A Bourges, Giat Industries sera amputée de 233 emplois
Ce sont des sentiments mélangeant colère, incertitude du lendemain et résignation qui ont accompagné l’annonce de la suppression de 233 emplois sur le site de Bourges de Giat-Industrie, visant à rendre cette entreprise « rentable et compétitive » d’ici 2006, d’après sa direction nationale. L’heure est à la mobilisation des salariés et syndicats, qui entendent, selon leurs propos « refuser l’inacceptable ».
Giat industries a présenté son sixième plan « de restructuration » aboutissant à 3750 suppressions d’emplois, dont 233 sur le site de Bourges, spécialisé en systèmes d’armes et de munitions, et composé de bureaux d’études. Selon le site officiel de Giat (www.giat-industries.fr), « ce projet vise à pérenniser l’entreprise en lui conférant une dimension, une compétitivité et une réactivité adaptées à l’armement terrestre ».
En 2002, Giat Industries représentait 777millions d’euros de chiffre d’affaire et 2360 millions d’euros de carnet de commandes. (Source Giat Industrie)
Le PDG Luc Vigneron a expliqué ces mesures drastiques au niveau de l’emploi, par des « pertes financières dues à la surcapacité chronique de l’entreprise », mais aussi par l’achèvement du programme de construction des chars Leclerc, alors qu’aucune nouvelle commande de la France et de l’Arabie Saoudite ne serait à espérer à court ou moyen terme. Les restrictions budgétaires du gouvernement pour la défense et plus particulièrement pour l’armée de terre ont été également mis en cause.
Pour sa part, Michèle Alliot Marie, ministre de la défense, a déclaré, selon les propos rapportés par l’AFP, que le personnel serait « reclassé », les fonctionnaires se voyant proposer un poste au ministère de la défense tandis que les ouvriers sous décret devraient recevoir « plusieurs solutions de reclassement parmi lesquelles deux dans la Fonction publique, dont une au ministère de la Défense ».
Au plan national, Giat-Industrie passera de 6262 salariés à 2500. A Bourges, les effectifs qui étaient encore de 2160 salariés en 1988 devraient être réduits à 576.
Les maires des villes des différents sites concernés ont presque unanimement condamné ce plan de restructuration bien qu’ils soient pour la plupart de la même famille politique que le gouvernement (UMP). Seul le maire de Bourges Serge Lepeltier (UMP) a tenu des propos contradictoires dans les colonnes du journal local Le Berry Républicain, craignant d’abord qu’il s’agisse d’un « remède de cheval » qui « risquait de tuer le malade », mais ajoutant aussi qu’il considérait cela comme « la seule solution viable actuellement » et comme « une véritable stratégie industrielle qui portera à terme ses fruits ».
Par voie de presse, les salariés du site berruyers ont fait part de leur désarroi. « En 1989, nous étions à 17000 salariés, on passe à 3000. On était un groupe, on est en train de devenir un PME ! », déplore l’un d’entre-eux dans La Nouvelle République du Centre-Ouest où l’on peut lire également qu’un ingénieur d’étude de l’entreprise fustige le gouvernement accusé de se comporter « en actionnaire », mais aussi l’Europe : « on nous parle d’Europe alors qu’il n’y a pas de cohésion politique. Giat est isolée en Europe. Tout le reste de l’industrie de l’armement est sous tutelle américaine. »
Cette nouvelle vague de licenciement touche à nouveau durement l’économie de Bourges et du département du Cher avec notamment les plans sociaux de Labelle et Matra, et avant le transfert de l’imprimerie du Berry républicain à Clermont-Ferrand, suite à des changements stratégiques du groupe Centre-France qui entend standardiser davantage l’information pour les quotidiens qu’elle possède, comme l’a rappelé le député communiste Jean-Claude Sandrier dans un communiqué de presse… partiellement censuré par le journal concerné.
Sur le site internet de la CGT-Giat (www.cgt-giat.fr), le ton est alarmiste : il est question d’un « véritable massacre », le plan présenté par M. Vigneron y est qualifié « d’assassin ». Le syndicat lance un appel aux salariés qui « doivent hausser le ton et multiplier les actions en direction des politiques et des directions de centres. » Le 16 avril, les salariés sont appelés à manifester à Paris « pour interpeller le gouvernement ».