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A l’époque du son et de l’image, savons-nous encore écrire ?

Une plume à votre disposition

mercredi 1er décembre 2004 à 15:25, par Charles-Henry Sadien

Auteur d’un recueil de poèmes « Interdit aux plus de seize ans » ainsi que d’une trilogie « A la croisée des chemins » dont le premier volet « La Haine par en dessous » sortira mi-janvier 2005 (ed. du Manuscrit), Isabelle Ménétrier, résidente du Cher, a choisi de mettre sa passion et son talent de l’écriture au service des autres. Profession : écrivain public. Question autour d’un métier que l’on croyait tombé en désuétude.

Le métier d’écrivain public était tombé en désuétude. A quoi attribuez-vous ce retour en grâce ?

Isabelle Ménétrier : Des jeunes quittent l’école en sachant à peine lire et écrire. Ils s’imaginent qu’en ce monde de l’image, ils se débrouilleront sans lecture ni écriture. Mais la « vraie vie » les rattrape dès qu’il s’agit de trouver un emploi : présentation d’un CV accompagné d’une lettre de motivation rédigée sans fautes... Premier écueil !

Pourquoi avoir choisi cette activité ? Parvenez-vous à en vivre correctement ?

Isabelle Ménétrier : J’ai choisi ce secteur d’activité parce que j’aime écrire, que mon cursus scolaire me ramène infailliblement à l’écrit et qu’en vingt ans, j’ai été secrétaire, dans l’administratif et le médical, avant de tout plaquer parce que professionnellement, j’aspirais à devenir mon propre patron. Je peux dire que je réussis à en vivre car je me suis constitué une clientèle petit à petit par le bouche à oreille, fidélisée par un savoir-faire et une écoute indispensables.

Dans le Cher, combien êtes-vous à faire ce travail ?

Isabelle Ménétrier : Sur l’annuaire, une seule personne référencée. Plus un écrivain public au niveau de la Mairie. Nous sommes donc trois à priori pour la ville de Bourges. Quelles sont les personnes qui sollicitent vos services ? Des gens qui veulent mettre en page leur autobiographie à transmettre au niveau familial, des écrivains désireux de présenter correctement un manuscrit avant de tenter l’aventure de l’édition, des chômeurs ayant quitté l’école depuis un certain temps et ne sachant plus comment établir un CV, des entreprises où la secrétaire tombe malade inopinément, etc...

Percevez-vous dans notre société un recul de l’écrit, notamment chez les jeunes, adeptes du langage SMS qui normalise une forme d’expression dérivée de l’illettrisme ?

Isabelle Ménétrier : Malheureusement oui ! Les jeunes ne savent plus rédiger, ils ne maîtrisent ni l’orthographe ni les concordances de temps, ils ne respectent plus le sacro-saint plan d’une rédaction de base : introduction, développement, conclusion. Et quand, en plus, ils composent des phrases illisibles en phonétique, ils finissent par faire une confusion entre le langage sms et le langage écrit. Dramatique ! ! !

A l’avenir, sera-t-il encore utile de savoir lire et écrire, a part pour remplir son bulletin de participation à la Star’ac ?

Isabelle Ménétrier : J’ose l’espérer ! et je le crois ! On disait, à ses grands débuts, qu’Internet tuerait l’industrie du livre. Non ! En fait, les vrais lecteurs aiment tenir un vrai bouquin entre leurs mains, allongés sur un lit ou un canapé. Essayer donc de savourer un roman assis devant votre écran d’ordinateur ou en parcourant les pages A4 imprimées depuis votre salon ! Non, le plaisir n’y est pas... Et je crois que pour les véritables amoureux des mots, lire et écrire s’avèrera instinctivement indispensable, comme ce le fut pour moi dès mon CP ! Pour les autres, s’ils ne ressentent pas le besoin ni l’envie, alors une fois rempli le bulletin de participation à la Star’Ac, pour le reste, ils en appelleront à des écrivains publics !

« Interdit aux moins de seize ans », de Isabelle Ménétrier. Disponible contre 5 euros auprès de l’Association La Plume - 9/11 rue de l’Abbé Moreux - 18000 Bourges.

Site web : http://monsite.wanadoo.fr/isabelle-menetrier/index.jhtml

commentaires
Une plume à votre disposition - 4 janvier 2006 à 19:45

j’ai le projet de créer mon propre emploi en tant qu’écrivain public, en Aquitaine. Les personnes qui m’aident dans cette démarche sont très perplexes : les risques de ce métier (la pauvreté surtout) sont redoutables.
En toute honnèteté, le métier est-il si difficile que ça ?
Rédigez-vous plus de courrier que de biographies ?
Merci si vous acceptez de me répondre


#3471
Une plume à votre disposition - Sarvane - 16 février 2006 à  12:32

Oui, c’est vrai, c’est assez difficile de trouver une clientèle. D’après mon expérience personnelle, je crois que vous avez plus de chances dans une grande ville. Tours m’aura mieux réussi à ce niveau que Bourges... Du coup, j’ai renoncé à exercer. Je me donne entièrement à l’écriture. Ainsi, "Les chemins de discorde", le second volet d’"A la croisée des chemins" vient de paraître (Ed. Le Manuscrit). Je le dédicacais samedi dernier à la fnac où il se trouve en vente. Maintenant, peut-être qu’en Aquitaine, vous réussirez à vous faire connaître. Nous avons notre propre cheminement, le mien à priori ne passait plus par écrivain public mais écrivain "tout court" !

