FCB : « Merci monsieur le maire ! »
L’entraîneur du FCB, Pascal Dupuis avait prévenu : pour le probable dernier match à Jacques Rimbault face aux réservistes pro de Niort, ceux qui ont cherché à couler le club n’étaient pas les bienvenus. La mairie de Bourges en a pris acte et ne s’est pas déplacée. Les masques sont tombés samedi soir. Les oreilles du maire et du ministre de l’environnement ont dû siffler très fort...
Tableau d’affichage et sono en berne. Ça sentait la débâcle à Jacques Rimbault pour le probable dernier match du FC. Bourges au niveau national avant longtemps. Juste au dessus d’un panneau publicitaire du président Goblet, une banderole rageuse avait été installée : « Merci à la municipalité... » En tribune et sur le terrain, certains portaient un tee-shirt collector : « Merci monsieur le maire ». Du côté des supporters, le déjà légendaire Manolo entame un show tragi-comique pour dire tout fort ce que (trop longtemps) beaucoup ont pensé tout bas : « que va devenir le stade ? Un centre d’élevage d’ours en attendant de les réimplanter dans les Pyrénées ! ». Allusion, bien entendu, à l’ancien maire de Bourges et ministre de l’environnement, Serge Lepeltier, qui semble avoir eu une influence considérable dans la précipitation de la faillite du FCB.
UN BEAU MATCH D’ENTERREMENT. Pour autant, la cérémonie d’enterrement du FCB n’a pas été sinistre. Au contraire. Ceux qui ont soutenu sincèrement le club étaient présents pour un moment chargé d’émotion que l’on n’avait pas connu depuis la qualification du FCB en coupe de France face aux Girondins de Bordeaux. C’était à l’époque de Jacques Rimbault. La ville était florissante, le football ambitieux. Tout cela a bien changé.
Sur le terrain, l’équipe est au grand complet. Et elle joue bien. Depuis quelques matchs, la jeune équipe berruyère, après un temps d’adaptation a su reconstruire un football à la fois attrayant - dans la tradition du jeu prôné au FCB - et efficace. Les réservistes professionnels de Niort, déjà malmenés au match aller n’ont pas pu résister bien longtemps au trio explosif Brunel-Mocco-Mara. Dans les buts, Petchy a réalisé de superbes parades. La défense s’est montrée appliquée, et le milieu a été enfin dominateur et créateur. Quel dommage de tuer précocement cette équipe naissante qui aurait pu aller très loin. L’ancien transfuge du Centre de Formation de Nantes Moussa Mara a redonné le sourire au public en marquant deux buts. Score final : 2-1 pour Bourges (le but niortais est consécutif à un penalty).
Mais qu’il est effarant de voir que la mairie de Bourges ait tenté de brader le FCB (sans concertation avec les dirigeants berruyers) à la Berrichonne de Châteauroux en arguant vouloir « sauver le secteur de la formation ». Dans ce cas, il ne fallait pas liquider l’équipe première qui est le reflet de la réussite de cette formation.
LE ROLE DETERMINANT DE LA MAIRIE. Que vient faire la Berrichonne de Châteauroux dans cette histoire ? On se le demande en effet. Serge Lepeltier, Ministre de l’environnement est intervenu directement auprès des dirigeants castelroussins afin que ceux-ci apportent, je cite : « leur savoir-faire en matière de gestion et de formation ». Modèle de gestion ? C’est oublier bien vite que la Berrichonne de Châteauroux serait aujourd’hui un club en faillite comme le FCB si le maire de Châteauroux et le Conseil Régional du Centre n’avaient pas débloqué plusieurs millions d’euros pour sauver le club à l’issue de la saison 2002-2003.
A Bourges, depuis dix ans, la mairie n’a jamais bouché les trous avec de l’argent public. Il convient de le souligner. Tout ce qu’à fait la mairie, c’est d’accorder la même subvention en CFA2 que ce qui était alloué en CFA1. Le niveau et les exigences financières entre les deux niveaux étant sensiblement équivalents, tant sur le plan sportif que financier, on se doute que cela n’a pas beaucoup aidé le FCB. Il est donc faux d’affirmer, comme l’a fait le maire de Bourges et un certain Emmanuel Letreulle chez nos confrères du Berry Républicain, que le FCB a dilapidé de l’argent public. Si le montant des subventions municipales était honorable à ce niveau, le FCB a surtout souffert d’un manque de fonds privés, signe de l’absence de dynamisme économique de la ville.
