La planète des singes
Attention, ne pas confondre un micro avec une banane. Ce n’est pas à un homme politique que l’on apprend à faire la grimace. Confirmation faite lors du Conseil Municipal de Bourges où l’on a atteint le niveau zéro de la crédibilité de nos élus.
Ambiance détendue voire désinvolte - comme d’hab’ - dans la salle du Conseil Municipal de Bourges en ce vendredi 19 mars 2005. C’est reparti pour un show pathétique et ennuyeux. Cela commence par une mise en scène grotesque. Le maire par intérim, Roland Chamiot (UMP), propose, avec son sympathique cheveux sur la langue, un vote de soutien en faveur de la candidature de Paris aux Jeux Olympiques en 2012. Allez, ça ne mange pas de pain. Aussitôt dit, aussitôt fait. Deux pingouins se pointent derrière le maire pour déployer une banderole - probablement conçue aux frais du contribuable - symbolisant l’enthousiasme de la ville pour cette manifestation. Les gentils journalistes locaux sont invités à prendre des photos. Pas un seul ne refusera de se plier à cette mascarade. On se croirait revenu au temps de l’URSS...
Nous n’en sommes pas à une futilité près. Papy Chamiot poursuit en ayant « une pensée », pour nos basketteuses qui disputent un quart de finale Européen. Irène Félix, au nom du Parti Socialiste, lui emboîte le pas : elle aussi commence son allocution par « une pensée » pour nos grandes sauterelles. Derrière, Jean-Michel Guérineau (PCF) enfonce le clou, se fait plus royaliste que le roi, regrette que le Conseil municipal n’ait pas été repoussé pour permettre aux élus de participer à cet événement. Seule Colette Cordat (Lutte Ouvrière) casse l’ambiance pour adresser sa première pensée aux locataires du quartier Avaricum qui vont se faire virer comme des gueux. Ah bah, non, Colette ! Qu’est-ce que tu nous emmerde à nous ramener à la triste réalité de cette ville gémissante, toutes tripes dehors et qui n’a plus pour étendard qu’une équipe de basket ? Et dire que j’avais presque un début d’érection !
Allez, on continue dans la tartuferie ? Voilà que s’amorce le débat sur la baisse de la population berruyère. Et on entend tout et son contraire. Papy Chamiot répond qu’il ne faut pas raisonner en terme de ville mais en terme de communauté d’agglomération. Et de citer quelques bleds qui voient leur population augmenter. L’opposition insiste. Bah, Serge Lepeltier (maire adjoint à on ne sait pas trop quoi) intervient pour citer une ville en périphérie de Bourges qui serait elles aussi en baisse. Ainsi, Saint Doulchard aurait perdue 1000 habitants, soit 10% de sa population. Etonnement feint des élus de la majorité, hochements de têtes, désolation générale. On se croirait au Théâtre de Guignol. Bon. Il y a deux minutes, on nous disait que la communauté ne perdait pas d’habitants, et là on nous dit que la baisse d’habitants est générale, que c’est pareil pour tout le monde, qu’on n’y peut rien. Faudrait savoir. Une élue UMP se risque même à une petite phrase : « les français font moins d’enfants ». Elle fait l’unanimité contre elle, puisque les chiffres sont là : c’est faux mam’vieille, la population française est en augmentation. Une ville comme Montpellier est en pleine explosion démographique par exemple.
On ne va pas s’en sortir. Roland Narboux qui s’intéresse à la démographie de Bourges depuis 1789 vient à la rescousse pour nous recracher le vieux couplet de la fiabilité douteuse des chiffres : les nouvelles méthodes de recensement ne seraient pas aussi fiables qu’autrefois, on ne peut pas comparer doudou di don. C’était mieux avant. Et l’élu de reconnaître cependant « une très nette et dure tendance à la baisse ». Tout et son contraire, on vous dit. Mais bon, vous n’allez pas nous chier une pendule : regardez, on a une belle équipe de basket. Irène Félix balance ses chiffres : sur les quatre vingt dix villes de plus de 45.000 habitants, il y a seulement 7 villes en France dont la population est en baisse. Et Bouges figure en bonne place à ce triste palmarès. Au fait, est-ce que le PSG a encore perdu ce soir ?
