 euros déposer par un client représente plus 500 euros pour une banque(pouvoir multiplicateur de monnaie déjà en 1994). Depuis trente ans que je suis en France les seules entreprises qui ont doublé leurs nombres d’agences se sont les banques Presque jamais de fermetures.
En 2004 leur bénéfice net dépasse les 12 miliaires c à d le trou de la Sécurité sociale.
Donc pourquoi ne pas choisir une seule banque(Public), embauchés les meilleurs financiers (bien sûr avec un salaire conséquent) et que tous le monde dépose son argent dans cette banque( la liberté individuelle s’arête au commencement de la liberté collectives !!!!!!) car aujourd’hui tout le monde vise du doigt les actionnaires.
Et je suis sûr que les autres banques changeront de comportement vis à vis des entreprises je parle des petites et moyennes(et aussi vis à vis des particuliers car aujourd’hui plus de 5 millions de personnes sont rejeté par les banquiers… ) de nos jours plus de 75% des entreprises qui ferment c’est parce que le banquier ne veut pas accorder ni prêt ni délai pour la trésorerie et les politiques ne font rien pour les délai paiement qui dépasse les 120 jours en France.
Mon développement est longue mais je m’arrêtes là car je suppose que vous avez compris l’idée bien sûr cela va être un scandale dans le milieu financier ???????????????????????????????????
Hier sur france2 encore une fois en a parler des banques il est possible que je me trempe mais donner moi les raisons même hors antenne. Les banquier je parle pas de petit directeur de la petit agence mais de ceux qui le petit client qui leur donne à réfléchir sur son cas hors que leurs problèmes c’est trouver encore comment faire gagner plus au actionnaires.
brahim


#2078
> Le Parti Communiste fait son bilan - Pierre Effa - 6 septembre 2002 à 11:20

Nous sommes quelques uns à scruter l’engagement ou tout au moins l’opinion des communistes par rapport à la "politique de la ville", par rapport à l’évolution de la gestion des HLM : la démolition des immeubles de la rue Alfred-de-Musset résoudrera -t-elle les problèmes sociaux et financiers de l’OPHLM. L’argent public et celui de l’OPHLM ne serait-il pas mieux employés à un meilleur entretien, une meilleure présentation du produit logement et surtout à une gestion de proximité avec un gardien qualifié pour 100 logements. Comment se fait-il que plus on démoli, plus la vacance de logement augmente ? L’étude commanditée par le Maire orientée vers la démolition de la Cité Avaricum est commencée sous la direction de Christian Gimonet. Les habitants de cette Cité ne voudraient pas se sentir seuls pour défendre une construction qui est loin d’être aussi obsolète que les adversaires des HLM dans le Centre-Ville essayent de le faire croire. Laisserez vous sans rien dire la Ville se désengager de sa responsabilité dans le domaine du logement social et noyer les HLM dans un Office Départemental ou Interdépartemental ? Pendant combien de temps l’Office va -t-il continuer à pratiquer des loyers illégaux, à faire payer des charges indues et se refuser à appliquer au bénéfice de tous ceux qui y ont droit les jugements du tribunal ?
C’est sur ce terrain là entre autres que l’on attend les "politiques" et pas seulement lors des promenades préélectorales sur les marchés.
Pierre Effa


#316
> Le Parti Communiste fait son bilan - Patrick - 10 juin 2002 à 16:04

félicitations pour cette interview !

c’est rare !

Je pense que cette analyse devrait rendu public par voie de presse !


#222