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J’AI TESTÉ LE CONSEIL MUNICIPAL

Roland Chamiot au pays des gens heureux

dimanche 24 octobre 2004 à 16:15, par Charles-Henry Sadien

C’est un Conseil Municipal de Bourges presque bâclé qui s’est déroulé vendredi 22 octobre 2004. L’assistance était peu nombreuse, les élus de la majorité étaient « sur un petit nuage » et ceux de l’opposition jouaient le rôle des « monstres gentils ». L’annonce du versement par l’Etat d’une somme de 115 millions d’euros au titre du renouvellement urbain semble avoir eu un effet euphorisant pour les uns et anesthésiant pour les autres.

Pour un Conseil Municipal qui se voulait « historique » d’après le maire de Bourges par intérim Roland Chamiot et même « révolutionnaire pour la ville » selon les propos de Philippe Gitton, maire adjoint délégué à la Culture, le moins que l’on puisse dire est que cela a été bien vite torché. A 22 heures, le spectacle était terminé. Spectacle affligeant au demeurant. En début de séance, Roland Chamiot avait réitéré sa fierté d’avoir obtenu de la part de l’Etat les 115 millions d’euros nécessaires au financement du plan de rénovation urbain représentant un coût total de plus de 350 millions d’euros. Il avait ainsi tenu à comparer cette mutation annoncée à l’action de l’ancien maire de Bourges Raymond Boisdé qui, entre 1959 et 1977 « avait fait passer la ville de Bourges de 40.000 à 80.000 habitants » et auquel il a rendu hommage. Elle n’en fait plus aujourd’hui qu’un peu plus de 70.000.

Mais ce Conseil municipal n’a été surtout qu’une succession de blagues vaseuses échangées entre la majorité municipale et son opposition. Alain Tanton le maire adjoint délégué à l’enseignement supérieur et au développement économique, reprochait ainsi à Jean-Michel Guérineau de ne pas voir les choses en rouge mais en noir. Cela était suffisant pour faire pouffer de rire ses collègues de la majorité. Une pirouette pas très fine qui lui permettait d’éluder les questions de l’élu communiste. Plus tard, Philippe Gitton, un habitué des blagues bien grasses, se marrait grossièrement de l’accident de Fidel Castro. Pas très distingué de se moquer d’un vieillard au moment de voter l’institution de la journée de solidarité envers les personnes âgées. Bref, ça ne volait pas très haut et cela donnait l’impression que Bourges était dirigée par une bande de joyeux lurons ayant subitement oublié que leur ville subissait de plein fouet une grave récession économique, victime de la crise de sa mono-industrie de l’armement. Les milliers de chômeurs et précaires qui survivent à Bourges apprécieront.

Il fallait tout le sérieux et toute la capacité d’indignation de Colette Cordat (Lutte Ouvrière) pour empêcher Jean-Michel Guérineau - qui n’en finissait plus de décerner des bons points à la majorité municipale - d’embrasser Roland Chamiot sur la bouche. La représentante du parti de Arlette Laguiller, au bord de la grosse colère, en appelait à davantage d’attention de chacun au moment de revenir à la charge sur les loyers en hausses dont nombre de foyer relogés devront s’acquitter alors qu’il est impossible de déterminer le montant qu’ils percevront de l’APL, contrairement aux affirmations de l’équipe de Roland Chamiot. « Mais je doute que vous vous sentiez concerné personnellement par cela ! » lança en substance Colette Cordat, ramenant le silence et mettant en berne les visages éclairés d’un sourire béat de quelques élus pris en faute comme de vilain petits garçons ignorants et turbulents.

Plus tôt dans la soirée, Jean-Michel Guérineau au nom du groupe communiste s’était lancé dans le constat sévère mais finalement lucide d’une ville de Bourges en grande difficulté et avait prévenu que le plan de renouvellement urbain serait vain sans une profonde relance de l’économie locale. Pour sa part, la socialiste Irène Félix s’associait à Jean-Michel Guérineau pour constater que ce plan s’était construit sans aucune concertation avec les berruyers, placés devant le fait accompli. D’un revers désinvolte de la main, Roland Chamiot puis Alain Tanton écartaient toutes ces questions et remarques, à travers des boutades et parfois des moqueries masquant à grande peine une argumentation défaillante. Ainsi, Alain Tanton, contestait catégoriquement le fait que le nombre d’étudiants à Bourges stagne voire tende à une légère baisse - ce qui pour tout observateur de la vie locale semble être une évidence - mais se montrait incapable de fournir le moindre chiffre fiable d’évolution des effectifs sur ces dernières années. Pas très sérieux pour un maire adjoint délégué à l’enseignement supérieur.

