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Aurélien Sallé (1ère partie) : "l’internet n’est pas un gadget !"

dimanche 13 octobre 2002 à 19:44, par Charles-Henry Sadien, Mister K

Première partie de l’interview de Aurélien Sallé, maire-adjoint délégué aux nouvelles technologies qui explique sa stratégie de développement de l’internet à Bourges orientée sur la formation.

Aurélien Sallé (1ère partie) : "l'internet n'est pas un gadget !"Pourquoi êtes-vous revenu à Bourges ? Comment devient-on maire adjoint délégué aux nouvelles technologies ?
On y arrive par la volonté de le devenir. Je suis revenu à mes origines à Bourges au niveau électoral en 2001, essentiellement par rapport à l’ambition que j’ai pour cette ville dont je suis issu et dont je connais bien des travers, notamment vis-à-vis de la jeunesse. Je pense vraiment, qu’il faut que l’on passe par les nouvelles technologies de l’information pour développer cette ville. Ce qui est assez agréable - j’étais avec Yann Galut hier soir pour parler de ça, justement - c’est que tout le spectre politique est d’accord là-dessus. Le combat qui a été mené par Yann Galut via @délice pour l’école de l’internet, nous le reprenons avec force. On va aider à faire en sorte que l’on ait ce pôle universitaire, notamment sur la sécurité informatique et la sécurité du réseau. J’ai la volonté de faire de la ville de Bourges un fer de lance dans ce domaine. C’est en grande partie pour cela que je suis revenu à Bourges. Je suis allé voir Serge Lepeltier que je n’avais jamais rencontré auparavant et je lui ai expliqué comment je pense que l’on doit s’y prendre pour faire rester les jeunes ici... Ou les faire revenir ! Bon, c’est aussi bien d’avoir des jeunes qui partent et qui voient ailleurs comment ça se passe, qui ne soient pas sclérosés dans leur ville et qui ne vivent pas sur cinquante kilomètres de diamètre... Mais l’important, c’est de les faire revenir. Et le gros problème de la ville de Bourges, c’est qu’ils ne reviennent pas. Le but du jeu, pour moi à Bourges, c’est d’essayer de mettre en place des filières de formations et une économie en adéquation avec ces formations, bref, un tissu économique et universitaire cohérent autour du secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Et vous avez senti en revenant à Bourges une véritable adhésion autour de votre projet ?
Bah... une équipe municipale, c’est forcément hétéroclite bien que nécessairement homogène. Moi je suis plus là pour amener une "vision" d’avenir et pour travailler sur l’avenir plutôt que de gérer le présent. Les rôles sont bien répartis. Je crois que les gens ont bien compris l’intérêt de ce discours qui ambitionne de faire rester des jeunes à Bourges et d’en faire revenir, puisque l’on voit bien que des villes comme Rennes ou Tours vivent avec les jeunes. On n’aura jamais ici - il ne faut pas se leurrer - de fac de droit ou de fac d’économie comme à Tours ou Orléans. Il faut bien que l’on se tourne vers quelque chose d’autre. Bourges étant issu du secteur de la défense, l’orientation vers l’internet et la sécurité informatique apparaît logique. Tous ne sont bien entendu pas des fondus du réseau bien qu’ils le soient de plus en plus. L’une de mes fonctions est d’avoir un travail pédagogique par rapport à cela.

De quels moyens disposez-vous ?
Je dispose de beaucoup de moyens psychologiques et volontaristes, mais pas de moyens financiers. Je n’ai pas de budget autonome. C’est assez compliqué. Déjà, on est dans une situation que vous connaissez très bien pour la stigmatiser souvent dans L’Agitateur par rapport aux finances de la ville qui ne sont pas évidentes (sourire)... Mais pour l’instant, mon rôle, c’est de mettre en relation des acteurs, de travailler sur l’école de l’internet, son développement et sa pérennisation. C’est de faire connaître la ville de Bourges. Mes fonctions parisiennes m’y aident beaucoup. On commence à dire qu’à Bourges, il se passe des choses, sans trop savoir ce qui s’y passe. C’est important. Mais tout est à créer, c’est ça qui est passionnant ! Pour ça, je n’ai pas besoin de moyens. C’est quasiment philosophique, j’en parle beaucoup avec Alain Madelin.

