Nous ne sommes même pas libres de notre propre mort.
Je suis démoralisé. Il est des jours où il vaut mieux rester au lit. Et d’autres, où il aurait mieux valu se lever comme un automate, en allant au turbin, sans réfléchir. Je vais finir par croire qu’il faut vivre en se bouchant les oreilles, en fermant les yeux, en se coupant du monde.
Au début, il s’agit d’une savoureuse provocation : en pleine période de débat sur la violence, la radio de service public France Inter, décide de réaliser une série de reportage sur les violences policières à Toulon, histoire peut-être d’élargir le débat. Car il est vrai que l’on a un peut trop tendance à oublier que la violence n’est pas le fait que de petits caïds de banlieue. Les récits sont effarants à un tel point que l’on fini par n’avoir plus qu’une envie : se tirer une balle dans la tête avant qu’un ce ces gardiens de la paix ne se charge de la besogne.
Morceau choisi : un jeune maghrébin se retrouve au commissariat. Le reportage ne nous dit pas trop pourquoi. Sans doute une histoire de délinquance ordinaire. Toujours est-il que le policier, excité, pousse le gamin dans les toilettes, lui enlève les menottes (mais pas la culotte) et lui dit : « maintenant, défend toi ! ». L’autre s’énerve : « vous êtes un raciste ! ». Pluie de coups de la part du policier. Le gamin ne réplique pas : il sait ce que coûte des coups et blessures sur un représentant de la force. Un autre policier surgit, et fermement lance à son collègue « Bon, allez, ça suffit maintenant !!! ». Le jeune effectue une première plainte. Classée sans suite. Actuellement, il n’en démord pas et s’est porté partie civile. Entre nous, je me doute déjà de l’épilogue de cette procédure. Interrogé, un responsable de la police Toulonnaise s’emporte : « mais enfin ! Pourquoi diable agirions nous ainsi !? Il y a des lois dans ce pays. La police a une déontologie. Chacun sait ce qu’il risque s’il outrepasse ses fonctions ! »
Une petite dernière pour la route, histoire de se donner un peu de force pour se suicider ? Une famille fait appel à la police : leur fils, invalide à 80% est en pleine crise de démence. Les policiers débarquent en nombre, menottent le jeune dément, mains dans le dos, et l’amènent sur le balcon pour une petite séance de coups de matraques. C’est l’hiver. Il fait plusieurs degrés en dessous de zéro. La famille, sentant que l’intervention présente un caractère excessif, supplie les policiers d’arrêter. Ceux-ci abandonnent le jeune homme pour discuter avec les parents et les rassurer : ils contrôlent la situation. Pourtant, lorsqu’ils viennent récupérer l’enfant dément, il est tout violet, tout raide. « Votre fils est mort ». Bavure ? « C’était un forcené ! Une force de la nature ! Il était très dangereux ! Il aurait pu tuer les policiers qui sont intervenus ce soir là ! ».
Il faudra que je songe à m’abonner à Picsou Magazine nouvelle formule. A l’heure ou le bon bourgeois est au lit, lorsque je m’enfonce dans le vieux Bourges comme on s’enfonce dans le Bronx, je n’ai plus qu’une crainte : me faire buter non pas par un voyou, mais par un policier. Un voyou de policier.