Roland Chamiot au pays des gens heureux
C’est un Conseil Municipal de Bourges presque bâclé qui s’est déroulé vendredi 22 octobre 2004. L’assistance était peu nombreuse, les élus de la majorité étaient « sur un petit nuage » et ceux de l’opposition jouaient le rôle des « monstres gentils ». L’annonce du versement par l’Etat d’une somme de 115 millions d’euros au titre du renouvellement urbain semble avoir eu un effet euphorisant pour les uns et anesthésiant pour les autres.
Pour un Conseil Municipal qui se voulait « historique » d’après le maire de Bourges par intérim Roland Chamiot et même « révolutionnaire pour la ville » selon les propos de Philippe Gitton, maire adjoint délégué à la Culture, le moins que l’on puisse dire est que cela a été bien vite torché. A 22 heures, le spectacle était terminé. Spectacle affligeant au demeurant. En début de séance, Roland Chamiot avait réitéré sa fierté d’avoir obtenu de la part de l’Etat les 115 millions d’euros nécessaires au financement du plan de rénovation urbain représentant un coût total de plus de 350 millions d’euros. Il avait ainsi tenu à comparer cette mutation annoncée à l’action de l’ancien maire de Bourges Raymond Boisdé qui, entre 1959 et 1977 « avait fait passer la ville de Bourges de 40.000 à 80.000 habitants » et auquel il a rendu hommage. Elle n’en fait plus aujourd’hui qu’un peu plus de 70.000.
Mais ce Conseil municipal n’a été surtout qu’une succession de blagues vaseuses échangées entre la majorité municipale et son opposition. Alain Tanton le maire adjoint délégué à l’enseignement supérieur et au développement économique, reprochait ainsi à Jean-Michel Guérineau de ne pas voir les choses en rouge mais en noir. Cela était suffisant pour faire pouffer de rire ses collègues de la majorité. Une pirouette pas très fine qui lui permettait d’éluder les questions de l’élu communiste. Plus tard, Philippe Gitton, un habitué des blagues bien grasses, se marrait grossièrement de l’accident de Fidel Castro. Pas très distingué de se moquer d’un vieillard au moment de voter l’institution de la journée de solidarité envers les personnes âgées. Bref, ça ne volait pas très haut et cela donnait l’impression que Bourges était dirigée par une bande de joyeux lurons ayant subitement oublié que leur ville subissait de plein fouet une grave récession économique, victime de la crise de sa mono-industrie de l’armement. Les milliers de chômeurs et précaires qui survivent à Bourges apprécieront.
Il fallait tout le sérieux et toute la capacité d’indignation de Colette Cordat (Lutte Ouvrière) pour empêcher Jean-Michel Guérineau - qui n’en finissait plus de décerner des bons points à la majorité municipale - d’embrasser Roland Chamiot sur la bouche. La représentante du parti de Arlette Laguiller, au bord de la grosse colère, en appelait à davantage d’attention de chacun au moment de revenir à la charge sur les loyers en hausses dont nombre de foyer relogés devront s’acquitter alors qu’il est impossible de déterminer le montant qu’ils percevront de l’APL, contrairement aux affirmations de l’équipe de Roland Chamiot. « Mais je doute que vous vous sentiez concerné personnellement par cela ! » lança en substance Colette Cordat, ramenant le silence et mettant en berne les visages éclairés d’un sourire béat de quelques élus pris en faute comme de vilain petits garçons ignorants et turbulents.
Plus tôt dans la soirée, Jean-Michel Guérineau au nom du groupe communiste s’était lancé dans le constat sévère mais finalement lucide d’une ville de Bourges en grande difficulté et avait prévenu que le plan de renouvellement urbain serait vain sans une profonde relance de l’économie locale. Pour sa part, la socialiste Irène Félix s’associait à Jean-Michel Guérineau pour constater que ce plan s’était construit sans aucune concertation avec les berruyers, placés devant le fait accompli. D’un revers désinvolte de la main, Roland Chamiot puis Alain Tanton écartaient toutes ces questions et remarques, à travers des boutades et parfois des moqueries masquant à grande peine une argumentation défaillante. Ainsi, Alain Tanton, contestait catégoriquement le fait que le nombre d’étudiants à Bourges stagne voire tende à une légère baisse - ce qui pour tout observateur de la vie locale semble être une évidence - mais se montrait incapable de fournir le moindre chiffre fiable d’évolution des effectifs sur ces dernières années. Pas très sérieux pour un maire adjoint délégué à l’enseignement supérieur.
Comble de l’ironie, Irène Félix se voyait même accusée par Serge Lepeltier qui jusque là se contentait de faire acte de présence, d’avoir une vision technocratique des choses, en émettant des réserves sur le principe d’un tarif unique des services de la médiathèque à la fois pour les habitants de Bourges « qui payent leurs impôts et taxes » et ceux des environs « qui ne payent pas pour ces services mais qui en profiteront tout autant. » Bon prince, Roland Chamiot lui opposait qu’il fallait avoir une vision « humaine » des choses. A moins qu’il s’agisse simplement de poursuivre la relance les demandes de réabonnement qui étaient en baisse avant que la ville n’investisse dans le prêt de DVD…
D’une manière générale, l’opposition municipale est apparue bien peu crédible et la majorité municipale n’a pas eu de mal à la faire taire. Tout le monde pouvait donc se gausser de la nouvelle dénomination du square situé du côté de la rue des Arènes rebaptisé « Jardin des Ursulines Marie Drouet » parce qu’il « en faut pour tout le monde » dixit Roland Narboux lui aussi très fin. Quant à Irène Félix, elle y allait elle aussi de sa petite blague « carambar » en évoquant « un grand ministre de l’environnement… Dominique Voynet ! » - et pas Serge Lepeltier ministre lui aussi de l’environnement, mais grand uniquement par la taille.
Qu’est-ce qu’on se marre…