Où en est le haut débit à Bourges ?
J’ai toujours un très gros projet qui est le câblage de la ville, qui a subit un sacré coup d’arrêt à cause des problèmes actuels des Télécom et de la crise du 11 septembre. Et ça m’embête beaucoup. Ce n’est pas remis en question sur la volonté de le faire, mais seulement sur les moyens pour y parvenir. Nous avions trouvé une solution idéale pour la ville de Bourges puisqu’elle n’avait pas à investir dans le génie. On est toujours en voie de trouver d’autres solutions à celle qui nous avait été proposée et qui n’a pas pu être faite en raison des problèmes financiers de la boîte qui devait le faire. J’ai été un peu déçu par ce coup d’arrêt, car c’était la première décision que j’avais prise à mon arrivée puisque l’on entendait parler du câblage de la ville depuis dix ans et que rien n’avait été fait. Je voulais vraiment que cela se fasse très rapidement, mais cela prendra plus de temps. Mais ce sera fait ! Sur quelle technologie ? On est encore en train de se poser la question. Il ne faut pas se planter. Mais la priorité, c’est de faire venir du très haut débit concurrentiel à l’ADSL.

Il y a quand même une grosse partie du travail qui a été faite...
Pour le coup, c’est un problème politique. Ce qui se passe actuellement avec la Région Centre est assez symptomatique de sa vision centralisée et étatique des choses. La région a lancé il y a deux ans un projet d’irrigation à très haut débit sur tout le territoire régional. Jusque là, je dis bravo. Sauf que cela ne concerne que le public, c’est-à-dire, lycées, collèges , hôpitaux, collectivités, municipalité. Cela reste en groupement fermé d’utilisateurs. Peu de monde peut en profiter. On perd un intérêt énorme à ce truc-là ! C’est une logique qui est en train de se mettre en place en France et qui va droit dans le mur ! A titre d’exemple, nous terminions actuellement de mettre en réseau les bibliothèques de la ville. Lorsqu’il a été question de rattacher la médiathèque de Bourges, - ce qui n’est pas une hérésie quand même ! - cela a été un levé de bouclier de l’Université par ce que ce n’est pas une bibliothèque universitaire ! Vous voyez, on est toujours dans des bastons "politique contre administration", volonté de rester sur son "quant à soit" plutôt que d’ouvrir à tout le monde !

J’ai cru entendre qu’il y avait en gros 5000 internautes à Bourges. Ça représente beaucoup ou pas ?
Ce sont des chiffres très compliqués à avoir puisque c’est France Télécom qui les détient pour une grande part et qu’ils sont avares d’informations (rires) ! Mais ce chiffre est à peu près juste. C’est pas mal. Ce qui m’encourage, davantage que le nombre d’internautes berruyers, c’est le foisonnement d’initiatives, la volonté de chacun d’avancer sur le sujet et la prise de conscience pour beaucoup que l’internet doit être un des atouts pour le développement de Bourges. Je fais partie de quelques associations nationales qui s’occupent de l’internet, et je pense pouvoir dire que la ville de Bourges n’est pas en queue de peloton. Par exemple, le Chat que l’on a fait avec le maire de Bourges Serge Lepeltier, a été repris au niveau national. C’est peut être du détail. Mais ça montre quand même la volonté du maire de s’impliquer. C’était une façon différente de faire de la politique. Je me bat pour ça, alors j’étais vachement content que l’on puisse le tester en grandeur nature ici !

Le maire voulait davantage de démocratie directe en organisant des référendums, il ne l’a pas fait, mais le Chat s’y est peut-être substitué ?
Les référendums, il en fera peut-être ! Je suis un grand partisan de la démocratie électronique. J’ai participé à de nombreux colloques, j’ai beaucoup travaillé là-dessus. Il y a plein de choses à faire ! Vous allez voir très prochainement la droite française se servir des technologies de l’information de façon innovante en France. Je ne vais pas trahir de secrets, mais il y aura un vote pour le président de l’UMP, les statuts et le logo, qui se fera dans toutes les villes de France, via internet, par vote sécurisé avec elections.com qui s’est occupé du vote en Arizona du parti Démocrate. Si on fait ça au niveau national, il sera plus facile à des gars comme moi de "vendre" ça à leur maire pour faire du référendum local. Tout ça est en gestation.

