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ANALYSE

Serge Lepeltier, ministre à titre « honorifique »

lundi 1er novembre 2004 à 13:36, par Charles-Henry Sadien

Serge Lepeltier l’avait promis : ce n’est pas parce qu’il a été nommé ministre de l’environnement qu’il abandonnerait sa ville de Bourges. Du coup, il se croit obligé de rameuter régulièrement des ministres en visites protocolaires dans la capitale du Berry. Mais à quoi cela sert-il ? Au prestige de la ville ? Ou bien a celui de l’ancien et futur maire de Bourges ?

Serge Lepeltier est tellement obsédé à l’idée que ses détracteurs lui reprochent d’avoir abandonné sa ville, qu’il est aujourd’hui bien plus présent dans les médias locaux que lorsqu’il était maire de Bourges. Même s’ils se sont quelque peu calmés, les deux principaux quotidiens berruyers ont bien joué le jeu. Durant les premières semaines de sa nomination au ministère de l’environnement, les petits localiers du Berry Républicain ou de La Nouvelle République, se sont comportés en véritables groupies, relatant ses moindres faits et gestes. La stratégie de Serge Lepeltier était évidente : s’appuyer sur la presse locale pour substituer à un déficit de présence sur le terrain, une omniprésence médiatique donnant l’illusion qu’il était paradoxalement devenu un homme politique de proximité.

L’ancien et futur maire de Bourges s’est donc prêté avec une rare disponibilité à répondre aux moindres sollicitations d’inaugurations et de manifestations les plus anodines se déroulant dans les endroits les plus reculés du département du Cher. Sa formule miracle ? La « méthode Chirac » consistant à donner des poignées de mains à profusion en faisant en sorte que de gentils journalistes traînant par là immortalisent ces moments d’une rare intensité.

Mais l’application de cette stratégie ne s’est pas faite sans excès. Dans son obstination à vouloir être proche de la population de son département, Serge Lepeltier a parfois donné l’impression que ses fonctions de ministre étaient secondaires. Au point de prêter le flan à certains quolibets d’observateurs locaux estimant qu’il était un ministre de l’environnement fictif en vacances, tous frais payés par la République Française. Les multiples visites de nombre de ses collègues ministres dans le département du Cher ont renforcées ce sentiment de plus en plus largement répandu.

Pourtant, ces visites n’ont rien d’amicales. Elles sont le résultat d’une stratégie délibérée censée répondre à deux objectifs. Le premier est de prouver - une fois de plus - que Serge Lepeltier n’a pas abandonné « sa » ville comme il s’y était engagé au moment de sa nomination. On observera du reste sa conception de la politique très paternaliste et dénuée de modestie, qui implique implicitement que sans lui « sa » population autochtone se sentirait abandonnée, perdue et trahie. Et que la municipalité de Bourges serait à la dérive sans son grand manitou charismatique. Là encore, il s’agit sans doute d’une politique d’illusionniste destinée à masquer maladroitement l’absence de retombées concrètes au plan du développement économique et social que beaucoup espéraient pour la ville au moment de sa nomination.

Le second objectif révèle la mégalomanie refoulée du personnage mais également qu’il est « l’homme de la situation incontournable à Bourges ». Une idée est ici communément admise à droite comme à gauche - encore qu’elle n’ait jamais été vérifiée argumentée et prouvée - selon laquelle une ville d’importance moyenne comme Bourges ne peux être entendue et considérée que si elle dispose de solides soutiens dans les couloirs de l’Elysée et de Matignon. C’est dans cet optique que Serge Lepetier s’efforce de prouver aux berruyers qu’il a désormais une stature nationale, qu’il tutoie M. Nicolas Sarkozy et mange de la tête de veau avec M. Jacques Chirac. En bref, qu’il est « le meilleur d’entre-nous dont Bourges a besoin ».

Tout porte à croire que Serge Lepeltier est néanmoins tiraillé entre deux aspirations politiques opposées qu’il s’efforce néanmoins de concilier. D’une part il est préoccupé par son ambition nationale a laquelle il s’est préparé de longue date. En effet, de l’aveux de ses proches, au premier rang desquels figure Roland Narboux, maire adjoint de Bourges chargé du tourisme, de l’urbanisme et de l’environnement, Serge Lepeltier n’avait, il y a encore peu de temps, aucune sensibilité écologique. C’est en constatant le désert idéologique de l’UMP dans ce domaine - et donc le peu de concurrence interne - qu’il a décidé de se pencher sur les questions de l’écologie et du développement durable afin de devenir le « monsieur environnement de l’UMP ».

D’autre part, son ambition et sa soif quasi pathologique de reconnaissance nationale est atténuée par la peur de l’échec qui le pousse à assurer ses arrières en essayant de conserver une forte assise locale qui lui permettrait de « retomber sur ses pattes » en cas de coup dur. Nombre de berruyers se souviennent probablement de l’épisode rocambolesque mais révélateur du personnage, par lequel Serge Lepeltier avait avoué lors de son premier mandat de maire de Bourges, être inscrit sur les listes des demandeurs d’emploi de l’ANPE et percevoir des indemnités de chômage. Devant l’effarement général, Serge Lepeltier avait expliqué, en toute sérénité, que la politique était une activité très aléatoire et qu’il avait eu naturellement une démarche de prévoyance. D’autant plus qu’il estimait que les indemnités de maire étaient trop faibles à son goût.

Cependant, à trop vouloir concilier « la chèvre et le choux » et à ne vouloir prendre aucun risque, Serge Lepeltier a toutes les chances de n’obtenir ni la stature nationale, ni la reconnaissance au niveau local. Car au plan national, Serge Lepeltier est un ministre anonyme du gouvernement dirigé par M. Jean-Pierre Raffarin, bien loin de l’intérêt médiatique suscité par ses prédécesseurs, Roselyne Bachelot et Dominique Voynet. Et au plan local, Serge Lepeltier n’a pour l’instant rien apporté à la ville de Bourges, à part des « visites ministérielles ».

Certes, timidement, certains de ses proches laissent entendre que Serge Lepeltier ne serait pas totalement étranger à la décision de l’Etat de verser 115 millions d’euros à la ville de Bourges au titre du renouvellement urbain. Mais cette argumentation est en contradiction totale avec le discours du maire de Bourges par intérim, Roland Chamiot, qui s’est félicité lors du dernier Conseil Municipal que le dossier présenté par la municipalité ait été accepté « avec les félicitations du jury ».

Où bien le dossier présenté était effectivement exemplaire, et dans ce cas les fonctions de ministre détenues par Serge Lepeltier n’ont été d’aucune utilité pour « forcer la décision ». C’est donc la confirmation que Serge Lepeltier n’a toujours rien fait de concret pour Bourges depuis qu’il est ministre de l’environnement. Où bien le dossier n’était pas si bien ficelé que cela et Serge Lepeltier a dû user de toute son influence de ministre pour obtenir le déblocage des sommes énormes demandées. Et dans ce cas, cela confirmerait et renforcerait les accusations de politique de clientélisme formulées avec de plus en plus d’insistance depuis le début de la crise en Polynésie française.