Les limites de la manipulation.
C’est sur fond de campagne municipale que la polémique sur l’aménagement du site Pré-Doulet bat son plein. « Le Centre-ville est-il en train de périr ? ». C’est la question que se posent les commerçants et les berruyers dans leur ensemble. La mise en liquidation des Nouvelles Galeries est sans doute un élément de réponse.
Ironie du sort, quelques semaines plus tôt, le très droitier journal Le Figaro sortait un numéro spécial sur le « dynamisme de Bourges et son art de vivre ». Bien entendu, tout cela avait été savamment orchestré par le maire Serge Lepeltier, qui s’est lancé en pleine campagne électorale. D’où l’impression d’un net décalage entre la réalité de tous les jours et l’image que certains essayent de véhiculer non sans intéressement.
Aujourd’hui, une campagne électorale se base davantage sur un jeu de manipulations que sur des idées. Avec Serge Lepeltier, c’est cette logique qui est poussée à outrance. Son slogan de campagne est très évocateur : « Allons plus loin avec Serge Lepeltier ». On croyait être arrivé au bout de la bêtise, mais apparemment, ce n’est pas encore le cas. Ça fait frémir...
Dans ce projet du Pré-Doulet, la municipalité commet de toute évidence une grave confusion entre culture, tourisme, loisirs et commerce. Cependant, l’idée de ne pas réduire le centre-ville à la seule rue moyenne n’est pas forcément une mauvaise chose. Ceci dit, l’implantation d’une concurrence accrue avec l’arrivée d’enseignes nationales suppose au préalable que les commerçants indépendants aient les reins suffisamment solides pour le supporter et profiter ensuite d’un nouvel élan pour se développer. Ce n’est visiblement pas le cas.
L’aménagement du Pré-Doulet s’est fait une fois de plus sans véritable concertation. Aucune réflexion de fonds ne semble avoir été menée. Il s’agit avant tout de servir les intérêts d’un seul homme dont la démagogie et le cynisme n’ont décidément plus de limites. Serge Lepeltier a compris depuis longtemps qu’un projet pour avoir de nouvelles infrastructures, des musées, des galeries d’art, des stades de foot et des salles de spectacles, était beaucoup moins porteur aux yeux des électeurs, que l’implantation d’un grand magasin. Que cela déstabilise l’économie locale est bien le moindre de ses soucis.
Les résultats de cette stratégie sont évidemment catastrophiques. C’est d’autant plus vrai que la FNAC n’a jamais été en mesure de jouer son rôle de locomotive : les quelques petites animations qui ont pu y être organisées avaient un caractère tellement pitoyable que l’on se serait cru dans une grande surface de type Continent ou Carrefour. On dira ce qu’on voudra, mais une FNAC qui accueille des chanteurs de supermarché, ce n’est pas une FNAC.
Quant au cinéma Multiplex, il n’a pas tenu lui aussi ses promesses. La programmation est bien trop racoleuse et la rotation des films bien trop limitée pour éveiller un quelconque intérêt de la part des vrais cinéphiles. Seul point positif : les spectateurs se sont réfugiés au cinéma de la Maison de la Culture, estampillé malicieusement pas les responsables de cette vénérable institution « seul cinéma du centre-ville » ! Là encore, c’est à la fois rigolo et terrifiant.
C’est à grand coup d’affiches grand format, de tracts en couleur, d’interventions plus ou moins incongrues dans les médias que le maire de Bourges essaye aujourd’hui de cacher la misère de sa politique. Une dernière question se pose : pendant combien de temps va-t-il encore réussir à tromper les gens ?