Le meilleur des mondes.
Est-il possible d’imposer la démocratie à coup de bombes ? Certes, ceux qui s’indignent aujourd’hui de l’intervention militaire des États Unis et de ses satellites dociles, en République Fédérale de Yougoslavie, sont aussi ceux qui fustigeaient hier l’attentisme des grandes puissances européennes dans les évènements tragiques de Bosnie.
Pourtant, même si on ne saurait défendre les agissement d’un homme comme Slobodan Milosevic qui a construit son régime ultra nationaliste sur les ruines du communisme, l’emprise toujours plus forte des États Unis dans les relations internationales qui se manifeste encore aujourd’hui est inquiétante.
Gendarmes du monde, disent-ils ? Un gendarme qui ne respecte même pas les lois les plus élémentaires du droit international. Un gendarme incapable de balayer devant sa porte, puritain, où la xénophobie a tendance à s’institutionnaliser, où les miséreux, traqués, se cachent dans les bas fonds d’un océan de richesses où nagent quelques requins qui règnent en maîtres. Un gendarme pour qui la justice passe par la peine de mort. Un gendarme enfin, qui a force d’utiliser des mots comme « démocratie », « liberté », « droits de l’Homme », en a oublié la véritable signification.
Et l’Europe dans tout ça ? L’Europe se montre incapable de régler elle même un conflit qui porte sur un territoire représentant tout juste deux départements français. Ceci dit, ces bombardements ne prêteraient pas autant à discussions s’ils étaient réellement efficaces. L’OTAN, nous dit-on est en guerre contre Milosevic, pas contre son peuple. On a déjà entendu ce genre de discours du côté de l’Irak. Résultat ? Les irakiens meurent à petit feu, et M. Hussein a vu son pouvoir renforcé, jusqu’à être considéré comme un héros. Lorsqu’un pays subit une agression extérieure, sa population se soude toujours à son président ou son roi, puisse-t-il être un dictateur ne respectant ni son peuple ni ses voisins. On aimerait avoir tord, mais les faits sont là.
L’intervention de l’OTAN n’a eu pour effet que de durcir la politique de Milosevic, avec à présent le soutient de son peuple, et faire fuir des dizaines de milliers de personnes de leur pays. On a tout juste eu le temps de crier « quelle connerie cette guerre », que l’on se retrouve obligé de se faire plus royaliste que le roi en réclamant l’envoi de troupes au sol, à l’image de Serge July qui dans Libération a eu ces mots terribles « il n’y a rien de pire qu’une demi guerre ».
Nous sommes en plein délire. Celui du roman futuriste d’Aldous Huxley, Le meilleur des mondes, décrivant une dictature nommée « démocratie », qui au nom du bonheur commun était en guerre avec tous les pays du monde, et, à l’intérieur même de son territoire, transgressait les libertés individuelles, tuait, déportait, contrôlait tout, jusque dans les pensées.
A L’Agitateur, on n’a pas l’habitude d’avoir le cul entre deux chaises. Mais là, franchement, tout ceci me dépasse. Je n’ai pas envie d’aller manifester au milieu de militants Front National et de nationalistes serbes qui réclament l’arrêt des offensives de l’OTAN. Je n’ai pas envie d’avoir l’air d’un idiot de pacifiste qui n’a que le mot « paix » à la bouche, même si cela a pour effet de voir des gens traités comme du bétail. Mais, les bourrins qui vont tester leurs armes chirurgicales au nom de la liberté et de la démocratie ont sur moi un effet plus horripilant encore qu’un cours d’éducation civique donné par un instituteur pédophile ou la vue du maire de Bourges feuilletant Penthouse au kiosque à journaux de Carrefour.
Alors ? Alors, la situation est très simple, finalement. Voici au terme d’une réflexion très poussée, mon point de vue sur le conflit au Kosovo. Une prise de position bien nette, sans ambiguïté, un engagement radical et courageux, qui prouvera une fois de plus que je n’ai pas l’habitude de me défiler : il y a des moments où l’on se sent vraiment très con.