Voir en ligne : http://monsite.wanadoo.fr/isabelle-...
#3603 | Répond au message #3471
> Une plume à votre disposition - Mister K - 6 décembre 2004 à 22:49

Deux citations (une réponse et une question...) :

Les jeunes ne savent plus rédiger, ils ne maîtrisent ni l’orthographe ni les concordances de temps (...)

A l’avenir, sera-t-il encore utile de savoir lire et écrire, a part pour remplir son bulletin de participation à la Star’ac ?

Bon, ce ne serait pas un peu caricatural tout ça ? Non, parce que avec ces idées reçues, on est mal barré !
Quand vous aviez 15 ans, vos copies n’étaient-elles pas pleines de fautes d’orthographes ? Moi si ! Depuis, j’ai fait des progrès même si tout n’est pas parfait ! et bien, je pense que "les jeunes d’aujourd’hui" feront de même.


#1702
> Une plume à votre disposition - jmp - 6 décembre 2004 à  22:54

malheureusement non, pour "être du milieu" ce n’est pas carricatural : lorsqu’à 19-20 ans en BTS, on fait autant de fautes d’orthographes qu’un gamin de sixième, décidément, non... et il ne s’agit pas de cas exeptionnels rencontrés, mais bien une grande majorité. L’écriture SMS fait des ravages.

#1704 | Répond au message #1702
> Une plume à votre disposition - Sarvane - 7 décembre 2004 à  09:47

Et bien non, je ne faisais aucune faute d’orthographe ou alors une sur une dissertation de cinq pages par exemple. Et les nuls en Français, les vrais, à vingt fautes sur 5 lignes, le restent toute leur vie à moins de le vouloir vraiment et de prendre des cours (j’en ai donné à un grand de 25 ans parce qu’il devait présenter un concours où le Français était relativement important !)... Par contre, j’étais nulle en maths et si j’ai renoncé à l’algèbre définitivement, pour tenir mes comptes dans la vie courante, no soucy ! C’est moins difficile de s’améliorer dans ce sens-là... La vie apprend ! Et pour en finir avec l’aspect caricatural, j’ai eu l’occasion de donner quelques cours à des gosses de 6e, 5e et récemment d’aider une gamine de troisième, et là, non hélas, je n’exagère rien ! Le Français pour eux c’est réellement de la phonétique, la conjugaison, le genre et le nombre n’y ont plus place... Il faut le vivre pour le croire !!!

#1710 | Répond au message #1702
> Une plume à votre disposition - François LETREULLE, téléphone 02 48 51 14 07 - 9 décembre 2004 à  14:42

Une faute sur une dissertation de cinq pages ! Bravo. moi j’en faisais beaucoup plus. Chacun se débrouille avec l’orthographe, qui comme chacun sait est ’’la science des ânes’’. Le plus difficile n’est sans doute pas d’écrire sans fautes d’orthographe, mais de savoir ce qu’on veut dire et à qui il faut le dire. C’est peut-être ça, le véritable travail de l’écrivain public : écouter, comprendre, aider à formuler une requête, puis, enfin, écrire. Beaucoup d’écoute, dans ce métier. De véritable écoute, d’empathie, comme on dit aujourd’hui.

François Letreulle, écrivain public diplômé de la Sorbonne Nouvelle (permanence à l’ANPE de Vierzon chaque mardi matin, et au Centre Social du Colombier à Vierzon le mardi de 14h à 16h).

#1718 | Répond au message #1710
> Une plume à votre disposition - Sarvane - 9 décembre 2004 à  16:00

Entièrement d’accord, mais ça ne change rien au problème... Quant à la "science des ânes", elle s’avère bien utile dans bien des actes quotidiens !

#1719 | Répond au message #1718
> Une plume à votre disposition - François letreulle - 10 décembre 2004 à  08:26

Bon, alors, si ça ne change rien au problème... Je tentais juste de dire que le travail d’un écrivain public ne se bornait pas, selon moi, à écrire sans faire de fautes, et je m’en aperçois à chacune de mes permanences. Si le problème ne résidait que dans la méconnaissance de l’orthographe ... Il est souvent bien plus profond, et c’est sans doute ce qui fait l’intérêt de ce métier. Si nous n’étions que des mécaniciens de la syntaxe et du vocabulaire, ce serait beaucoup moins passionnant. Voilà, c’est tout. Maintenant, je me tais !
François Letreulle, e-mail : laplumedupeuple@wanadoo.fr

#1725 | Répond au message #1719
> Une plume à votre disposition - Sarvane - 11 décembre 2004 à  11:14

Oui, mais là on parlait des résultats d’une éducation scolaire inefficace ! C’est quand même dommage que le Français, notre langue, soit aussi mal acquise par les Français ! Ensuite, le fait d’exprimer sur papier, rédiger, c’est autre chose. Mais, quand même, les gens que je reçois attendent de moi la perfection - ou presque - tant au niveau que de la forme (rédaction) que du fond (orthographe)... Et si tu veux te taire, fais-le, de toute manière, le débat est sans fin. Bonne continuation à toi.

#1730 | Répond au message #1725