En surchauffe
Les vacances sont souvent l’occasion de tirer des bilans, se remettre en cause, se ressourcer, de repartir de bon pied ou de se lancer dans de nouvelles aventures. Alors : stop ou encore ?
Chaque année à la même époque, c’est la même chose : ras-le-bol. Envie de quitter le système solaire pour être éloigné autant que possible de toute forme de vie humaine ou inhumaine (je pense ici aux plus de quatre millions téléspectateurs du Bigdil sur une télé poubelle parmi tant d’autres).
Bon, j’avoue : c’est toute l’année que le monde entier m’exaspère. Je rencontre pourtant chaque jour des tas de gens passionnants, intelligents ou tout simplement touchants. Pourquoi cette somme d’individus est-elle égale à une grosse bande de cons avec au sommet, Chirac et Raffarin ? Ah, si seulement j’étais au pouvoir ! Je ferais une loi d’amnistie pour les voleurs de mobylette et les fumeurs de joints, j’augmenterais le smic et les charges patronales de 120% (environ) et je ne risquerais pas d’aller en prison pour proxénétisme.
Dans mon plan machiavélique pour pervertir le monde, L’Agitateur occupe une place de choix. Cette saison fut sans doute la plus réussie depuis la création du magazine en ligne que vous consultez depuis 1997 puisque tous les records de fréquentation ont été battus. Ainsi, en septembre dernier, nous n’imaginions pas que les forums fonctionneraient aussi bien et que nous pourrions nouer autant de contacts à travers l’hexagone et parfois même au-delà.
Mais surtout, un équilibre de la ligne rédactionnelle semble enfin avoir été trouvé, permettant de toucher un cyber-lectorat aux sensibilités très diverses, tout en conservant un contenu assez tranché qui, précisons-le encore une fois, n’a pas vocation à imposer une façon de voir les choses mais à susciter le débat dans une ville de Bourges qui en manque cruellement.
Il convient d’ailleurs de souligner autant à ceux qui nous critiquent qu’à ceux qui nous envoient leur CV avec lettre de motivation, que L’Agitateur a probablement atteint cette année ses limites en raison de son fonctionnement totalement amateur. On ne le rappellera jamais assez souvent : L’Agitateur est composé de quelques bénévoles menant tous des activités diverses en parallèle.
Autrement dit : la réalisation d’un magazine local en ligne de grande qualité réclame beaucoup plus de temps et de rigueur que ce que nous sommes en mesure d’assumer au quotidien.
Même s’il n’y a aucune raison de rougir par rapport au contenu de la presse quotidienne régionale "papier", L’Agitateur ne pourra, dans sa configuration actuelle, aller beaucoup plus loin que le chemin qu’il a parcouru jusqu’ici et qui demeure - ne nous voilons pas la face - relativement insuffisant.
C’est pourquoi, nous n’avons cessé - quasiment en vain - d’encourager de nouveaux rédacteurs à nous rejoindre. Il est vrai qu’il n’y a rien à "gagner" et qu’il est évidemment beaucoup plus distrayant d’utiliser son temps libre pour se rendre à un bon concert plutôt que de couvrir un forum rempli d’intellos. Ne dit-on pas que la société des loisirs est le fossoyeur de la pensée et de l’action citoyenne ? Ce constat peut paraître emprunt d’amertume, mais il reflète de toute évidence une grande part de vérité.
Du coup, la question qui se pose aujourd’hui est de déterminer où réside l’intérêt à continuer dans une voie qui sera au mieux, stagnante. Il est clair que cette expérience apparemment unique en France pour ce qui est de son fonctionnement a été très positive dans son esprit. Il en est de même, dans une moindre mesure, pour ce qui concerne le contenu rédactionnel assez nettement supérieur à la plupart des "city-guides" commerciaux actuels... Mais l’honnêteté pousse aussitôt à rajouter que le niveau de la "concurrence" des Web-City et autres magazines de publi-reportages en ligne est plutôt faible.
C’est à nous, rédacteurs et à vous, lecteurs de profiter de la trêve estivale pour s’interroger : et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?