L’internet est pourtant en nette perte de vitesse en France...
Le gros problème est un problème national et même international de développement du réseau dans la mesure où la crise des équipementiers a freiné la généralisation du haut débit dans le pays. C’est un libéral qui vous le dit : il va falloir quand même réfléchir sérieusement à avoir une vraie volonté politique d’aider le secteur privé à irriguer le territoire. Je travaille avec quelques-uns là-dessus en ce moment. Si Bourges peut être une ville test, elle le sera ! Il faut que l’on apporte notre aide au rebondissement du secteur parce que c’est lorsque l’on parviendra à offrir du haut débit abordable pour la population que l’on pourra créer un secteur économique performant. Il y a eu la montée des années 98-2000 dans l’euphorie totale d’internet qui était d’ailleurs beaucoup plus agréable que maintenant. On a ensuite viré la barre à l’opposé en disant que l’internet était une vaste fumisterie... il n’empêche que le réseau fait partie du quotidien des gens. Il faut absolument l’aider à le développer. Ce n’est pas maintenant que ce n’est plus à la mode et qu’il y a eu des abus spéculatifs énormes qu’il faut l’occulter. Il y a quand même un enjeu au niveau de l’emploi. C’est quand même plus valorisant de travailler dans les NTIC qu’ailleurs ! Il faut que l’on ait une volonté politique par rapport à ça. C’est pour ça que je tenais à avoir que ce rôle là ici. J’aurais très bien pu être maire-adjoint aux nouvelles technologies et à l’enseignement supérieur, mais je pense qu’il était important de montrer que l’on ne voulait pas "gadgétiser" le truc.

La perte de vitesse n’est pas seulement économique ou technologique : le contenu des sites est de plus en plus pauvre. A Bourges, aucun berruyer n’a eu l’idée de monter une page personnelle dédiée à la Cathédrale Saint-Etienne, patrimoine mondial de l’UNESCO...
C’est clair. Cela provient aussi du manque de formation des gens. Je commence à connaître un peu le tissu internet de la ville et des auteurs de pages personnelles. En 2003, nous allons créer des espaces publics numériques, on va doubler le nombre d’ordinateurs à la médiathèque, on va créer un espace de cinq à dix ordinateurs à la bibliothèque des Gibjoncs et un espace de 5 à dix ordinateurs au CCAS au Val d’Auron.

Cela représente combien de postes en libre accès que vous avez créé ?
Cela fera une quarantaine de postes sans compter l’IMEP qui dispose d’une trentaine de postes. Mais plus qu’une simple mise à disposition, nous avons la volonté de faire un effort sur la formation. La formation internet, ce n’est pas seulement être ingénieur ou savoir uniquement envoyer un mail. Il y a entre les deux, toute une panoplie de choses à faire. La conception d’un site, le graphisme, la recherche... Il faut former à tous les niveaux. Je ne veux pas que ce soit un gadget. Je veux vraiment que les gens comprennent qu’il y a plein de choses à faire avec l’internet. C’est à ce moment qu’il y aura davantage d’initiatives de la part des berruyers. Il faut se servir des jeunes de l’ENSI et de l’IUT pour les intégrer dans la ville et leur demander d’utiliser quelques heures de leur temps pour former les débutants. J’ai vu à mon premier meeting en 2001 à la Chancel’, 800 personnes d’une moyenne d’âge de cinquante-soixante ans éberluées lorsque j’ai pris la parole pour leur parler de l’internet !
Par rapport à la cathédrale, j’ai abordé le sujet avec le responsable du diocèse à propos d’une visite virtuelle. C’est un projet. Je voudrais mettre une web-cam en haut de la cathédrale. Ça aurait de la gueule ! Mais avant d’obtenir les autorisations...

