Vous connaissez la dernière histoire de Toto ?
Il parait que L’Agitateur est devenu trop sérieux. Bon, ce qui nous rassure, c’est que pour d’autres, il ne l’est pas encore assez !
Depuis sa création, L’Agitateur a toujours fonctionné selon un équilibre bien instable entre articles "sérieux" et satire. D’où un lectorat assez disparate entre ceux qui viennent sur le site pour consulter les dernières méchancetés mises en ligne contre tel ou tel notable local, et ceux qui recherchent surtout des articles plus complets que ce qu’ils peuvent lire dans la presse quotidienne régionale. Le mois dernier a vu s’affronter ces deux types de lectorat. « Pas assez sérieux », disent les uns. « C’est de pire en pire, ça va ressembler bientôt au journal Le Monde », s’indignent les autres !
L’Agitateur est-il moins rigolo qu’avant ? Au regard des premiers numéros de la version papier en 1997, il est bien difficile d’affirmer le contraire. Est-ce le fruit d’une volonté délibérée ? Oui et non. Tout d’abord, L’Agitateur n’a jamais eu pour ambition d’amuser la galerie. Son objectif est de susciter des réactions, d’inciter les berruyers à s’exprimer et à s’investir dans la vie locale pour ne pas que quelques dizaines de personnes bien placées fassent la pluie et le beau temps à Bourges. L’emploi de l’humour, de la satire, de l’ironie, parfois poussés à l’extrême était un moyen d’y parvenir. Force est de constater que cela a plutôt bien fonctionné puisque nous nous sommes même permis le luxe de scandaliser « le tout Bourges bourgeois » et de réveiller quelques consciences endormies ou jusque là, dépitées.
Pourquoi changer alors ? L’Agitateur garde toujours la même finalité mais c’est la méthode pour y parvenir qui a changé. Il n’était pas question de continuer indéfiniment à jouer le même numéro comme ces clowns pitoyables qui refont durant toute leur carrière les mêmes pirouettes. C’est le renouvellement du contenu du magazine qui est la meilleure garantie de sa pérennisation. Petit à petit, la part des articles satiriques a diminuée, laissant place à des choses peut-être plus sérieuses et réfléchies mais appelant toujours au débat.
Pour autant, le site contient toujours la part d’irrévérence qui a fait sa marque de fabrique depuis 1997 et il ne m’apparaît pas opportun - et là, je parle pour les adeptes de la « sériosité absolue du site » d’y mettre fin, sous peine de le dénaturer complètement. Où alors il faut rebaptiser le site « Tout Mou Magazine » !
Certes, nous traversons une période « Jospinienne » ou tout le monde se prend très au sérieux, et ça, je le ressens très bien parmi les lecteurs de L’Agitateur. Le mélange des genres est donc très périlleux. « Oui, il faut de l’humour, mais de l’humour sérieux et intelligent ! », telle est la tendance actuelle. Personnellement, ce petit côté gauche chrétienne bien conventionnelle du type Télérama ou Les Inrockuptibes a le don de m’agacer fortement. Parce que l’humour, c’est tout de même l’art du ridicule, du paradoxe, de l’absurde. Alors moi, l’humour sérieux, désolé, mais je ne sais pas faire. Nous sommes tout de même au pays de Rabelais, non ? Et sauf à considérer des cas extrêmes comme Lagaf’ et quelques uns de ses amis, il n’existe pas à mon sens de formes d’humour qui ne soient pas honorables.
Chacun d’entre-nous possède une personnalité à plusieurs facettes. Je ne m’imagine donc pas faire de choix définitif et contre nature entre mon côté sérieux et ma connerie chronique. Je suis tout à fait capable par exemple de préparer une très sérieuse étude comportementale sur les éléphants d’Afrique et les éléphants d’Asie, en m’envoyant simultanément en l’air avec plusieurs filles bien allumées, avec lesquelles je bois de la vodka et sniffe de la coke tout en écoutant de la musique satanique. Si je n’écrivais que des choses sérieuses, je n’aurais plus l’impression d’être moi-même. En me relisant, je me dirais : « mais pour qui il se prend celui-là ? ? ? »
Et puis, franchement, quand je vois qu’un homme politique être pris à défaut, je n’ai pas envie de crier au scandale et de faire des leçons de morales comme le font les grands quotidiens et magazines nationaux, mais plutôt de rigoler un bon coup ! Le Canard Enchaîné procède de la sorte et cela n’entache en rien la qualité de ses articles.
Alors à ceux qui réclament toujours plus de sérieux, je répond qu’ils ont raison d’être plus exigeant avec nous qu’avec la presse quotidienne régionale « papier ». Cependant, ce n’est pas au ton grave et bien policé que l’on reconnaît un article sérieux. Accessoirement, je leur conseille de ne pas trop rester enfermé chez eux, d’aller en boite, de fumer, de boire, et de draguer plein de filles (ou de mecs, selon les affinités de chacun). La vie, c’est pas sérieux ! On va tous mourir !
Aux adeptes des blagues à Toto, je répond qu’il faudra désormais apprendre à lire entre les lignes, voire à vous initier aux joies de la (dé)cryptologie. Mais si vous tenez absolument à vous marrer jusqu’à vous faire péter les boyaux, vous pouvez toujours vous rendre sur le site officiel de la ville de Bourges ou sur le site du RPR. Vraiment, ça vaut le détour. Qu’est-ce qu’on rigole !
Allez, je vous laisse, il faut que je prenne mes suppositoires qui me rendent sérieux tout en étant marrant mais intelligent sans être prétentieux ni perdre mon honorabilité. Je vous raconte pas comment ça fait mal aux fesses !