Comble de l’ironie, Irène Félix se voyait même accusée par Serge Lepeltier qui jusque là se contentait de faire acte de présence, d’avoir une vision technocratique des choses, en émettant des réserves sur le principe d’un tarif unique des services de la médiathèque à la fois pour les habitants de Bourges « qui payent leurs impôts et taxes » et ceux des environs « qui ne payent pas pour ces services mais qui en profiteront tout autant. » Bon prince, Roland Chamiot lui opposait qu’il fallait avoir une vision « humaine » des choses. A moins qu’il s’agisse simplement de poursuivre la relance les demandes de réabonnement qui étaient en baisse avant que la ville n’investisse dans le prêt de DVD…

D’une manière générale, l’opposition municipale est apparue bien peu crédible et la majorité municipale n’a pas eu de mal à la faire taire. Tout le monde pouvait donc se gausser de la nouvelle dénomination du square situé du côté de la rue des Arènes rebaptisé « Jardin des Ursulines Marie Drouet » parce qu’il « en faut pour tout le monde » dixit Roland Narboux lui aussi très fin. Quant à Irène Félix, elle y allait elle aussi de sa petite blague « carambar » en évoquant « un grand ministre de l’environnement… Dominique Voynet ! » - et pas Serge Lepeltier ministre lui aussi de l’environnement, mais grand uniquement par la taille.

Qu’est-ce qu’on se marre…

commentaires
> Roland Chamiot au pays des gens heureux - 25 avril 2005 à 17:40

C’est dommage de voir avec quel parti pris son relaté dans votre journal les comptes rendus des divers événements politiques du département du Cher, et ici notamment de Bourges.
Je constate une fois de plus que seul le PC tient un discours de "réalité" à vos yeux, et que ni les élus PS, ni les élus UMP ou UDF ne semblent vous satisfaire.
Est-il nécessaire de rappeler l’état dans lequel les communistes ont laissés la ville de Bourges en 1995. Un endêtement record, une absence de réalisations concrêtes pour l’avenir de la ville de Bourges (aménagement de la
La gestion de l’union de la droite heureusement a permis de donner un nouveau souffle à la capitale berrichonne. Heureusement, il était temps ! Et maintenant que les communistes gèrent le conseil général (car il serait faut de penser qu’ils laissent le Président Rafesthain libre de ses choix, surtout quand la Place du Colonel Fabien a fait descendre à Bourges deux de ses sbires au cabinet du Président...), il y a de quoi s’inquiéter pour l’avenir de notre département...
Merci de diffuser ce texte sur votre site.


#2086
> Roland Chamiot au pays des gens heureux - Jean-Michel Pinon - 25 avril 2005 à  23:23

Je ne partage pas votre analyse des choses, mais bon, tant mieux après tout, l’agitateur est fait pour ça.

J’ai eu aussi la dent dure à l’égard du PCF du Cher en relatant les comptes rendus des deux derniers conseils municipaux de Bourges. Je regrette de le dire mais avec une telle opposition municipale, l’actuelle majorité l’emporterait aisément (du style 60% des voix et peut-être davantage), et sans avoir besoin comme cela s’est passé lors des deux précédentes élections municipales. – et vous ne pouvez pas affirmer le contraire - d’un coup de pouce de Jean-Marie Le Pen et du FN de Bourges

Cependant, je ne crois pas que le bilan de l’ancienne gestion communiste soit catastrophique. Je le trouve assez positif, même si les deux ou trois dernières années de règne se sont traduites par une forme d’immobilisme qui a perduré jusqu’à aujourd’hui avec la municipalité de M. Serge Lepeltier.

Sous la municipalité de Jacques Rimbault, il y a eu de grandes réalisations (Palais des congrès, Médiathèque, Printemps de Bourges, l’équipe de basket féminin, redressement de la situation financière de la CTB, le nouvel Hôpital, le Stade d’Asnières, les rues piétonnes...