La mairie de Bourges a probablement commis l’erreur de ne pas accompagner la réussite sportive du club. Lors de la descente de division 2 vers le National, le FCB a connu un déficit bien logique après un échec sportif. Au lieu d’essayer de relancer le club (un retour en Ligue 2 signifiait le retour des subventions conséquentes des instances du football), le maire de Bourges Serge Lepeltier a préféré opter par une tentative de relance par le bas, en imposant un dépôt de bilan et une liquidation judiciaire. Avec des dettes identiques mais des ressources à la baisse, le FCB ne pouvait pas survivre. Cette erreur grossière, le maire de Châteauroux ne l’a pas faite en investissant plusieurs millions d’euros pour sauver le club de sa ville. Aujourd’hui, il en est récompensé avec la participation à une finale de la coupe de France et des résultats sportifs qui offrent à la ville un retentissement médiatique phénoménal.
Les mêmes travers ont été reproduits peu de temps après. Lorsque le FCB est reparti en Division d’Honneur. La première saison, le FCB retrouvait le niveau CFA2. La saison suivante, il retrouvait le championnat de CFA. Brillamment, puisque le club, durant la trêve hivernale était leader de sa poule. La encore, il aurait fallu mettre un bon coup de pédale pour hisser le club en National. Car c’est à ce niveau qu’un club de football commence à intéresser des partenaires privés, et pas au niveau de l’anonymat d’un championnat amateur. Mais le choix a été fait par des dirigeants réputés proches de la mairie de pousser les deux meilleurs joueurs de l’équipe (Gaston Diamé et Ali Hadjérès) vers la sortie. La petite phrase de l’entraîneur Jean Gomez, « certains ont voulu briser la dynamique sportive qui devait mener naturellement le FCB à un haut niveau », a encore de la résonance aujourd’hui.
Cette erreur, la ville de Bourges la commet aujourd’hui encore, pour la troisième fois, en planifiant soigneusement la liquidation judiciaire du FCB. Désespérant. Qu’une ville qui peut s’enorgueillir de disposer d’un ministre, ne soit pas capable de remettre à flot un club de football qui accuse un trou de 240.000 euros est à la fois risible et pathétique.
LE DECLIN ECONOMIQUE DE BOURGES. Certes, il convient de remettre les choses à leur place. Dans un pays qui comporte au minimum trois millions de chômeurs, des millions d’emplois précaires et de rmistes, les sommes qui sont en jeu dans le milieu du football sont indécentes. La mairie de Bourges aurait gagnée en respectabilité si elle avait expliqué de façon transparente que Bourges traversait une crise économique et un déclin sans précédent (que personne ne contestera et dont elle n’est pas spécialement responsable si l’on se fie à la conjoncture nationale), et qu’il n’était pas dans les priorités de l’équipe municipale de s’offrir une équipe de football qui nécessite des investissements à hauteur de plusieurs millions d’euros sur le court terme. La plupart des berruyers, de gauche comme de droite, l’auraient compris. Au lieu de cela, le maire et son équipe semblent avoir évolué à visage masqué, avec une attitude d’une grande lâcheté, au moyen de manoeuvres nauséabondes pour entamer encore plus encore la crédibilité des dirigeants du FCB qui s’efforçaient de rattraper les erreurs de gestion de l’équipe précédente laquelle avait le soutient inconditionnel, inconsidéré et sans contrôle de... la mairie de Bourges !
Que l’on ne s’y trompe donc pas. Sans même vouloir polémiquer, le simple examen des faits démontre que l’échec du FC. Bourges, c’est avant tout celui de la mairie puisqu’il s’agit d’un club para-municipal et que son déficit a été creusé par des personnes téléguidées et ayant la bénédiction du pouvoir local en place. Aussi, la la liquidation du FCB est-elle incontestablement un choix de politique municipale.
Au FCB et dans son entourage, tout le monde est persuadé que le maire de Bourges est intervenu pour dissuader le fameux repreneur Orléanais d’investir dans le FCB. Que ces accusations soient justes ou non, il ne fait aucun doute que la mairie de Bourges porte une lourde responsabilité dans le fiasco actuel du FCB. Elle serait sans doute bien inspirée, pour apaiser les esprits et reprendre du crédit, de faire publiquement son mea-culpa. Car comme on dit par ici : « faute avouée est à moitié pardonnée »...