Le poison.
Il n’y a plus de saisons. C’est vrai, même les poissons d’avril arrivent en avance ! Vous pouvez chercher sur l’Agitateur, vous ne trouverez aucun poisson datant du 1er Avril 2004. Par contre... il y en a un énorme le 31 Mars 2004. On ne peut même plus dire qu’il s’agit d’un poisson, tellement la chose est énorme. Il s’agit au moins d’une baleine : Serge Lepeltier, sénateur-maire de Bourges, nommé ministre de l’écologie et du développement durable.
A Bourges, on ne peut pas dire que ce soit une énorme surprise. On savait le monsieur "ministrable". Moins pour ses capacités que pour son ambition démesurée et ses amis bien placés. La légitimité de Lepeltier à l’écologie et au développement durable ? Si on se place du coté de la théorie, il serait très actif au sein de commissions parlementaires, connaîtrait bien ses dossiers et aurait une sensibilité "altermondialiste" prononcée. Ouai... Dans la pratique, à Bourges, il a effectivement développé un grand réseau de pistes cyclables... ces pistes étant bien souvent inutilisables, puisque non protégées des automobiles qui chevauchent régulièrement et allégrement "ces pistes cyclables". Bref, du vent, financé en partie par la communauté européenne. Pour le côté développement durable, la crédibilité de Serge Lepeltier est liée à un voyage qu’il a effectué à Porto Alegre...
Bref, le monsieur devra faire ses preuves. Mais c’est sûr, il est forcément plus crédible que son prédécesseur, Roselyne Bachelot. D’ailleurs il lui sera difficile de faire pire. Par contre, au niveau gaffes, il a du répondant. On se souvient encore "de Jospin qui se baladurise" ou encore de sa sortie sur le Front National qui, quelques semaines après le 21 Avril 2002 avait mis Jacques Chirac en colère.
Maintenant, il faut savoir relativiser. Car quand on parle d’énorme poisson pour "Lepeltier ministre", on oublie alors "Raffarin Premier Ministre". La "baleine d’avril Lepeltier" se transforme alors en friture. Car on a dû se pincer quand on a entendu la démission puis la nomination de Raffarin au poste de Premier Ministre. Et on s’est également pincé quand on a entendu Jacques Chirac faire un réquisitoire contre une partie de la politique de Raffarin. Outre le coté schizophrène de Chirac, on se pose la question suivante : si la droite avait remporté les élections régionales 2004, ou tout du moins pour être plus réaliste, avait limité les dégâts, la politique du gouvernement aurait-elle été considérée comme bonne ?
Et c’est là qu’on peut faire le lien entre Lepeltier et Chirac. Lepeltier, est comme tout le monde le sait, un "chiraquien". Un fidèle des premières heures du RPR. Il partage avec lui, l’ambition politique, le côté opportuniste, le côté "cul bordé de nouilles". Certes, la plupart des hommes politiques d’envergure nationale ont ce profil. Mais ce profil individualiste "prêt à tout pour le pouvoir", n’est-il pas un poison pour la politique et pour la France ? Car la seule bonne attitude qu’aurait pu avoir Jacques Chirac après la "tôle" prise aux élections régionales aurait été de dissoudre l’Assemblée Nationale, et cette fois, en toute connaissance de cause. La seule bonne attitude qu’aurait dû avoir Raffarin, aurait été de refuser sa propre succession.
Alors pourquoi ? Qu’est-ce qui fait courir ces hommes, si ce n’est le poison de l’ambition ? Un poison d’avril qui risque encore de nous coûter cher.