Tout se passerait pour le mieux dans le meilleur des mondes s’il n’y avait pas la Colette Cordat, clone très réussi de Arlette Laguiller. Là voilà-t-y pas qu’elle nous casse les bonbons avec son Hôpital de Bourges où les malades sont stockés dans les couloirs et où l’on agonise pendant des heures aux urgences. T’as pas compris ce qu’il t’a dit Papy Chamiot ? Ce n’est pas à l’ordre du jour. T’es bouchée ou quoi ? Faut te traduire ce qu’il a dit ? L’hôpital, ON S’EN BAT LES COUILLES ! Les chômeurs aussi d’ailleurs. On va créer des emplois précaires et inintéressants pour compenser numériquement la perte des vrais emplois. Comme ça, ils fermeront leurs gueules ces fainéants.
Pour Colette, par contre, impossible de se la fermer. Voilà qu’elle plonge son nez dans les chiffres ! Quelle idée saugrenue ! Personne n’y aurait pensé ! Elle veut nous plomber la soirée ou quoi ? Elle s’arrête au chapitre des dépenses imprévues : mais pourquoi diable cette ligne budgétaire est-elle en si nette augmentation par rapport aux années précédentes ? Qu’est-ce que regroupe ce chapitre ? s’interroge notre empêcheuse de tourner en rond. Hilarité générale : ben les dépenses imprévues, on ne peut pas dire ce qu’il y a dedans, puisque qu’on ne le sait pas encore. CQFD. c’est pas prévu ! C’est en augmentation, oui, mais Papy Chamiot, avec son bon sens paysan le dit très bien : « On n’est jamais trop prudent ! ». Sauf qu’un budget, en principe est censé tout prévoir. S’il y a des dépenses imprévues, cela signifie que le budget a été établi avec légèreté. Et puis ce genre de chapitre laisse une porte ouverte à des dépenses non contrôlées, à une certaine opacité, à la dilapidation d’argent public en futilités. Mais après tout, mieux vaut peut-être prendre la question à la légère. Et puis on ne va pas chipoter hein ? Bourges a une si belle équipe de basket.
Les élus UMP ont un truc infaillible pour ne pas répondre aux questions qui les dérangent : ils se regardent entre-eux et ils se marrent bruyamment. C’est Serge Lepeltier, en chef d’orchestre, qui donne le signal. Il prend sa respiration, effectue un mouvement ample des bras, et glousse comme une pintade. A ce moment, tout le monde fait de même. On regarde son voisin de gauche, son voisin de droite, on se lance quelques enfantillages dans le brouhaha général... Puis d’un air plein de bonhomie avec toujours quelques rires en bruit de fond papy Chamiot ou Alain Tanton (celui qui aurait bien voulu avoir la place de Papy mais qui chie dans son froc) balance des phrases toutes faites : « mais mon ami, vous n’êtes pas sérieux », « mais vous savez très bien que... », « mais vous dressez un portrait très sombre de notre ville ! »
Puis vient la pause. Tout le monde se précipite dans la salle d’en face pour aller pisser et se restaurer. Qui paye la bouffe ? Le contribuable. A mon boulot, soit on amène son sandwich, soit on paye pour s’offrir la bouffe dégueulasse du self. Mais à la mairie, c’est le contribuable qui paye la bouffe des élus au moment de la pause. Allez les tocards, je vous laisse bien vous marrer en dilapidant l’argent des contribuables. Moi je m’arrache pour aller voir un spectacle plus sérieux : il y a Le Couperet en ce moment au cinéma.