Une expérience a été menée dans les écoles primaires du Limousin qui consiste à donner des ordinateurs portables aux enfants d’écoles primaires. C’est quelque chose qui va dans le sens de ce que vous souhaitez ?
Oui, c’est dans le Limousin, je crois. C’est effectivement quelque chose de très intéressant. Les enfants, ce sont des éponges, les initier très tôt à l’utilisation des micro-ordinateurs est une très bonne chose. Je suis émerveillé de voir des gamins de 12 ou 13 ans qui maîtrisent le "php", qui sont techniquement très forts et qui parviennent grâce à cela à donner libre cours à leur imagination. L’intervention dans les écoles est primordial. Il faut que les écoles soient informatisées, que les salles informatiques ne soient pas des lieux fermés accessibles uniquement pendant les heures de cours. Mais donner à tous le monde un ordinateur, ce n’est pas évident, c’est super cher. Il y a au collège Littré un professeur excellent, M. Pons, qui a créé une classe informatique en 4ème avec environ 35 élèves qui sont capables de faire des choses épatantes. Ces mômes sont vraiment bons et ils s’éclatent ! C’est à partir de cet âge qu’il faut travailler.

1ère partie : "l’internet n’est pas un gadget !"

2ème partie : vers une élite européenne de la sécurité internet...

3ème partie : action publique contre la crise de l’internet

commentaires
> Aurélien Sallé (1ère partie) : "l’internet n’est p - Mtbxc - 17 octobre 2002 à 22:18

Il faut quand meme se rappeler que c’est la France qui a invente la roue, le minitel & l’internet......


#400
> Aurélien Sallé (1ère partie) : "l’internet n’est p - webmaster - 16 octobre 2002 à 09:34

Fort instructif cet entretien où l’on apprend que les finances de la ville "qui ne sont pas évidentes" (ce qui est de toute évidence vrai a regarder l’endettement de la ville par habitant (11000 en 2002 contre 9000 en 1999)). C’est un adjoint de M Lepeltier qui le dit publiquement alors qu’il y a 15 jour ce dernier affirmait que les finances sont saines. Il y a manifestement des problèmes de communication entre les élus de l’UMP comme il le dit par cette phrase magnifique : "une équipe municipale, c’est forcément hétéroclite bien que nécessairement homogène"

Pour ce qui est des projets de M Sallé, beaucoup sont louables, mais il les avance depuis son élection et comme il le souligne il ne dispose pas de budget et l’heure actuelle est à la baisse de 14% des frais de fonctionnement de la ville, à la baisse de la charge salariale de la ville, alors parler d’investissement ?
Je crains que de disposer "de beaucoup de moyens psychologiques et volontaristes, mais pas de moyens financiers" soit un peu léger pour pour s’occuper d’avenir alors que la ville régresse, les services aux Berruyers diminuent, leur qualité stagne ou baisse.


Voir en ligne : PCF Bourges
#392
> Aurélien Sallé (1ère partie) : "l’internet n’est p - Patrick - 15 octobre 2002 à 14:57

Surfer sur le net, regarder des bases de données et raconter sa vie et partager des infos c’est bien, mais en quoi cela peut faire avancer l’emploi dans la région. Car tout le monde ne peut travailler à la construction d’un site, à la recherche de la sécurisation des réseaux et l’évolution des produits informatiques. Exemple : sur le Cher il n’y a preque plus d’apprentis boucher, ouais cela peut faire sourire mais c’st une réalité et cela ce n’est pas le net qui va attirer les jeuuunes vers ce métier, et c’est pareil pour une grande partie de l’artisanat. A lignières un artisan à acheté des logements qu’il a renové pour loger son personnel et être sur qu’il reste dans l’entreprise...etc...

Que les nouvelles technologies permettent aux entreprises de faire passer l’information c’est une chose, créer de l’emploi c’est autre chose.

Je travaille dans un Syndicat d’Aménagement d’une Ville nouvelle, le discours est le même, on meuble sur les nouvelles technologies et les jeunes sont en bas des escaliers...

Bon, je m’énerve encore, il sont gentils ces politiques, mais je voudrais bien entretenir en appartééé avec le responsable du service informatique de la ville, je crois que cela serais intéressant, parce que souvent entre le discours et la réalité...


#390