EDITORIAL FEVRIER 2004

La barbe.

dimanche 1er février 2004 à 17:36, par Mister K

Souvent, nous sommes confrontés a des raisonnements "capillotractés". Comprenez, vraiment tirés par les cheveux. Dans ces pages, vous y êtes régulièrement confrontés, pour la simple et bonne raison que l’on aime bien les jeux de mots, les trucs tordus dont on veut bien admettre qu’ils ne sont pas toujours drôles ou compréhensibles par des esprits sains. Mais bon, on a des excuses, on n’est pas ministre. Ce qui ne nous empêche pas de penser à beaucoup de choses en nous rasant, et pourquoi pas, à cet édito.

Tenez, l’autre jour, je pensais à un truc tout bête. Est-ce qu’il existe des employés de Gillette [1] barbus ? A priori, forcément. La réponse est une question de bon sens [2]. En effet, cette société respectant (à priori) les droits de l’Homme, leurs employés sont libres de porter la barbe sous toutes ses formes. Mais par contre, si l’on creuse un peu, on peut se demander si ces employés barbus croient vraiment à leur société et s’il ne sont pas finalement une énorme contre-publicité à leur entreprise. Ce qui de nos jours peut-être considéré comme un crime étant donné l’importance donné à l’esprit d’entreprise.

Et en France, est-ce que la barbe va devenir plus ou moins interdite [3] ?
C’est ce que l’on pourrait croire quand on entend les propos de Luc Ferry [4] considérant que la barbe pouvait dans certains cas être considérée comme ostentatoire ou ostensible. De tels propos de la part d’un ministre peuvent surprendre. D’ailleurs, même ses amis ont dû se dire qu’il dérivait un peu le Ferry. Suite au raisonnement capillotracté du ministre, je me suis demandé (en me rasant) si ses propos n’étaient pas en fait un lapsus révélateur. En effet, quand on y pense, Ferry est soumis depuis plusieurs mois à la fameuse et fumeuse affaire du voile. Pas étonnant qu’il pense que le voile c’est la barbe.

Ces hommes politiques qui s’en prennent à la barbe, devraient pourtant réfléchir. Il semble bien, en effet, que les ambitieux se rasent. Plusieurs hommes politiques ont affirmés penser à l’élection présidentiel en se rasant, d’autres ont ajouté qu’ils n’y pensait pas uniquement en se rasant. Bref, s’ils ne se rasaient pas, ils y penseraient moins. Quand on connait la dangerosité d’un homme comme Nicolas Sarkozy qui se rase ostensiblement, on se dit que l’on est actuellement à l’abri de rien. Heureusement, certains réagissent. Tenez, Jean-François Deniau s’est fendu d’un article vengeur dans le journal Libération sur cette fameuse barbe, rapellant non sans humour que finalement "barbe" était un mot assez imprécis, tout autant que foulard d’ailleurs, et qu’ils furent nombreux, les présidents de la république française, à porter la barbe. Sans doute étaient-ils moins obsédés par les élections...à moins qu’à l’époque, ils n’étaient pas obligés de s’afficher ostensiblement à la télévision pour se faire élire [5], la télévision n’aimant guère les barbus, pas plus que les moustachus d’ailleurs. Ce qui me fait penser que notre bon maire de Bourges ne laisse plus pousser sa moustache, ce qui pourrait signifier qu’il a revu ses ambitions politiques à la hausse.

Bref, ses histoires de barbes vont finir par être problématiques. On va devoir bientôt exiger un quota minimum de barbus parmi nos responsables politiques, et ce afin de signifier que dans notre système politique, il n’existe pas de discrimation pilositaire. La femme à barbe a toute ces chances, pour peu qu’elle ne porte pas ostensiblement un fichu foulard.

[1Pour ne pas faire de jaloux, on pourrait remplacer Gillette par Wilkinson, Braun ou Balladur, autres rasoirs célèbres.

[2Je vous laisse méditer au sens de cette phrase.

[3En fonction du type de barbe ou de la gueule du type.

[4Un pseudo-philosophe, accessoirement ministre français de l’éducation nationale.

[5d’ailleurs, les suffrages indirects ne devaient pas y être pour rien non plus...