Ma mauvaise réputation.
Il y a des choses que l’on traîne comme un boulet depuis de nombreuses années, et dont on ne se souvient plus vraiment des fondements. Une phrase malheureuse, une blague idiote... que sais-je ? Moi, depuis l’époque regrettée du collège, et peut-être même de l’école primaire, il parait que je suis un « sadomaso ».
Au début, c’était rigolo : j’en rajoutais toujours un peu, répondant présent dès qu’il s’agissait de parler de choses scabreuses, faisant l’apologie des bas-fonds (de culottes bien entendu), ou exhibant fièrement le petit manuel de « L’amour à mort » dérobé à mes parents dès qu’ils avaient le dos tourné... - et retourné dans tous les sens d’ailleurs. (Mon diable ! Je suis affreux !) Mais lorsque l’on vous présente à une inconnue en lui disant « tu sais, c’est celui qui se lacère
de coups de couteaux, en se laissant faisander au soleil, qui ne jure que par les supplices de la sédimentation orgasmique par application de la technique du hachoir » et qu’elle répond avec un mépris non dissimulé, « ah, oui, le déséquilibré qui se prend pour un cendrier »... vous comprenez que ce ne soit plus très flatteur. Et le pire est à venir quand une heure après je me retrouve mennotté aux barreaux du lit d’une chambre d’hôtel sordide, forcé d’avaler la macédoine intestinale de ladite inconnue, pendant que par d’impressionnantes et périeuses figures acrobatiques elle parvient a dégobiller sur mon totem tout penaud (sacrilège !!!). Eh bien, croyez-moi, ce n’est pas rigolo ! « Tu me fait vomir ! Tu ne vaut rien ! Tu n’es qu’une crasse, de la souillure de chimpanzé, une raclure, de la poussière de macchabé, je vais t’apprendre à obéir ! » Je ne sais pas si c’est pareil pour vous, mais ce genre de déclarations amoureuses prononcées au milieu de gros trucs marrons écrasés, de flasques flaques vertes pâles, de caillots de sangs, de seringues remplies d’urine (qui me sont destinées), par une odeur pestilentielle... cela ne me stimule pas beaucoup. Mais à quoi bon fuir si c’est pour vous faire traiter d’impuissant en pleine rue au milieu de sexagénaires moqueurs qui se rendent à la pharmacie pour acheter des préservatifs à l’anus par boites de cinquante !?
Non. Au risque de décevoir, il me faut bien l’avouer : je suis quelqu’un de tout à fait ordinaire. Je suis même un hypersensible qui a besoin de beaucoup de tendresse. Ma dulcinée l’a bien compris, elle qui a la peau si douce, dont le regard langoureux en ferait chavirer plus d’un. Elle n’a pas besoin de me parler pour que je la comprenne, entre-nous c’est une complicité sans faille. Et nos relations amoureuses sont tout ce qu’il y a de plus traditionnelles. En plus, elle n’est pas dépensière, ce qui pour l’auvergnat que je suis est fondamental. Aaah ! Ma petite Lucette ! Tu es irremplaçable. Bien sûr, j’aurai pu m’acoquiner avec l’une de ces déesses qui attirent toutes les convoitises masculines au Salon de l’Agriculture de Paris, mais je préfère la simplicité à la sophistication de corps façonnés aux amphétamines et à la testostérone.
La morale de l’histoire, c’est qu’il vaut mieux ne pas trop cultiver sa mauvaise réputation, elle fini toujours par vous dépasser. Prenez le maire de Bourges, Serge Lepeltier. Au hasard. C’est un sadomaso à sa manière. Certains disent qu’il fait n’importe quoi et lui, pour ne pas faillir à sa réputation, il regorge d’originalité pour se rendre encore plus ridicule. Et bien entendu, une certaine presse ragoûtante ne se gène pas pour le discréditer davantage (est-ce possible ?). Heureusement à l’Agitateur, nous ne sommes pas comme cela. Nous nous en tenons aux faits, et exclusivement aux faits, avec une extrême rigueur comme vous pourrez le constater ce mois-ci encore.
Ne croyez pas cependant tout ce qui est écrit à mon sujet, même si vous constatez l’emploi de la première personne du singulier. Avis aux coincés du rectum. Et puisque les vapeurs du Printemps ne se sont toujours pas estompées en ce qui me concerne, je le dis sans honte : beah glagna blablaburk. Vivent les vaches et le site internet de Jean-Louis Murat.