Faux départ pour la Cigale
Un beau soir d’octobre un peu frisquet, l’équipe d’administrateurs de l’Agitateur au grand complet se décida à fricoter avec la cigale mais se trouva fort dépourvue quand celle-ci ne fut pas venue. Visiblement, la Compagnie des Transports de Bourges semble avoir improvisé avec beaucoup de légèreté la mise en place de sa navette pour les horaires tardifs et grandement pêché sur sa communication. En procédant de la sorte, La Cigale risque fort de ne pas trouver son public, malgré son intérêt évident. Récit incroyable mais vrai.
Mis en place à grand bruit par la Compagnie des Transports de Bourges, La Cigale est un nouveau dispositif qui vise à permettre aux noctambules de rentrer chez eux en toute sécurité. Une aubaine pour les étudiants et les personnes sans moyens de locomotion ou encore les ivrognes qui peuvent se saouler jusqu’à en vomir sans redouter de se faire pécho par les keufs ou d’avoir un accident de la route. Certes, cette initiative arrive un peu tardivement car il y a une bonne quinzaine d’année qu’elle aurait dû être mis en place, à l’époque de l’avènement de l’enseignement supérieur à Bourges avec Math’sup au Lycée Alain Fournier et la construction de la faculté des sciences située tout au nord de la ville. Mais comme il est coutûme de dire dans nos contrées reculées : mieux vaut tard que jamais.
La navette est prévue pour circuler le mercredi, le vendredi et le samedi jusqu’à 23h30 environ. Elle part du centre-ville et dessert (pour le moment) uniquement les quartiers de Bourges-Nord. De prime abord, ce qui étonne c’est la faible communication de la CTB sur ce nouveau dispositif a priori intéressant. C’est en effet le choix d’une campagne de communication par voix de presse locale qui a été fait. Alors que le public visé - les jeunes - se détourne massivement de ce type de publication en raison de son manque d’intérêt et de ses carences rédactionnelles. En dehors de cela, quelques autocollants ont été apposés sur les arrêts de bus, ainsi que de discrètes pancartes accrochées avec un bout de ficelle sur les arbres de la route de Tassigny, notamment. Un peu cheap tout ça.
La navette est-elle gratuite ? Où s’arrête-t-elle exactement ? Y a-t-il des horaires bien déterminés ? Autant de questions qui ne trouvent pas de réponses sur les minuscules autocollants où il est seulement indiqué : « La Cigale, arrêt en soirée ».
Alors, nous avons décidé de tester. Miska nous raconte.
Un samedi 18 octobre au soir, à Bourges.
Après un bon petit resto (Le Louis XI) nous décidons (et pas à l’unanimité ) de nous lancer dans une nouvelle aventure : rentrer vers Bourges nord en « Cigale ».
Il est 22h30 et nous nous rendons place Planchat. En effet, nous avions vu, dans l’après-midi, le fameux autocollant « Cigale », collé à l’intérieur de l’abri bus.
En notre possession, très peu d’informations : un abri bus avec un autocollant (limite visible), pas d’horaire, pas de circuit, mais la motivation... Notre objectif était simple : rentrer en bus. Nous étions prêts à affronter les éléments (le froid et l’ennui !!) enfin, presque... disons que le temps semble déjà très long à Bourges à l’ordinaire, mais là ce fût le pompon !
Vers 22h55, un navette arborant fièrement une ribambelle de papillons sur la carrosserie passe devant nous, de l’autre côté de route (donc à l’arrêt de bus opposé au notre, donc allant dans la direction opposée à la notre, donc... jusque là tout va bien.).
Le chauffeur nous regarde, ainsi que son acolyte (bodygard je suppose. Bourges est, c’est vrai, connu pour être un coupe gorges où pullule la mauvaise graine, on ne le dit jamais assez... alors, mieux vaut prévenir.), et passent leur chemin ! Un passager à bord en costard. Il y a foule à Bourges les samedis soirs !
Mais nous étions rassurés : hourra les bus passent !
Je dois signaler que nous étions, à ce moment, les 3 seuls fous du coin à attendre un potentiel bus. Mais nous sommes rejoints par un couple qui nous demande si nous attendons la cigale. Et oui, nous attendons, nous attendons, comme des cons... C’est alors que le doute commence à s’installer (enfin pour moi car mes 2 compères doutent depuis le début, normal, ils sont de Bourges !) : et si le service était terminé, et si on rentrait finalement à pieds, et si on prenait un taxi, et si... NON, nous avions déjà attendu 3/4 d’heure (et oui, depuis la dernière navette, le temps ne s’était pas arrêté, il était maintenant 23h15 !), alors forcément cette foutue cigale allait finir par apparaître !
Nous sommes 5 à l’arrêt, il est 23h20/25 et, là, que se passe-t-il, il fallait être là pour le voir et le croire : LA navette repasse, la même (même chauffeur toujours sous bonne escorte), paisiblement, avec 2 passagers à bord(record battu), devant nous, à l’arrêt opposé au notre, à 20km heure, sans avoir le moindre regard pour les 5 tarés qui attendent un samedi à 22h20 un bus de nuit qui ne s’arrêtera finalement JAMAIS !
Alors, je voudrais que l’on réponde à mes interrogations :
– Pourquoi mettre un autocollant de la cigale sur un arrêt de bus devant lequel aucun bus ne s’arrête ?
– Qui est l’auteur de l’incroyable communication développée autour de cette idée géniale de bus de nuit (Monsieur de Lafontaine peut-être ?) ?
– Cet individu a-t-il déjà pris le bus (à Bourges accessoirement) ?
– Est-ce que les chauffeurs de bus ont un cerveau ?
– Qui a le plan du circuit ?
– Pourquoi est on rentré à pieds ? (un indice chez vous : cigale.)
Toutes ces questions, j’ai eu le temps de me les poser, pendant cette HEEEUUURRE d’attente ! Enfin, heureusement que la majorité des berruyers ne se posent pas autant de questions que moi : eux, ils sont malins ! Ils ont une voiture... Alors, un conseil, si vous vous retrouvez à Bourges, un soir de week-end, et que vous ne possédez pas de véhicule personnel, sortez avec des amis plus malins.
Après une enquête d’une semaine ayant nécessité le concours des renseignements généraux, du FBI et de la mafia italienne, nous sommes en mesure de vous communiquer des informations supplémentaires de sources incertaines (la CTB) concernant « La Cigale ».
– le prix du ticket mis en vente pour utiliser les services de La Cigale est fixé à 1 euro. Ce qui représente paradoxalement un prix moins élevé que le tarif des bus en journée (1,15 € pour un ticket 1 zone)
– Il existe des horaires de passage, communiqués « à titre indicatif », précise la direction de la CTB (ce qui, pour les habitués signifie simplement que les bus passent à n’importe quelle heure et n’autorisent pas les usagers à une quelconque manifestation d’agacement). Ainsi, Place de la nation, La Cigale est censée s’arrêter à 21h08, 22h08 et 23h15 (pourquoi des horaires si précis alors qu’ils n’ont aucune valeur contractuelle ?). Il existe des arrêts intermédiaires Place Planchat, à Avaricum, Parmentier, Prés Fichaux etc... sans aucune précision d’horaire.
– Bien sûr que oui, les chauffeurs de bus de la CTB ont un cerveau : comme tous les chimpanzés.