Plus la peine de discuter
Dépouillés de dialogue social, il faut traverser le sens unique de la politique inique de ceux qui nous niquent à coups de trique. La conjoncture impose un passage en force alors bombes le torse et soulèves l’écorce de la droiture et de sa prose impure. Yo ! Le moment est venu sans équivoque d’leur tailler un costar d’époque.
Deux évènements similaires m’ont marqué ces dernières semaines. La première, à l’occasion de la venue du Ministre de la Culture à Bourges avec qui les intermittents du spectacle ont refusé tout dialogue. La seconde à l’occasion d’une manifestation des salariés de GIAT Industries qui ont mis fermement leur veto à un rencontre avec le directeur de cabinet de la Préfète du Cher. Voilà qui constitue sans doute le franchissement d’une étape supplémentaire dans le processus de rupture du dialogue social né de la gestion gouvernementale des manifestations contre la réforme du système des retraites.
A force de fausses concertations et de semblants d’écoute, les rapports entre les citoyens et le pouvoir se sont durcis de manière inquiétante. Des rapports conflictuels exacerbés par une conjoncture actuellement catastrophique. Paradoxalement, ce sentiment des français de se cogner à un mur dans leurs relations avec les décideurs, s’est amplifié alors que le chef du gouvernement s’est forgé une image de grand spécialiste de la communication. Mais il ne suffit pas de marteler que l’on est un « homme de dialogue » et que l’on est « à l’écoute des français » pour prétendre être en mesure de figurer à long terme en tête des sondages de popularité. A un moment donné, il faut que les déclarations d’intention et de bonne foi soient étayées par des faits objectifs. Imaginons que je me vante (au hasard) d’avoir un phallus surdimensionné. Ben au début, cela attire la ménagère de moins de cinquante ans. Mais pour la maintenir au bercail, il faut bien, un jour, déballer la marchandise. Sinon, man, tu passeras pour un mytho et la moeuf finira dans le lit de ton voisin réunionnais qui fait du saut à l’élastique avec son engin.
En ce sens, l’actuel maire de Bourges peut apparaître comme un précurseur dans sa gestion des rapports à autrui façon UMP. Dès qu’une polémique voit le jour, le premier magistrat de la ville disparaît tel un Ben Laden s’échappant de son Kinder surprise, pour envoyer ses kamikazes de maires adjoints en première ligne faire le sale boulot. En revanche, dès qu’un vernissage d’exposition, une inauguration de toilettes publiques (ah, les fameuses toilettes du jardin de l’archevêché ! J’en ai fait des cochonneries là-dedans !) ou un concours de tartes aux poils est au programme, la bobine du bon petit roi de Bourges réapparaît miraculeusement. De même qu’il a été piqué de la sale manie d’organiser des réunions de concertation a posteriori de ses décisions, il a appris très rapidement à évoquer « la fatalité », « la conjoncture générale », « l’équipe municipale précédente » voire « l’Europe », pour se dédouaner de ses responsabilités.
Faudra pas s’étonner que certains partent en live. Déjà, Colette Cordat, conseillère municipale d’opposition sous l’étiquette Lutte Ouvrière, a menacé de s’enchaîner aux immeubles de Bourges-Nord qui doivent être rasés. Tout semble indiquer qu’en l’absence de réel dialogue, on s’achemine vers des rapports de force physique. Et même si j’avoue avoir un petit faible pour les femmes qui s’enchaînent, la perspective de devoir prendre un abonnement annuel dans une salle de musculation, au milieu de grosses tapettes bien huilées ne m’enchante pas beaucoup.
Lors de sa première élection en 1995 (de mémoire de vioc), le maire de Bourges avait affirmé vouloir « gérer la ville comme on gère une entreprise ». Outre le fait que cela n’avait rien de rassurant dans la mesure où il avait coulé l’entreprise de travaux publics dont il était le patron, ses électeurs étaient sans doute loin de penser qu’ils seraient traités comme des salariés n’ayant aucun droit de regard ou de critique sur les décisions stratégiques et choix de leur « patron ».
Toujours est-il que tant au niveau local que national, les liens sacrés du dialogue social sont rompus pour cause d’adultère de l’UMP avec le MEDEF et qu’il va être désormais bien difficile de recoller les morceaux. Pourtant, il suffirait de pas grand-chose, pour que tout redémarre comme au bon vieux temps : un geste, (le majeur érigé au ciel), un sourire (celui qui signifie « tu vas voir ta gueule à la récré ! »), une nouvelle élection.