EDITORIAL FEVRIER 1998

La nausée.

dimanche 1er février 1998 à 00:00, par Charles-Henry Sadien

Il n’y a pas que François Mitterrand qui ait connu des périodes peu glorieuses dans sa vie. Tout petit, je fantasmais sur les culottes rouges et jaunes à petits pois de Dorothée, je ne loupais pas une émission du Jacky Show, de Récré A2, et ma série favorite devait - être Agence tout risque. Avec moins que ça, des parents normalement constitués s’interrogent sur la santé mentale de leur progéniture. Mais le pire (est-ce possible ?) était à venir.

Car soudain, Troisième sexe a envahi les ondes radio. A la télé, dans toutes les émissions de variété, on voyait quatre drôles de personnages, les cheveux en pétard, les boucles d’oreilles assorties au rouge à lèvre, chantant d’incompréhensibles (pour mon age) histoires de garçons avec des vagins et de filles avec des machins, qui se prennent la main. En tout cas, ça avait l’air vachement destroy !Il faut dire que les Berruriers Noirs et autres Garçons Bouchers étaient interdits de médias. Le groupe Téléphone ayant jeté l’éponge, Indochine devenait LE groupe rebelle institutionnel. Et comme j’avais déjà l’esprit tordu, j’ai rackété tous mes camarades de cours de récréation pour m’offrir l’album de mes rêves, celui avec une belle pochette représentant une fleur fanée. A l’époque, je croyais que la musique, c’était ce que l’on écoutait en branchant son poste de radio. A mon jeune age, j’avais bien le droit d’être ignorant, non ? En revanche, lorsque l’on est préfet, même durant la seconde guerre mondiale, et que l’on collabore avec les nazis, on n’a pas le droit d’invoquer l’ignorance pour se dégager de toutes responsabilités dans des crimes contre l’humanité. Jusqu’au bout et sans le moindre remords, monsieur Papon aura persisté avec une rare indécence à rejeter toutes accusations en bloc, affirmant même avec une mauvaise fois insultante pour les familles des victimes de cette sinistre période, que dans le fond, il fut un grand résistant. Papon est le champion de l’humour nazi. Si Indochine passait du côté du Printemps de Bourges, j’avoue que je serais tenté secrètement d’y faire un petit tour. Mais, il ne faut pas confondre conditionnement et nostalgie morbide. Et puis, je n’ai jamais joué dans le groupe, moi. Dans ce procès, Papon parvient à faire vomir de dégoût les descendants de ses victimes. Et dire qu’après la libération, de nombreux fonctionnaires abjectes tels que lui sont parvenu à se recaser dans des ministères, ont occupés de hautes fonctions, ont obtenu pouvoir et respect... Décidément, il y a quelque chose de pourri dans la république. Que peut-on souhaiter à Papon ? La perpétuité ? La mort dans d’insoutenables souffrances ? Rien. On ne lui souhaite rien.