ÉDITORIAL SEPTEMBRE 2000

Avis aux amateurs.

vendredi 1er septembre 2000 à 00:00, par Charles-Henry Sadien

A l’instar du parti communiste français, L’Agitateur poursuit sa longue mutation. Sauf qu’il n’est pas ici question de ne garder que la marque et l’emballage pour y mettre une bonne dose de langue de bois et d’opportunisme, un zeste de quête de respectabilité et une pincée de lâcheté.

Rassurez-vous, depuis la création du site en 1997, les grands principes fondateurs n’ont pas été (et ne seront pas) reniés : irrévérence, libre expression, refus de toutes formes de collusions, engagement sans limite dans la lutte contre les idées d’extrême droite (hélas souvent reprises par les partis « respectables »), volonté d’ouvrir des débats et d’inciter les internautes de Bourges et d’ailleurs à réagir. Ça vaut ce que ça vaut, mais cela s’appelle « L’Agitateur », et non « Le Tout Mou Magazine ».

Même dans une ville de moins de 100.000 habitants, il y a des sujets plus intéressants à traiter que la dernière foire à la brocante ou l’état des trottoirs dans l’impasse de la poissonnerie. C’est sans doute encore plus vrai aujourd’hui avec la perspective des élections municipales qui s’annoncent à Bourges particulièrement animées.

En raison de ces échéances, quelques aménagements au niveau du contenu rédactionnel ont été adoptés. Tout d’abord, les deux rubriques caustiques « Les Temps sont Durs » et « Les Nouvelles du bourge’ » ont été supprimées. Le projet émane en fait de juin 1999. La formule nous semblait souffrir largement d’un phénomène d’usure et d’une capacité de renouvellement très improbable. Cependant, il s’est avéré que le moment était mal choisi : les pressions exercées par le maire de Bourges s’étant accrues, nous ne souhaitions pas donner l’impression de céder aux tentatives d’intimidation. Cela nous a d’ailleurs amené à en rajouter un peu. En gros, si vous avez eu droit à une année supplémentaire de Nouvelles du bourge’, c’est grâce (ou à cause) de notre souverain M. Serge Lepeltier. Il pourra au moins mettre ça à son actif dans son bilan pour les municipales de 2001.

En revanche, nous avons mis en place plusieurs nouvelles rubriques qui ont pour objet de couvrir au mieux les évènements de la vie locale. Ainsi, notre « Carnet de Campagne » a pour but d’informer sur le contenu des programmes des uns et des autres au travers des réunions et rencontres avec les habitants organisées par les candidats. Il s’agira ici de s’extirper de la toile de superficialité soigneusement tissée par les responsables en communication de chacun, pour délivrer une information à l’état brut et donner ainsi les moyens à chaque internaute-citoyen de savoir à tout moment qui propose quoi, tout en gardant son libre arbitre. Autre nouveauté, la mise en place d’un espace « Opinions » en rubrique Cogit. Personnalités et anonymes y seront sollicités pour donner leur point de vue sur des sujets d’actualité locale et nationale. Les internautes sont appelés à participer au débat par leur propre contribution. Le caractère volontariste des intervenants vise à éviter l’écueil de la technique du micro trottoir où les personnes interrogées sont en quelque sort "forcés" de se prononcer sur des sujets dont ils ne se sentent pas forcément concernés et dont ils n’ont aucun avis pertinent à formuler.

En outre, en rubrique Cultu, nous mettons cette année en place un agenda culturel qui sera agrémenté d’articles d’ambiance, histoire de montrer aux non-résidents que l’on se marre quand même bien en pays biturige.

Pour le reste, vous retrouverez les dossiers de L’Agitateur, les résultats sportifs de nos footeux, rugbymen et basketteuses, nos repérages discographiques, cinématographiques et littéraires ainsi que notre revue de presse, toujours très consultée. Si tout cela apparaît de prime abord très sérieux, vous devriez pouvoir constater qu’en pratique, le ton restera toujours aussi décalé et éloigné du ronronnement quotidien de la presse officielle, celle qui est répertoriée dans le Médiasid 2000 édité par le service communication du gouvernement et dont nous ne faisons heureusement pas partie.

Nous vous rappelons que L’Agitateur fonctionne en autogestion, qu’il n’est pas subventionné, et demeure imperméable à la publicité. Il serait donc dommage de ne pas profiter d’une plus grande indépendance sur d’autres titres. Ainsi, ce mois-ci, nous vous proposons en rubrique Liens, un reportage sur un ancien berruyer expert en drogues de toutes sortes, spécialiste des musiques électroniques et dont le grand projet est de changer définitivement de sexe. De ses trois centres d’intérêts, il a réalisé trois excellents sites web, dans lesquels il nous fait part de ses connaissances et de ses expériences. Adeptes du partage des savoirs, nous ne pouvions pas manquer de vous faire découvrir ce personnage. C’est tout de même mieux qu’un article de complaisance sur des copains qui organisent un concert, une expo ou un tournois de boules de pétanque, comme cela se pratique régulièrement dans la presse quotidienne régionale, non ?

Revers de la médaille d’un système d’autogestion, nous ne pouvons bosser huit heures par jour et nous substituer complètement à une rédaction de cinquante personnes. Néanmoins, conscients que L’Agitateur représente le seul site à vocation informative dans le département du Cher, nous essayons de faire le maximum et invitons les plus motivés d’entre-vous à nous rejoindre. Plus on est de fous, plus on rigole. Pas d’ambiguïté cependant : nous recevons des curriculums de journalistes en provenance de tous les coins de l’hexagone intéressés par la démarche du journal, mais il ne nous est hélas possible d’accueillir que des personnes s’investissant bénévolement...jusqu’à ce que l’on empoche la cagnotte de Qui veut gagner des millions.

Même si les techniques ont évoluées, L’Agitateur s’inscrit donc dans la tradition révolutionnaire des publications de 1789 : un journal fait par le peuple et pour le peuple. Les bons bourgeois peuvent trembler : demain, nous viendrons peut-être frapper à leurs portes pour réclamer poliment leurs têtes. En tout cas, L’Agitateur est une barricade de mots qu’il va être bien difficile de faire voler en éclat. Avis aux amateurs.