Le bilan de l’actuelle équipe municipale me parait en revanche beaucoup plus pauvre : une patinoire (privée, construite avec de l’argent public), le cinéma CGR (privé, construit avec de l’argent public), quelques ronds points coûteux, des toilettes de luxe au Jardin de l’Archevêché, l’aménagement de la place de la nation et c’est à peu près tout. Certes, l’avenir parait plus prometteur avec la perspective d’un très beau centre culturel dans le quartier de la Chancellerie, l’aménagement d’un vrai pôle étudiant sur le site de Lahitolle, voire le plan de renouvellement urbain (même si pour le moment cela semble très mal parti...).

Je pense que l’actuelle majorité n’a pas hérité d’une situation catastrophique, très loin de là, bien que cette ancienne municipalité semblait, je l’ai dit, à bout de souffle et sans idées (ce qui peut se comprendre après tant d’années « la tête dans le guidon »).

Malgré l’alternance, la situation n’a cessée se se dégrader spectaculairement, hormis peut-être en matière culturelle (quoiqu’on observe un très net recule de la diversité, et qu’aucune grosse association culturelle n’a vue le jour ces dix dernières années).

Car pour ce qui est de la situation économique, cela me parait catastrophique avec une population vieillissante et en très net baisse. Pour ce qui est de la gestion municipale, je suis également inquiet : j’ai l’impression qu’il y a trop de dépenses superflues (campagnes de communication coûteuses, dépenses de prestiges, vins d’hônneurs etc...). Pour une gestion de droite, je trouve particulièrement choquant que l’argent de la communauté soit géré de manière si désinvolte. Les installations municipales ne sont pas entretenues, parfois même laissées à l’abandon. Quant à la vie démocratique, elle n’existe pas même si l’agitateur tente de garder difficilement la tête en dehors de l’eau (mais à quel prix !!!???).

Le seul point ou je vous rejoint presque complêtement, concerne la gestion « de gauche » du Conseil Général. Bien sûr, on peut reconnaitre (audit à l’appuis), que l’héritage est handicapant et qu’il faut donner davantage de temps pour tirer un bilan. Mais enfin, quand même ! Je ne veux pas entrer dans les détails ou aborder des points qui n’ont pas été rendus publics (ou qui ne sont pas des décisions définitives)... toujours est-il que je ne vois pas la suite des événement sous un jour très optimiste.

En conclusion, je vous affirme que je n’ai aucun avis spécialement bienveillant à l’égard du PCF-Bourges qui ne dispose d’aucun homme de charisme et n’a pas plus d’idées qu’il y a deux élections municipales.

Mais je pense aussi que la majorité UMP a enfoncé la ville de Bourges dans un déclins foudroyant lié à la crise de l’armement (ceci-dit, la « gauche plurielle » aurait-elle pu faire mieux ?). Quant au PS, je ne peux pas personellement me prononcer car je ne connais absolument personne dans ce parti (consultez les articles de Bi-Fricotin qui à bien infiltré le PS).

Rien ne vous empêche pourtant de tenter de faire partager votre vision positive de la gestion Lepeltier. Même si cela me parait fantaisiste, je dois dire que je n’ai jamais refusé de publier un article sous prétexte qu’il montrait l’actuelle municipalité sous un jour favorable. Encore faut-il avoir des arguments et des éléments solides à mettre à avant pour défendre votre thèse. Ce qui nécessite à mon avis de se creuser sérieusement les méninges pour un résultat qui me parait bien incertain.

#2087 | Répond au message #2086
> Roland Chamiot au pays des gens heureux - 24 octobre 2004 à 20:17

Bourges est une ville qui vit désormais dans un immobilisme affligeant. Un vieil homme à la barre, ça ne vous rappelle rien ? Derrière la chanson de Gérard Lenormand, on percevait quelques accords de "Maréchal nous voilà". Par ces raccourcis de pensées, on peut quelquefois accéder à la perception plus claire de ce qu’est devenue notre ville : un lieu mortifère où il n’ya même pas besoin de couvre-feux pour que les habitants s’enferment à double-tour dès 19H... ça sent le sapin, ce coup là. Bourges est à l’image d’un pays qui n’a jamais oublié que les années pétainistes avaient du bon : la torpeur maladive, l’opposition muselée, sans oublier l’ordre, bien sûr.


#1613