Europe et haine.
Attention, cet article comporte au moins une information : le 13 juin de l’an 2004 auront lieu, en France, les élections dîtes "européennes". Vous élirez alors 78 députés français censés vous représenter au sein de l’assemblée européenne qui siège à Strasbourg. Vous ne le saviez pas ? Normal, le débat censé s’établir avant chaque élection n’a pratiquement pas débuté au moment où j’écris ces lignes. Pourtant, si il y a bien un sujet qui devrait faire débat, c’est l’Europe.
Le grand écart. C’est ce que l’on constate entre l’Europe tel que ses citoyens la rêve et celle qui se construit. Le souci, c’est qu’en période électorale, l’Europe est vendue comme une belle aventure. Une fois les élections passées, l’Europe devient une vague zone d’échange économique ultra réglementée dont le but ultime semble être de favoriser la libéralisation de l’économie européenne. J’espère que vous goûtez bien au paradoxe...
Obscure. L’Union Européenne (nom officiel de "l’Europe") est très obscure pour ses citoyens, peu de personnes sont capables de vous expliquer son fonctionnement. Cette opacité des structures et de son fonctionnement renforce le sentiment que l’Europe est plus technocratique que démocratique. L’obscure Union Européenne devient alors une nébuleuse, cause de tous les maux et alibi de nombreuses mesures impopulaires, genre "c’est pas ma faute, c’est l’europe...". Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner du peu d’intérêt qu’elle suscite et ce d’autant que les médias (français en tout cas...) ne s’aventurent que trés rarement dans les méandres de Bruxelles et de Strasbourg.
Une europe sans but, incomprise, ignorée, fantasmée, voilà l’Europe que l’on nous a construit. Dans ces conditions, pourquoi voter ?
Dans l’actualité récente, on a deux exemples caractéristiques d’une europe qui va à l’encontre de la volonté de citoyens (dans le sens opinion publique), voir pire, qui va à l’encontre des lois votées par le parlement européen.
– Le première concerne les OGM. Vous n’en vouliez pas, et bien vous en aurez quand même ! Mais rassurez-vous, on vous préviendra si il y en a dans votre assiette... Trop fort ! Si l’on voulait faire la démonstration que l’europe c’est de la merde, c’est gagné !
– Second exemple moins médiatisé, mais plus emblématique du fonctionnement de l’Europe, les brevets logiciels. Le parlement européen avait voté une loi qui rendait les brevets logiciels hors la loi en Europe. Et bien le conseil de l’Union européenne les a remis en selle. D’ailleurs, pour être tout a fait juste, il faut dire qu’une fois encore, Jacques Chirac, qui s’était prononcé lors de la campagne présidentielle de 2002 contre les brevets logiciels, a semble-t-il changer d’avis depuis...dans ton cul la promesse !
Vaseline. Bref, l’Europe va-t-elle devenir le premier consommateur de vaseline ? Voilà qui aurait de la gueule...
En tout cas, le 13 juin prochain, vous aurez une excellente occasion d’utiliser votre pot.
Turquie Pour l’instant, lors de cette palpitante campagne électorale, c’est la Turquie qui semble faire l’objet de toutes les attentions puisque même l’UMP s’y est mise...il faut dire que les 20% des voix du FN et assimilé font l’objet de convoitise. L’UMP, dont la composante historique principale, le RPR, s’est toujours montré très réservé vis-à-vis de l’Europe, montre son engagement européen en se prononçant contre l’entrée de la Turquie dans l’Europe. Chirac est donc désavoué. C’est vrai, c’était vraiment le sujet le plus important pour l’avenir immédiat de l’Europe.
Lobbies Cette élection, sera à l’image de l’Europe, une suite de listes dont un certain nombre représentent des lobbies . C’est à mourir de rire ou à pleurer, c’est selon. "Europe Démocratie Espéranto" et "France d’en bas" auront au moins la palme du "nom qui tue". Mais l’Europe dans tout ça ? Pas sûr qu’elle y gagnera grand-chose...
Pourquoi tant de haine ? Parce que l’Europe ne sera que ce que l’on en fait. Et on a la triste impression que depuis quelques temps, l’Europe n’est qu’un cadeau de consolation pour quelques hommes poltiques nationaux désoeuvrés. Bien sûr, il y a des européens convaincus qui pensent qu’une autre Europe est possible. Mais ne sont-ils pas dans les catégories des idéalistes ? Le 13 Juin, votez si vous voulez.