« Non de gauche »... à Paris 2012 !
Il n’y a pas que le non à la « constitution européenne » qui monte en puissance. Celui du « Non aux Jeux Olympiques de Paris 2012 » commence à se faire entendre, malgré la censure des médias.
Tout le monde ne se rappelle peut-être pas de l’initiative de Aurélien Sallé, Maire-adjoint de Bourges délégué aux nouvelles technologies. Son site internet « Je Boycotte Pékin 2008 » avait eu un beau succès médiatique, à défaut de recueillir l’adhésion populaire. Aurélien Sallé et ses amis de Démocratie Libérale - qu’il a aujourd’hui abandonné au profit de l’UMP - dénonçaient pourtant les atteintes aux Droits de l’Homme en Chine. Depuis, un autre site www.boycottpekin2008.org a pris le relais, dénonçant « une intensification de la répression » depuis l’attribution des Jeux à la Chine, le 13 juillet 2001.
Le 19 mars dernier, le Conseil Municipal de Bourges aux mains de l’UMP, votait à l’unanimité son soutien à la candidature de Paris pour accueillir les Jeux Olympiques en 2012. Une unanimité de façade, car même si les socialo-écolo-communistes et même Lutte Ouvrière n’ont pas réagis à Bourges, la voix des opposants au libéralisme sauvage commence à se faire entendre contre cet événement qui n’échappe décidément pas aux clivages politiques... en dehors des médias et du microcosme des politiques déphasés de leurs bases.
Au « non de droite » à Pékin 2008, s’ajoute donc désormais un « Non de gauche » à Paris 2012 . Un peu paradoxal dans la ville du socialiste Bertrand Delanoë. Ecologistes et militants anti-mondialisation estimant que « le sport n’est pas une marchandise », affirment vouloir défendre les valeurs du sport et de l’Olympisme en se mobilisant contre les jeux de Paris en 2012.
Contrairement au message un brin égocentrique que voudrait faire passer le Maire de Paris via les médias : toute la France n’est pas derrière la candidature de Paris. Selon un sondage (effectué auprès d’un échantillon de plus de 3000 personnes) de Expression Publique, seulement 37% des sondés soutiennent sans réserve la candidature de Paris alors que 28% avouent ne pas y être favorables.
Par ailleurs, selon 49% des personnes ayant répondu au sondage, le choix de Paris pour accueillir les Jeux Olympiques dépendra de sa « capacité à négocier la paix sociale durant les Jeux » ! Devait-on, au nom des jeux Olympiques, décréter « la paix sociale » et repousser voire interdire l’organisation de mouvements de grève pour ne pas effrayer les membres du Comité International Olympique ? Etait-il nécessaire de faire défiler des grévistes et syndicalistes avec des pancartes favorables aux jeux ? Sans doute, si l’on en juge ce sondage.
Mais les opposants - malgré une apparente « unité nationale » qui peut confiner au grotesque - ne manquent pas d’arguments.
Financiers d’abord. La ville de Paris envisage de dépenser plus de trois milliards d’euros en infrastructures pour organiser ces Jeux. Autant d’argent public qui ne sera pas utilisé pour l’aide aux sans abris par exemple. Les Jeux Olympiques devraient coûter plus de 1000 euros par francilien. Les partisans des Jeux de Delanoë rétorquent que cela va générer des emplois. Reste à en connaître la nature, le niveau de salaire et leur durabilité.
Idéologiques, ensuite. Les opposants à Paris 2012 dénoncent une grande foire du sport-spectacle, « une machine à engranger les milliards qui nous est servi comme une nouvelle religion ».. Et où, depuis bien longtemps, l’important n’est plus de participer mais de gagner.
Les JO. sont accusés de pousser à l’extrême l’esprit de compétition, engendrant le dopage, la corruption (jusque dans les rangs des Etats membres du CIO), et la lobotomisation des citoyens par la publicité et le matraquage médiatique. Au slogan parisien « L’amour des Jeux », les anti J.O répondent « L’amour du fric ». On semble très loin de l’esprit olympique originel.
Dans les colonnes du journal Le Monde (09/03/05), M. Garel un élu parisien (Verts) résume l’esprit frondeur qui tranche avec le consensus ambiant : « Il y a une contradiction de base entre les fondements de l’écologie politique - être économes, (...) dépenser moins d’énergie - et ce que sont les JO, dont la devise est plus vite, plus loin, plus fort » Et de poursuivre : « Paris n’est pas, en Ile-de-France, la ville la moins dotée en équipements. L’Ile-de-France n’est pas la région la moins dotée de France (...) Si le CIO disait : "On va prendre l’argent des droits télé pour organiser les JO dans une ville du tiers-monde et on va permettre de construire des stades, des routes à Dakar ou à Bénarès", là, ça aurait de la gueule ! »
Certains vont jusqu’à voir dans les Jeux Olympiques une gigantesque entreprise de communication au service d’un modèle économique ultralibéral : les dépenses sont publiques et les bénéfices sont privés, au profit de multinationales (marchands d’armes, exploitants de centrales nucléaires, entreprises de restauration rapide...) qui délocalisent leurs activités pour exploiter les habitants des pays du tiers-monde et jouent à la bourse.
Enfin, l’argument écologique semble être un élément déterminant, tant pour les opposants que pour les partisans de Paris 2012. Bertrand Delanoë clame que les Jeux de Paris seront écologiques. Mais les élus Verts parisiens accusent le maire de vouloir « bétonner » le village Olympique. Et rien n’indique que les Jeux Parisiens feront davantage la part belle au commerce équitable où à la sensibilisation contre la malbouffe, compte tenus de l’influence de sponsors comme Coca Cola ou McDonald’s. Les tensions à l’intérieur de la majorité municipale se sont manifestées dernièrement par le retrait d’un vote en faveur de l’organisation d’une « Fête des Jeux Olympiques » prévue au mois de juin, et dont le coût est de 1 million d’euros, qui s’ajoute aux près de 25 millions d’euros de frais pour l’élaboration du dossier de candidature de la ville de Paris. Le vote a été repoussé au mois d’avril, sous la pression des Verts qui estiment qu’il y a autours des jeux Olympique une hystérie qui pousse à la folie des grandeurs.