Des foulards, des figures.
Nous vivons une époque formidable. Oui, vraiment. Nous vivons une époque tellement heureuse qu’on en arrive à débattre, que dis-je, à se déchirer pour des riens. Pour ce qu’on appelle des symboles. Vous allez me dire, ce n’est pas nouveau, et les symboles ont leur importance. Certes, si l’on me tend un doigt (le bon...), je risque de ne pas apprécier le symbole... mais un grec, lui risque de ne pas aimer votre façon de faire du stop. Bref, on n’a pas fini d’en finir avec les signes et les symboles culturels.
Heureusement, la plupart de ces signes et symboles d’appartenance culturels ou religieux qui font partie de la vie courante, ne posent aucun problème particulier.
Mais un symbole fait plus particulièrement débat en France (et ailleurs en Europe...), et ce depuis 10, 15 ans, le foulard... islamique. Oui, il faut rajouter "islamique", car on n’est pas sûr que le foulard tout court, même à l’école, ferait vraiment débat si il ne l’était pas. Il serait mis au même rang que la casquette (Nike/Puma/Star Ac’), le bob (Ricard) et tant d’autres accessoires de mode, et pis voilà [1]...
Notez que le même foulard islamique, dans la rue ne semble pas poser de problèmes. Mais portez ce foulard à l’école, et là, c’est le drâme. Et oui, car l’école est le sanctuaire de la laïcité... certains l’ont élevé depuis quelques temps, au rang de religion. Elle interdit à l’école tout signe politique, religieux ou philosophique. On passera sur la difficulté d’évaluer ce qui est ou non politique, religieux ou philosophique... il doit suffire d’observer les tee-shirts de nos chers collégiens, lycéens et étudiants pour constater qu’un certain nombre de "messages" doivent passer... inaperçus.
La laïcité dénonce donc comme signe "ostentatoire", le foulard islamique que s’obstine à portez au moins 4 collégiennes en France (rendez-vous compte du drâme...). On n’a tellement peu de souci, que celui-là est devenu (encore une fois) notre souci principal. Pendant ce temps, on ne parle plus de la montée constante du chomâge depuis deux ans, des caisses de l’état (vides), des services publics que l’on tue à petit feu et des "efforts" que devront consentir l’ensemble des français (mais qui feront mal surtout aux plus modestes) pour "redresser la France".
Et puis bon, faut pas déconner, il y a des élections en 2004, et c’est la surenchère pour essayer d’attirer 20% des électeurs qui se seraient égarés le 21 Avril 2002. D’ailleurs, en parlant de ceux-là, je ne suis pas sûr qu’ils soient très convaincus par les divers zigotos qui crient haro sur le foulard. Pour nombre d’entre eux, ce n’est pas le foulard qui leur pose problème, mais la "tronche" des porteurs de foulards et de leur famille, ne nous voilons pas la face... D’ailleurs, on n’entend pas spécialement Le Pen sur ce sujet. Et pour cause, "ses troupes" doivent être assez partagées entre "lutter contre l’invasion islamique en France" et la méfiance (euphémisme) vis à vis de la laïcité qui boute hors de l’école les signes religieux, ce qu’une partie de l’électorat FN n’admet pas... Ce n’est pas un hasard si Nicolas Sarkozy (la meilleur publicité pour Le Pen et le FN) s’interroge sur le devenir de "la médaille de baptème du petit". Ben oui, l’électorat traditionnel de droite comporte de nombreux catholiques pratiquants, et eux aussi, votent...
Finalement, nous aurons peut-être une loi sur "le foulard islamique à l’école". Loi, inutile de toute évidence, qui ne réglera rien. Car que fera-t-on des récalcitrantes ? On les excluera de Collège ou du Lycée ? On le fait (malheureusement) déjà... et être exclus de l’école, c’est déjà être exclus de la société. Est-le rôle de l’école (laïque) d’exclure ?
Cette loi, ne fera que montrer du doigt une catégorie de la population française qui n’a déjà pas besoin de cela pour être montrée du doigt... et ce pour des agissements qui à l’échelle nationale, se révèlent marginaux.
Mais soyez en sûr, ce débat, ce défouloir symbolique qui défigure la France ne sera pas perdu pour tout le monde.
[1] Notez, la publicité déguisée qui se cache dans cet édito, signe que nous sommes désormais vendus au grand capital